La Mort aux Trousses (1959)

Au départ prévu pour James Stewart, La Mort aux trousses héritera finalement de Cary Grant dans le rôle de Roger Thornhill, un publicitaire qui se retrouve au milieu d’une affaire sombre par un concours de circonstance fou. C’est d’ailleurs un climat étrange qui entoure le film. Le fait qu’Hitchcock se fasse fermer la porte au nez avant de prendre un bus pour New-York, le tournage, au cours duquel Cary Grant se posa des questions sur la direction prise par le maître ne sont que quelques unes des embuches croisées par ce film. Il n’en demeure pas moins que l’on tient une oeuvre remarquable à plus d’un titre.

Construit autour d’une erreur, la chasse dans laquelle Thornhill se retrouve pris au piège est atypique. D’une part, l’infantilisation de ce héros le décrédibilise totalement. Il se retrouve ,sous l’emprise de l’alcool, à monter sur des meubles, à appeler sa mère pour venir le chercher, à s’amuser pendant son rasage. Non seulement le héros est étranger au milieu du renseignement dans lequel il est plongé mais le film s’attache à le rabaisser constamment. A cela s’ajoute une traque qui ne fait sens qu’au fur et à mesure des révélations. La Mort aux Trousses revêt alors les apparats d’une oeuvre à la croisée des genres, entre comédie et film d’espionnage, posant la question de la crédibilité à accorder à cette oeuvre.

Naturellement, l’écriture de Thornhill apporte beaucoup aux diverses péripéties car on plonge un homme ordinaire face à l’extraordinaire (une constante chez Hitchcock, on peut penser à L’homme qui en savait trop). Outre la grandiose scène où Cary Grant est poursuivi par un avion, les scènes où le jeu du chat et de la souris se met en branle brillent par leurs nombres et le rythme qu’elles parviennent à insuffler. On pense à la vente aux enchères qui alterne entre la rupture d’une relation et une tentative d’évasion aussi farfelue que drôle. On pense aussi à la scène du train qui créée l’un des atouts et point central du film. En quelques instants la magie entre Cary Grant et Eva Marie Saint s’installe. On se retrouve alors devant l’archétype de la blonde hitchockienne et entre alors en scène une romance qui sera exacerbé dans un final purement érotique. Sur le mont Rushmore, symbole américain, se joue une scène cruciale. Au bord du gouffre, nos héros luttent pour leur vie et dans un ultime râle, Cary Grant conduit sa future femme, non pas vers le rebord pour la sauver mais l’orgasme. Cette brillante bascule impose un final abrupte (dû au code Hays) qu’Hitchcock regrettera et  qui constitue pourtant un exemple remarquable d’écriture car en une scène, il conclut son film et son intrigue amoureuse. Cette volonté de sexualiser la romance rappelle fortement celle de Vertigo même si, dans ce dernier, la romance revêt un caractère malsain comme le maitre le confiera à Francois Truffaut. Il est aussi intéressant que le grand méchant campé par l’excellent James Mason est totalement écarté de la lutte finale renforçant ainsi l’aspect secondaire de la course contre les grands antagonistes annoncé par les prémices du film.

Du haut de ses plus de deux heures, La Mort aux trousses est un réussite multiforme de part l’alliage des genres et sa structure qui dépasse sa simplicité d’apparat. Quand on se dit qu’Alfred Hitchcock a supplié Cary Grant pour qu’il fasse ce film, au vu du résultat on comprend pourquoi ce dernier s’est incliné devant le maitre quand le film rencontra le succès. 

Publié par leblogdesofiane

Le cinéma est une passion depuis toujours ou presque. J'aime le cinéma dans son ensemble et me passionne pour les films noirs. Mes idoles sont Paul Thomas Anderson, Sidney Lumet, Alfred Hitchcock ou encore David Fincher pour n'en citer que quelqu'uns. Ce blog regroupe des textes sur des films ainsi que des textes sur des artistes musicaux. Je me passionne pour le rap et le blues mais aussi pour les belles voix. Ayant du mal à regarder des séries de manières récurrentes, je me contente de regarder une à deux séries en intégralité et rédige des textes si je suis suffisamment inspiré.

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