Eight Houses (2014)

La musique a la capacité de me désarçonner et de m’entêter comme peu de choses peuvent le faire. Il suffit parfois d’une note ou d’une voix pour atteindre un stade de bonheur qui, s’il se révèle parfois éphémère, me rappelle pourquoi j’écoute autant de musique. Au détour d’une réécoute de l’excellent Wanderer de Cat Power, je me trouve par hasard hypnotisé par la voix de Jessica Larrabee et là sonne l’évidence : le morceau Owl.

Owl est le troisième titre de l’album Eight Houses, le déjà quatrième album du duo formée par Jessica et son compagnon Andy LaPlant à la batterie. Un duo qui se fait une place grâce à une belle panoplie d’albums qui ne déçoivent pas. Le nom du groupe viendrait du surnom de la chanteuses « bees » et la formation du groupe est un de ces hasard qui fait l’histoire de la musique. Pour revenir sur le morceau Owl, il pourrait servir de signature pour le groupe tant il parvient à sublimer la voix de sa chanteuse. Une voix que l’on rapprochera de Cat Power et PJ Harvey ( sur une note bien plus personnelle je ne peux m’empecher de songer à la divine Agnes Obel en écoutant le morceau Burning Bowl) tant sa douceur et sa présence rassurent et réconfortent. Côté instruments, ils sont plusieurs mais en toute discrétion chacun apportant sa touche à un morceau qui se veut fort et insistant comme cette personne que les paroles évoquent :

you’ll have to send a strong goddamn wind to get rid of me.

Il y a dans ce morceau une douceur amère qui évoque la rupture et les souvenirs.

Cette voix qui nous accompagne durant les 10 morceaux composant l’album se révèle peu à peu en changeant de registre. Il suffit d’écouter Feather Light, Breezy et Owl pour comprendre à quel point Jessica Larrabee maitrise sa voix parfaitement. Tantôt dans le blues, tantôt dans la folk, elle attise des braises qu’elle éteint aussitôt en offrant des envolées douces mais enivrantes. Se révèle alors l’intelligence de l’arrangement musical qui, sans être révolutionnaire, sait parfaitement se faire discret ou omniprésent selon l’ambiance voulue. Rien ne semble perturber l’harmonie dans cet album tant chaque morceau se démarque, que ce soit par une simple note répétée ou un rythme lancinant. Le duo semble n’avoir aucune limite et un potentiel immense qui laisse augurer du meilleur.

A la frontière des genres, du blues au folk, She Keeps Bees révèle une qualité musicale rare et prenante. La voix de sa chanteuse devrait figurer parmi les plus belles voix actuelles et ce disque parmi les petits bijoux méconnus qui entretiennent l’amour de la musique. 

Publicités

Mobb Deep

20 juin 2017 : Albert Johnson nous quitte. Pour beaucoup ce nom ne dira rien car il était surtout connu sous le nom de Prodigy et opérait au sein du groupe Mobb Deep.

Mobb Deep n’est ni plus ni moins que l’un des plus grands groupes de tous les temps. Evidemment, ce nom parlera plus aux amateurs de rap mais ce que le groupe a fait dépasse le cadre de son genre musical. Mobb Deep a révolutionné le rap avec deux albums aussi grandioses que précieux, aussi précieux que rares. The Infamous et Hell On Earth sont sortis respectivement en 1995 et 1996. Deux ans pour qu’Havoc et Prodigy trônent au sommet de leur art, deux albums qui jamais ne perdront l’aura qu’on leurs confère.

De The Infamous beaucoup ne retiendront que le morceau Survival of The Fittestet on peut aisément les comprendre. Quelques notes au piano pour commencer ce qui ressemble à l’une des pièces maitres du rap. Ce morceau à lui seul catalyse l’essence de la musique de Mobb Deep. En effet, le rap est pour beaucoup un moyen de raconter son vécu tout en évoquant des problèmes sociaux et societaux. A ce titre, ce morceau raconte ce qu’est la vie dans le Block (la cité) et la survie qu’est la vie pour les jeunes de ces milieux défavorisés et abandonnés. Pas d’images pour embellir, le duo se fait direct et le plus cru possible.

« My part of town is similar to Vietnam »

Le sens de la formule du duo épate tant il est capable de décrire son quotidien avec virtuosité. Probablement l’un des meilleurs morceaux de l’histoire du rap, Survival of The Fittest pose un cadre duquel le groupe ne dérogera pas. On pense inéluctablement à cette phrase :

« when Worst come to worst, my people comes first ».

Qui renvoie à une règle de conduite mais surtout à une promesse profondément associée à l’image du groupe.
Ainsi, l’on comprend que l’on a à faire à un groupe totalement honnête avec son public à la différence de beaucoup trop d’artistes qui s’inventent une vie pour mieux se vendre.

Bien entendu, on ne saurait résumer The Infamous à un seul morceau tant la richesse du disque se dévoile au fur et à mesure des écoutes. Qu’il s’agisse de Shook Ones qui racontent les luttes intestines qui rongent les jeunes sur un fond musical entêtant et profondément sinistre (parfait habillage pour le texte) ou encore Start of Your Ending qui introduit l’album et montre le talent de MC de Prodigy et Havoc en imposant la cadence particulière de leur flow respectifs. Si on devait donner une vue d’ensemble du disque, on retiendrait l’aisance vocale associée aux textes percutants qui font toujours office de moyen pour le groupe d’exposer une vie difficile et la mise en retrait par la société de problèmes graves.

Un an après The Infamous, Mobb Deep réaffirmait sa puissance avec Hell On Earth un album plus noir et dur que son prédécesseur. Havoc et Prodigy laissaient tomber les masques pour afficher rage et véhémence. Un état de fait quand on écoute Extortion en featuring avec Method Man. C’est à une extorsion artistique que nous avons à faire, ils attaquent à bras le corps leurs opposants en assenant un texte rempli de fureur et d’assurance. Ils se savent supérieurs et en font une démonstration aussi brutale que terriblement efficace. On notera le choix instrumentale avec un sonore rappelant une alarme : un signe qui dit faites attention à vous. Evidemment et comme dit plus haut, le groupe n’oublie pas d’où il vient et le morceau Hell on Earth en est la preuve. Cette enfer sur terre c’est cette vie qu’on ne choisit pas dans les cités américaines mais c’est aussi un déterminisme social que la société accentue en mettant de côté pauvres, noires et les minorités de manière générale. On comprend alors la rage qui les anime notamment quand il évoque le rap en l’appelant Bloodsport car cet art semble être un des rares moyens de s’extraire d’une condition difficile et donc un objet de lutte entre rappeur pour être le meilleur. Témoin de l’importance de Mobb Deep dans le monde du rap, les apparitions de Raekwon, Nas et Method Man montrent que le duo est capable de s’adapter à des trio sans perdre en impact ou justesse et surtout de rassembler ses paires.

Deux albums de légende pour deux artistes de légendes : Prodigy et Havoc restent à ce jour des maitres du rap dont on ne cessera jamais d’écouter les chansons.

We Got It From Here… Thank You 4 Your Service (2016)

La plupart des rappeurs les plus célèbres et les plus talentueux produisent rarement une pelleté de disques de qualité et il est encore plus rare qu’un artiste réussisse un come-back après quasiment 20 ans de silence. La réunion du groupe A Tribe Called Quest avait de quoi susciter la crainte de la sortie d’un disque faiblard jouant sur la nostalgie. Mais que soit balayées toutes les craintes car le trio revient avec ce qui s’apparente à un disque de légende.

Les prémisses de cette réussite se trouvent dans les deux premiers morceaux qui ont toutes les armes de classiques du rap. The Space Program est un hymne à l’union qui dépasse le cadre de la simple clameur mais s’inscrit dans une logique que le groupe défendra becs et ongles. Il s’agit ici d’évoquer l’abandon de la population (noire tout d’abord puis de la population pauvre par extension). Ce programme spatiale c’est un événement magique auquel veut croire le groupe, un événement qui ferait fondre les classes et unirait les peuples. L’engagement du groupe se poursuit par ce qui s’apparente au morceau le plus dénonciateur et qui se fait l’écho d’une large partie du peuple américain (étonnant d’ailleurs de justesse car l’élection de Trump renforce cet aspect). We the people c’est la lutte contre un président incompétent et reflet de la l’inégalité, du racisme et de la haine du pauvre. En témoigne ce refrain :

>All you Black folks, you must go
>All you Mexicans, you must go
>And all you poor folks, you must go
>Muslims and gays, boy, we hate your ways

Véritable véhicule de rage et de justesse, le morceau laisse un espoir avec cette conclusion qui jaillit :

>So all you bad folks, you must go

Evidemment, le reste de l’album suit le même niveau qualitatif grâce notamment à une jolie collection de featuring. On trouve notamment : Kendrick Lamar, Kanye West ou encore André 3000 et Busta Rhymes font une apparition au sein de morceaux à l’ambiance très variée. A ce titre, les genres se croisent en nombre conséquent avec la participation du grand Jack White qui insuffle à ce disque une pointe rock savoureuse. Les origines jazzy du groupe sont pourtant toujours présentes mais l’évolution artistique se fait ici avec talent et acuité. Rares sont les disques aussi riche et plus rares sont les MC qui perdurent. Q-Tip atteint après ses 40 ans un talent étincelant de maitrise. Le morceau We The People tourne essentiellement autour de lui et le voir en live renforce cet aspect. Un flow ciselé, condensé et qui, s’il ne répond pas aux sirènes de la modernité (comprendre par là qu’il ne renonce pas à son identité artistique), sonne comme celui d’un rappeur au zénith.

Comment aborder ce disque sans une pointe d’émotion après la disparition de Phife Dawg. Décédé peu avant la sortie du disque, il fait de ce disque un cadeau d’adieu des plus beaux. Qu’il s’agisse de live où le groupe lui rend hommage en laissant un micro sur scène pour lui comme si son esprit était toujours là pour rapper. L’exemple le plus parlant et le plus beau étant la démonstration de force au Grammy Awards où le groupe lui dédicace une performance de légende. Show ultra-engagé dans lequel le président Trump surnommé Agent Orange se voit être la cible du titre We The People avec une conclusion qui résonnera longtemps dans les mémoires :

>Resist, resist, resist

clamé le point levé par tous les protagonistes en signe de souvenir d’un certain jour d’octobre 1968 à Mexico. Cette volonté protestataire du groupe est sans doute l’angle sous lequel ce disque trouve sa force et son universalité. Disque de rap avant tout, We Got It From Here… Thank You 4 Your Service est un acte politique qui a mué suite aux élections présidentielles américaines.

Disque à la saveur particulière qui marque, 18 ans après son dernier album, le renouveau d’un groupe qui, s’il a perdu un membre, reste une légende dans le rap et plus généralement dans la musique.

Thank You 4 Your Service Guys.

Mon Temple du Blues : Chapitre 8, Woman with Soul.

Susan Tedeschi est née en 1970 à Boston où elle a rapidement montré une envie de faire de la musique son métier. Elle entrera notamment dans la prestigieuse école Berklee College of Music où elle apprendra notamment le gospel tout en se mettant progressivement au blues. Ce métissage musical est ce qui rend Susan Tedeschi si unique dans le monde du blues car son univers est un voyage entre les genres où le blues prend cependant une parce prépondérante.

C’est en 1993 que se lance sa carrière avec la formation du groupe Susan Tedeschi Band et car elle se mettra dans la foulée à apprendre le blues à la guitare. Son premier succès critique arrivera avec l’album Just Won’t Burn. Elle multipliera les premières parties et collaborations live avec entre autres : B.B. King, Buddy Guy, The Allman Brothers Band, Taj Mahal et Bob Dylan. Sa renommée se fait alors croissante et elle est reconnue comme une blueswoman de talent par ses pairs. Les Stones l’inviteront sur scène pour faire leur première partie en 2003 et elle participera au rassemblement Crossroads du maitre Eric Clapton. Mais sa carrière décollera de plus belle avec en 2010 un partenariat avec son époux, le talentueux guitariste Derek Trucks au sein du Tedeschi Trucks Band. Auparavant appelé Soul Stew Revival le groupe formé par le duo évolue en se dotant de nouveaux musiciens et nouveaux instruments. L’alliage de la voix de Susan et de la maestria guitaristique de Derek se subliment pour donner naissance à un premier album Revelator aux sonorités blues, rock et soul. Deux albums suivront avec les excellents Let get me By (2016) et Made Up Mind (2013) faisant du groupe l’une des valeurs sures des années 2010 dans le genre. Prônant la création le groupe s’échine à proposer des arrangements, morceaux et nouveaux schéma musicaux pour se renouveler.

Les influences de Susan Tedeschi sont reconnaissables et on pensera naturellement à Janis Joplin pour le coté vocal avec cette voix soul/blues qui alterne à merveille les envolées et la quiétude. Pour le coté guitare, c’est du coté de Buddy Guy, Muddy Waters ou Stevie Ray Vaughan qu’il faudra aller chercher bien que ses références sont encore plus nombreuses et diverses (il y a un peu de soul à la Aretha Franklin dans ses premiers morceaux). Le jeu de Susan n’a eu de cesse d’évoluer et trouve aujourd’hui sa force dans sa multiplicité et sa richesse.

Je vais vous parler de son album Just won’t Burn qui résume assez bien les mots ci-dessus et constitue une porte d’entrée magique dans le monde de cette artiste.

On attaque fort avec Rock me Right qui mêle un riff rock à la cadence infernale avec la voix de Susan qui fait montre d’un coffre remarquable. Puis s’en suit un morceau en forme de signature avec You need to be with me qui allie soul et blues pour produire une émotion toute en retenue. Symptomatique de la volonté de l’artiste de varier son jeu on retrouve une ligne de basse originale alliée à une voix douce mais rugueuse quand la guitare s’envole. Sublime proposition que ce morceau qui nous emporte définitivement dans l’univers de Susan. Sur Little by little, c’est le jeu à la guitare qui prédomine avec des riffs que les amateurs de blues reconnaitront et savoureront. C’est d’ailleurs un morceau qui fait penser au Tedeschi Trucks Band notamment dans sa version live où se greffent une multitude d’instruments pour apporter des variations bien senties. Un autre morceau que l’on retiendra est Mama, He Treats Your Daughter Mean qui avec ses arrangements rock ramène à un autre groupe phare de la scène blues rock : Gov’t Mule. Globalement, cet album de Susan Tedeschi est une complète réussite tant il possède les facettes d’un disque qui transcende les genres et les associent avec intelligence et parcimonie (écouter notamment Angel From Montgomery qui est un morceau d’une pureté rare).

Susan Tedeschi n’a pas le vécu d’un Clapton ou le passé de certaines légendes mais elle trône néanmoins au sommet du blues avec une carrière déjà bien remplie et une reconnaissance croissante. Bardée de prix et tête d’affiche, elle assurément la figure de proue du blues rock actuel et nul doute qu’elle entrera dans la légende.

Mes conseils d’écoutes :

Let Get me By (Tedeschi Trucks Band)
Just won’t Burn
Back to the river

Un extrait pour découvrir la puissance de Susan :

You need to be with me

Mon Temple du Blues : Chapitre 7, Mississippi King.

Robert Lee Burnside est né en 1926 dans l’Etat du Mississippi. Compositeur, chanteur et guitariste de blues, il est l’incarnation de ce qui rend le blues singulier dans le monde de la musique. Sa vie est faite de mythes et légendes. Tout d’abord son lieu de naissance n’est pas exactement connu et ses errances diverses entre Chicago et sa terre natale sont étranges car elles traduisent une vie mouvementée. La légende dit que Burnside aurait tué un homme et aurait été incarcéré quelques temps avant de refaire surface pour se donner à fond…à diverses activités professionnelles exotiques puis à lancer sa carrière dans le blues avec quelques enregistrements de-ci de-là. Le véritable commencement du bluesman R.L Burnside est marqué par la publication d’un disque aux aspérités qui dessinent les contours du bues rock moderne. A Ass Pocket of Whisky marque un tournant dans la carrière de l’homme et le pousse vers la lumière.

Pourtant, les collaborations sur la scène blues, avant la publication de ce disque, de Burnside sont déjà nombreuses et marquantes. Il joue en 1969 à Montreal avec Lightnin’ Hopkins and John Lee Hooker et entre en partenariat vers la fin des années 70 avec Junior Kimbrough. Les années 80 sont pour Burnside une phase de professionnalisation dans le blues puisqu’il dira en interview assurer une à deux tournée par an multipliant même les voyages en Europe. Il travaillera pour commencer sur des reprises de grands noms de la scène blues comme Howlin’ Wolf et effectuera divers enregistrement dont seulement une poignée sera éditée. Mais la renommée acquise par l’artiste commencera au moment où sa santé déclinera, dans les vingt dernières années de sa vie.

Au début des années 90, Burnside signe chez Fat Possum Records qui enregistre aussi Junior Kimbrough. Mais c’est veritablement le lancement de la bombe A Ass Pcket of Whisky qui détonne et sonne comme un ovni dans le monde du blues. L’importance de Burnside pour le blues eclate au grand jour et il multiplie les documentaires, les tournées, les enregistrements mais sa santé n’est plus ce qu’elle était. Il est victime en 1999 d’un problème cardiaque qui lui coutera beaucoup. En diminuant l’intensité et la répétition des shows, il cessera de jouer de la guitare sur l’album Wish I Was In Heaven Sitting Down sorti en 2000 pour se focaliser sur le chant. En 2001, une seconde attaque l’empêchera de jouer et l’obligera à arrêter la boisson. Fat Possum Records aura cependant la belle idée de sortir en 2004 l’excellent A Bothered Mind qui sera vocalement Burnsidien mais musicalement un alliage mêlant rock et rap grâce à des arrangements singuliers mais réussis. Il s’éteindra en 2005 après de nouvelles opérations qui l’empêcheront de prolonger sa courte carrière. Pourtant, Burnside recevra l’hommage qui lui est du grace notamment à des prix et une entrée au Blues Hall of Fame.

Si le jeu de Burnside est classique pour un bluesman avec des séquences répétées à outrance et des morceaux se ressemblant, il possède néanmoins ce singulier allant pour la récitation de textes entre deux morceaux où il raconte comment sa famille a été décimé par des meurtres ou encore cette phrase faisant écho à son meurtre

I didn’t mean to kill nobody. I just meant to shoot the sonofabitch in the head and two times in the chest. Him dying was between him and the Lord.

Ce que l’on retiendra du jeu de Burnside c’est son âpreté et son côté brut qui est parfaitement mis en avant dans l’album dont je vais parler : A Ass Pocket of Whisky.

Sorti en 1996, ce disque est une forme de naissance d’une légende qui pourtant affiche déjà un kilométrage de fin de parcours. Le blues rock n’est pas en état de grâce dans les années 90 et le genre se trouve à rêver quand sont extraits d’on-ne-sait-où les papys bluesmen. Apparus tels des êtres divins, ils vont replacer sur le devant de la scène la tradition du blues et le moderniser. On pense évidemment au réveil de Buddy Guy mais aussi à R.L Burnside qui va flanquer un bon gros coup de pied dans la fourmilière et servir de source d’inspiration à une nouvelle génération. Le disque attaque avec une piste symptomatique de sa volonté : un son gras, sale et répétitif sur lequel il va parler et non pas chanter dans un premier temps. La machine est lancée : Going Down South c’est le blues dans toute sa splendeur : une femme que l’on ne veut pas quitter et un chant empreint de douleur. L’apport de Burnside tient dans cette guitare éclectique qui apporte une énergie folle à la supplique. Poor Boy suivra le même chemin avec un riff qui rappelle Canned Heat à ses grandes heures. Il n’en oublie par pour autant le blues d’antan avec des morceaux en forme de contes comme « the criminel inside me » où, accompagné d’un rythme carré, il raconte sa rage et comment il l’a exprimée. Il y aussi ce curieux « Tojo Told Hitler » où il évoque la seconde guerre mondiale. Parfois décalé, l’album est néanmoins un coup de maitre tant la puissance artistique de Burnside explose lors de Shake’em on Down mais il se laisse aussi adoucir par un Walkin’ Blues tout en quiétude malgré des pics guitaristiques bien sentis. Globalement le disque évoque une passation entre la modernité que veut insuffler Burnside et un respect de la tradition blues qui semble tenir à coeur à cet artiste. A Ass Pocket of Whisky est de ces disques qui ont relancé le blues et l’on porté vers des hauteurs que peu pourront jamais atteindre.

Comprenant parfaitement comment allier le rock et le blues, Burnside a ouvert une voie qui aujourd’hui est le terrain de jeu de grands artistes et qui font de cet homme un incontournable pour qui aime le blues.

Mes conseils d’écoutes :

-A Ass pocket of whisky
-A bothered mind
-Wish I Was In Heaven Sitting Down

Un extrait pour découvrir la voix du bonhomme :

Goin’ Down South

Obel, masquée.

De la figure impassible de la couverture de Philarmonics (son premier disque) en passant par le tellurique Aventine, on penserait qu’après 6 ans la danoise Agnes Obel se serait révélée à nous voire qu’on serait un peu plus familier avec l’artiste. Pourtant, il n’en est rien. Agnes Obel est diamétralement opposée au citoyen de verre qui sert de titre à son nouveau disque. Discrète, élégante et froide d’apparence, à l’instar de sa posture façon Tippi Hendren (elle est une fan d’Alfred Hitchcock) sur la pochette de Philarmonics, Agnes Obel affiche une austérité émotionnelle qui n’est qu’un apparat dont elle fait fit pour peu qu’on écoute sa musique. Trois ans après le divin Aventine, elle revient avec Citizen of Glass, un disque d’une richesse rare, en phase avec son époque et qui, derrière sa structure métallique et froide, cache une mécanique de précision doublée d’une réflexion sociétale intéressante.

Agnes Obel a seulement trois disques à son actif et pourtant on pourrait la considérer sans difficulté comme l’une des plus grandes artistes de notre époque tant elle maitrise son sujet. Philarmonics, pour celles et ceux qui ne se sont pas jetés dessus, était une odyssée qui mariait à merveille la mélancolie et des élans poétiques à faire rêver les moins rêveurs. Du classique Riverside, où la douce voix de la danoise s’associe à un piano manié tout en légèreté, en passant par le virevoltant Falling, Catching où la mélodie s’envole, tombe puis décolle, on est porté au grès d’une inspiration artistique enivrante de poésie.

Avec Aventine, le changement parait quasiment radical. Teintée d’orange, la pochette du disque eclipse le visage de la danoise qui s’offre à nous dans un registre changeant. Les morceaux Chord Left, Tokka et le somptueux The Cursesont symptomatiques du mystère Obel tant ils offrent une palette large d’émotions. Pour Chord Left, qui ouvre l’album, le mystère s’invite au détour de changements de rythme bien sentis. Tokka symbolise l’inéluctable voire le fatalisme avec sa structure quasi-militaire. The Curse est une sorte de conte qui envoute avec la voix de son interprète et les élans de violons, reflets du texte qui se veut une parabole de l’aveuglement des masses. N’oublions pas le sublime Pass Them By qui transporte avec sa légèreté instrumentale et vocale.

La sortie de Citizen of Glass était l’une de celles que l’on attendait le plus en cette année 2016 riche en albums de qualité. Avec deux albums ultra-maitrisés, on se demandait quelle direction prendrait Agnes Obel et les extraits disséminés habilement au fil de l’année laissaient entrevoir un potentiel énorme que la sortie du disque a plus que confirmé tant cet opus frôle la perfection artistique (si tant est que ce mot ait un sens).

Commençons par cette expression Citoyen de verre qui traduit l’opacité de notre société où la notion de vie privée est tellement fluctuante qu’elle finit par devenir désuète tant l’affichage public de la vie privée s’est banalisée. A ce titre, l’opposition entre Agnes Obel (sa personnalité, sa musique, son apparence) et ce titre est brillante car le projet prend une ampleur considérable quand on creuse la structure du disque et les textes. La structure du disque est semblable aux deux premiers opus avec un mélange entre pistes purement instrumentales, où le piano (un synthétiseur ancien notamment) croise des sonorités donnant au tout un aspect métallique qui symbolise clairement l’isolement (émotionnel et physique) et le mystère, et pistes où la voix prédomine. Que l’on ne s’y trompe pas, Agne Obel en dit beaucoup dans ce disque (Mary évoque un trauma personnelle avec un côté choral qui renforce la dimension confession voulue) sans toutefois se dévoiler complètement et laissant planer le mystère autour de sa personne. C’est ce qu’illustre le morceau Citizen of Glass qui plane à des altitudes rarement atteintes. Avec son rythme lent au piano, la voix de la danoise se fait cristalline pour mieux entonner cette complainte où la légèreté de sa voix nous berce, nous envoute et nous déroute. Mais en se dévoilant, la carapace d’Obel se referme aussitôt avec Golden Green où tel un miroir brisé la danoise fait voler en éclat sa personnalité pour mieux se dissimuler. Evoquant à merveille le mystère, Golden Green brille par sa composition où des choeurs vibrent à l’unisson avec un fond sonore en forme de rappel : le mystère ne sera jamais résolu. Toujours adepte des violons, Agnes Obel fait de Grasshopper un morceau digne des plus grandes envolées de Nick Cave et Warren Ellis tant on perçoit le potentiel infini des qualités de compositrice de son interprète. Piano et violon s’associent, se dissocient pour mieux faire jaillir l’émotion en créant une gradation perpétuelle qui n’est pas sans rappeler celle de la BO d’un certain The Proposition.

Si les émotions pourront différer selon les personnes, l’interprétation globale de l’album ne fait aucun doute. En injectant des bruits de lames métalliques, des choeurs dans Familiar et en donnant un titre aussi explicite à son disque Agnes Obel souhaitait proposer une oeuvre témoin de notre époque. En effet, l’abondance de morceaux très ciblés et évoquant le mystère sont la résonance de la pensée de la danoise : notre société est une société de l’apparence où le mot privée n’est plus qu’une notion vague, tellement vague que même ce mot ne saurait la définir. Sa voix cristalline offre ici une saveur particulière car elle contraste avec sa froide apparence et le propos développé.

Citizen of Glass est une oeuvre comme en voit trop rarement. Une oeuvre qui rappelle et sublime le talent de la danoise Agnes Obel, une artiste au firmament qui nous offre l’un des plus beaux albums que j’ai pu écouter.

Mon temple du blues : Chapitre 6, E.C c’est Slowhand.

I still do (Eric Clapton)

Né à Ripley en 1945, Eric Clapton traine la réputation d’un sale gosse comme il le confessera plus tard. Alors qu’il se refuse à apprendre la guitare à 13 ans car il juge son apprentissage

trop difficile.

Le jeune Eric fait des siennes et se fait renvoyer de l’école où il se trouvait. Parvenant à se remettre à la guitare et puisant son inspiration musicale chez Robert Johnson, Muddy Waters ou encore Howlin’Wolf, il apprend le blues américain puis commence à fréquenter des clubs légendaire où il joue aux cotés des Rolling Stones. Sa réputation d’excellent guitariste en fait alors un professionnel qui commencera à jouer pour les Yardbirds. L’évolution de sa carrière se fait alors de manière fulgurante. Déjà surnommé God par ses fans Clapton enchaine les collaborations avec un passage remarqué chez les Bluesbreakers de John Mayall, il fonde le groupe Creamavec Jack Bruce et Ginger Baker, un des premiers supergroupe de l’histoire. L’orientation musicale de Clapton tourne alors vers un rock plus assumé et un coté blues moins prononcé. La poursuite de sa carrière se fera à coup de ruptures et de moments noirs. Apres un énorme album avec Derek and The Dominos, Clapton est victime de la malédiction qui semble frapper le groupe et sombre dans l’alcool et la dépression. Apres un retour en musique en demi-teinte malgré des morceaux restés dans la légende Cocaine et Wondeful Tonight, Clapton voit sa vie marquée par deux tragédies : la mort de Stevie Ray Vaughan son ami et le deces de son fils Connor agé de 4 ans. Tel le phoenix, Clapton renait de ses cendres au travers de la session Unplugged organisé par MTV. Au cours de live, Clapton fait montre de son immense talent en offrant une relecture complete de sa discographie et une émotion intense qui ne quitte pas l’auditeur meme des heures après l’écoute. Clapton remonte en selle et multiplie les collaborations avec B.B.King tout d’abord pour un retour au blues puis avec Santana avec un voyage électronique. S’en suivront des lives et un festival Crossroads où des guitaristes de renom sont réunis par la légende. L’activité de Slowhand ne redescend jamais et après un grand nombre de live dans les plus belles scènes du monde, il fête ses 70 ans avec un live exceptionnel. Beaucoup le pense fini mais le voila qui débarque en 2016 avec un nouvel album qui sonne comme un retour au blues.

Après les grands albums de blues rock offerts par Joe Bonamassa, Susan Tedeschi & Derek Trucks et attendant le retour de Tony Joe White, Eric Clapton était attendu. En clamant I still do il vient nous annoncer qu’il continue à jouer mais surtout qu’il continue à jouer le blues, genre musical de ses débuts.

Commençant par un hommage au blues des années 30, le rythme est lent et rappele fortement des légendes telles que Blind Willie Mctell, Son House ou Robert Johnson. En parlant de ce dernier, on trouve un hommage avec la reprise Stones in my passway. Il y a aussi une reprise d’un certain Bob Dylan avec  I dreamed I saw St Augustine.

Conforme à une habitude dans le blues, l’album n’est cependant pas seulement constitué de reprises. Pour preuve les deux compositions du maitre : Spiral et Catch the blues. C’est sans doute en écoutant ces deux morceaux que l’on ressent le plus l’amour de la musique de Clapton. D’un coté, le blues rock de Spiral et l’autre la douceur de Catch the Blues rappellent l’énergie rock sous jacente aux meilleurs morceaux de Slowhand et sa nature bluesy. Au rythme calibré qu’il distille se joint un travail vocal remarquable qui traduit le vecu d’un homme dont la maturité artistique atteint des sommets difficilement égalable.

Avec ce nouvel album, Eric Clapton s’impose de nouveau comme une valeur sure du blues. Légende incontestable du blues rock, il trône parmi les plus grands artistes de notre époque à des hauteurs que peu parviennent ne serait-ce qu’à entrevoir.

Mes conseils d’écoutes :

-Unplugged (Live)
-Layla and Other Assorted Love Songs
-The Cream of Clapton

Pour découvrir le bonhomme sur scène :

Le morceau White Room avec Phil Collins à la batterie et un solo jouissif.

Il parait que j’suis malpoli. Qu’est-ce que vous en pensez, bande de trou du culs?

Legend Never Dies (R.A The Rugged Man)

Le hip-hop et le rap sont deux mots souvent associés et confondus. Pourtant le premier est à l’origine un style de vie qui nait dans le Bronx alors que le second est une de ses composantes. Le hip-hop est né en Amérique du Nord-Est et là-dessus pas de constest, qu’importe le clivage apparu avec la West Coast. A l’origine, il y avait quatre arts associés à ce mode de vie : le rap (vocal appelé aussi MCing), le DJing (instrumental), le breakdance (la danse pendant les fameux break des Dj) et le tag. Pour ceux qui en doutent je vous laisse écouter The Lords of the Underground :

Hip-Hop and Rap, That’s where my heart’s at.

Moyen pour beaucoup de se livrer, de se raconter, de crier sa rage, l’extension du hip-hop se fait avant tout par le rap. D’abord, le nord-est des Etats-Unis puis vers la West Coast où des variantes comme le Gangsta rap naissent. Nous nous dirigeons donc vers Long Island….Rien à voir mais pourtant dès 12 ans, R. A. Thorburn dit R.A the Rugged Man se fait un nom tout simplement parce que ses talents au mic dépassent tout ce qui se fait autour de lui. A peine 18 ans qu’il travaille déjà avec les patrons du milieu : Mobb Deep (les responsables de la bombe The Infamous), le Wu-Tang Clan ou encore son meilleur ami Notorious B.I.G. Non content d’être un rappeur de talent il écrit pour des revues en faisant notamment des critiques de films. Sort alors en 2013 Legends Never Die, titre en forme de message sur sa carrière qui confirme qu’en tant que rappeur il est l’un des tout meilleur.

L’embleme de R.A serait semblable à celui d’un certain Loth :

Il parait que j’suis malpoli. Qu’est-ce que vous en pensez, bande de trou du culs?

D’une nature qui se démène pour prôner le I don’t give a fuck, R.A est en réalité un rappeur hautement profond dans sa façon d’aborder son art. Commencerons par The People’s Champ qui se donne à fond dans l’egotrip mais avec intelligence. En effet, car le morceau suivant Definition of a rap flow est tout bonnement une démonstration vocale affolante avec un exercice de style où la respiration parait surhumaine (D’ailleurs en live est-ce tenable?). Ne négligeant pas sa production, il s’entoure de grands noms Brother Ali, Masta Ace, Tech N9ne, Talib Kweli au travers de chansons comme Learn Truth où sur un beat emplein d’espoir il evoque les tragédies mondiales. Les coeurs ont souvent leur place notamment dans le duo Holla-Loo-Yuh avec Tech N9ne qui se trouve dans le bashing sur untel ou untel. Still Get Through The Day a ceci de touchant qu’elle s’adresse à l’auditeur et l’encourage à surmonter les epreuves de la vie sans jamais se laisser battre.
Mais s’il est un morceau qui tutoies les sommets c’est bel et bien Shoot me in the head. Tout commence par une série d’insultes qui plonge le titre dans ce que la plupart des gens pense être le rap. Mais il prend un virage textuel ensuite pour justement expliquer ce qu’est le rap tout en s’insultant dans les refrains

I’m a piece of shit, I’m a fucking fat fuck
Shoot me in my head, shoot me in my head
I’m a piece of shit, I’m a fucking fat fuck
I’m a fucking fat fuck

Enclin à tacler les politiques, R.A tape les démocrate et républicains qu’il s’est mis à dos

I’m hated, got liberals begging for the death penalty
And conservatives wishing my mother aborted her pregnacy

Et pourtant en conclusion, il dit le contraire de ce qu’est ce morceau

I should save politics for Dead Prez and Immortal Technique

D’une violence verbale inouïe et totalement justifiée dans ce texte, R.A prouve son intelligence et son talent dans l’écriture en offrant un morceau brillant.

Legend Never Dies sort un peu de nulle part car son auteur ne publie que peu d’albums solos mais c’est probablement l’un des tout meilleurs disques de rap que j’ai pu entendre.

Everlasting Light

Au son d’une batterie lassée et vidée de sa substance, une guitare supplie que son calvaire s’achève et alors que l’on se croyait perdu une chose incroyable se produit. En apnée complète pendant plus de 9 minutes, les sensations se multiplient et créent tour à tour joie, mélancolie profonde et une tristesse infinie. Dans l’abyssale univers où l’on pénètre se trouve un homme qui, tel un être surnaturel, a vu l’enfer, à frôler la mort et est revenu plus fort, plus motivé que jamais. The Empyrean est le monde du guitariste John Frusciante et les 9 minutes que j’évoque sont seulement celles de l’introduction d’un album venu d’ailleurs.

La vie et la carrière de John Frusciante sont parsemées d’ascensions et de descentes toutes plus violentes les unes que les autres. En 1988, il devient le nouveau du groupe les Red Hot Chili Peppers et devient une rockstar suite au succès immense de Blood Sugar Sex Magik.. A l’instar de Kurt Cobain, ce succès lui est difficile à vivre et il sombre dans la drogue au point que sa vie s’écroule et il quitte les Red Hot. Tel Dante il revient de cet enfer pour l’album Californication puis participera à By The Way et Stadium Arcadium mais l’homme a envie d’être plus libre et lance sa carrière solo en parallèle. Il monte notamment le groupe Ataxia et multiplie les collaborations ainsi que les albums. Ainsi sortent Sounds From The Inside qui révèle une sensibilité artistique rare et aussi l’un de ses tout meilleurs albums Inside of Emptiness qui sonne comme une introspection de l’homme. Mais si l’on devait retenir un album parmi les autres, The Empyrean serait en tête de liste tant il parvient à radiographier la vie d’un homme, ses démons et son parcours artistique.

Dès l’introduction, qui captive avec son rythme variable et ses sons de guitares qui résonnent comme des cris d’une âme en détresse, Frusciante fascine. En effet, l’homme maitrise la guitare mais se révèle un compositeur de génie. Capable de jouer de tous les instruments, Frusciante semble ici à l’apogée de son art tant il maitrise chacun de ses pistes et offrent, avec une régularité inouïe, un voyage toujours plus épique. Pour preuve, les pistes suivantes : Unreachable qui sonne comme un écho d’un artiste qui se sent distancé du monde dans lequel il vit, Heaven qui appelle à une vie trop vite consommé qui consomme l’homme et le laisse hagard de regrets.

Captivant de bout en bout, ce disque est un voyage spirituel qui s’effectue à chaque fois que l’on lance l’album. L’intensité reste toujours la même et le bonheur prit à vibrer au son de la guitare de John ne diminue jamais.

Au-delà d’être l’un de ses meilleurs disques, The Empyrean serait une réponse parfaite à la question :

>Pourquoi aimez-vous la musique?

Whoop Whoop That’s the sound of da teacher

L’âge d’or du rap conscient s’étale (variable selon les personnes) entre la fin des années 80 et une bonne partie des années 90 avec la sortie d’une pelleté d’albums qui sont des classiques incontestables, inégalables et intemporels. On pense bien sur au classique Enter the Wu‐Tang: 36 Chambers ** du **Wu-Tang Clan qui a su s’imposer chez le public mais surtout dans les charts. On pense aussi aux géants The InfamousThe Lords of The UndergroundA Tribe Called Quest ou encore Notorious B.I.G (au passage allez donc faire un tour du coté du barré R.A The Ruged Man pour découvrir un rap venu d’ailleurs). Le rap s’est illustré grâce à des figures imposantes et si on pense notamment à Grandmaster Flash, il y a un homme auquel on associe la naissance du rap conscient et celle du rap américain : KRS-One.

De son vrai nom Lawrence Krisna Parker, le rappeur originaire du Bronx est plus qu’un simple artiste. Cumulant des fonctions de consultant, de producteur, de pasteur, de conférencier universitaire, KRS-One est un des pionniers du rap conscient dont des artistes comme Mos Def (bien qu’il s’en cache), Dead prez sont les héritiers. Homme ouvert sur le monde et toujours très intéressant à écouter, Il captive assurément mais c’est l’artiste qui impressionne le plus tant il sait faire usage de son savoir pour le coupler à une assise musicale rare et nous offrir un rap conscient de sa puissance contestataire.

S’il a déjà une carrière avec le groupe BDP (Boogie Down Productions) et notamment l’album Criminel minded, KRS-One attendra 1993 pour publier Return of The Boom Bap qui marque son retour vers son art premier, lui qui avait laissé la scène au profit d’action sociales diverses et variées. Marqué par les morts de son ami Scott La Rock, il opère un virage artistique complet en se tournant vers un rap moins violent mais plus réfléchi. Né Alors le retour de celui que l’on nomme The Teacher en référence à la source d’inspiration qu’il est pour nombre de personnes.

Renaitre des ses cendres n’a jamais aussi bien été mis en musique que dans l’illustre introduction de l’album. KRS-One Attacks c’est le old school à l’état pur qui va jusqu’à sampler le dernier morceau de Criminel Minded comme si l’homme faisait référence à son passé pour nous dire que le changement c’est maintenant. Morceau au combien pêchu doté d’un beat stylistique au possible, The Teacher is back et on part ensuite en croisade pour une déferlante de clameurs sociales et personnelles. Avec une verve qui relève une culture importante, il assène sa leçon en passant au crible ses démons dans le morceau P is still qui rappelle que le sexe et la drogue ne sont pas seulement d’anciennes connaissances. On retrouve aussi un morceau qui, à lui seul, (et c’est peut-être préjudiciable à l’ensemble de l’album) symbolise la puissance de ce disque : Sound of Da Police. A l’écoute le morceau percute par son entêtant :

Whoop, whoop That’s the sound of da police

Dans ce texte (qui rejoint Black Cop), The Teacher attaque les institutions qu’il juge comme inefficace dans leur prise de décision. Etablissant un parallèle plus que juste avec le mouvement des droits civils, il critique l’acharnement des lois de répression qui vise en grande majorité une population noire. KRS-One n’a pas sa langue dans sa poche mais fait montre d’une capacité à alimenter son propos tout bonnement sublime. Il se surpasse pour offrir une vision que l’on pourrait trouver pessimiste mais qui est malheureusement validé par les chiffes et partagée par de nombreuses personnes. Album soigné et matiné de beats old-school, Return of the Boom Bap est de la trempe des disques qui s’écoutent toujours avec la même intensité et qui, même plus de 20 ans après sa sortie, font partie des meilleurs disques de rap jamais sortis.

Figure emblématique du rap conscient, KRS-One est le fondateur d’un courant musical engagé. Il est de la classe de ses hommes que l’on appelle parfois…..légende.