La Grande Evasion (1963)

Il y a des combats que l’on sait perdus d’avance. Il y a des causes que l’on sait difficiles à défendre. Pourtant, il y a toujours des hommes prêts à les défendre, prêt à montrer la voie. Adapté du récit véritable d’une tentative d’évasion aussi audacieuse que tragique, La Grande Evasion de John Sturges raconte l’histoire de résistants tenaces au courage exemplaire.

Sans préambule, le film débute par l’introduction de sa galerie de personnages parfaitement creusée. D’emblée, le ton est donné. A peine arrivés, les hommes tentent de fuir en échafaudant des micros plans en quelques secondes, en quelques regards. Evidemment, ces tentatives se révèlent infructueuses et posent les bases d’une future fuite. Le film se construit alors autour de la construction d’un tunnel permettant à…250 prisonniers de sortir. Une ambition démesurée mais qui traduit une volonté libertaire que le film va développer de manière intelligente. En effet, couplée à cette grande évasion se trouve celle du héros américain incarné par Steve McQueen qui jouera un rôle à part dans cette entreprise en faisant preuve de ressources inépuisables. Le camp est décrit avec étrangeté car les soldats allemands ne font aucunement preuve de cruauté physique à écran et semble même prompt à un arrangement afin de rendre la captivité plus humaine (le pacte conclut à l’arrivée au camp en témoigne). Derrière cela, Il y a évidemment le prix que représente la capture d’officiers hauts gradés, de pilotes experts et cela contraint les soldats à des conditions de captivités singulières pour leurs estimables prisonniers. Le film suit alors la construit du tunnel qui servira à la grande évasion en offrant une galerie de personnages parfaitement creusée. Il y a les anglais, les américains, les russes, l’australien et un oubli de certaines nationalités que l’auteur du livre regrettera. Porté par un casting imposant : Charles Bronson, James Coburn, James Garner, Richard Attendborough et Steve McQueen dont les prestations et charismes contribuent fortement au charme du film. 

Naturellement, pour un film affichant non loin de trois heures de durée, l’attention doit être maintenue. C’est le montage et le scénario qui se chargent de cette tâche avec brio. En effet, la mise au point du plan et son déroulement se font à un rythme soutenue et allient une introduction des divers protagonistes à l’apparition des premières embûches. Chaque problème se doit alors d’être résolu sous peine de voir enterrer l’espoir d’une libération et à cela s’ajoute des complications lourdes : une claustrophobie pour un creuseur de tunnel, une perte de vue pour un faussaire entre autres. Si le film est discret dans ses mouvements de caméra, son scénario brille par son propos sur l’espoir. Catalysé par le lumineux écossais Yves qui tentent de sortir au plus vite car il est miné moralement par sa captivité, cette dualité émotionnelle est celle de nombre de captifs et le film parvient à capturer au travers de ce personnage ce à quoi un homme doit se refuser en de tels circonstances : abandonner tout espoir. De toutes les luttes affichées, de toutes les raisons qui poussent les soldats à vouloir s’enfuir, c’est bien la préservation de l’espoir qui prime. Un des éléments caractéristiques est la quête de pommes de terre de Steve McQueen (c’est d’ailleurs, le personnage le plus récalcitrant qu’il sera donné de voir avec celui de Charles Bronson et ses dix sept tunnels creusés) dont la raison n’est autre que la fabrication d’alcool pour célébrer l’indépendance (américaine) occasionnant une fête qui créera un éphémère bonheur mais suffisant pour rappeler le vent de la liberté. Le film sacralise cette idée dans sa dernière partie où les diverses échappées subissent des sorts variés. Certains s’échappent grâce à un concours de circonstances inouïes, d’autres se trahissent car oubliant leurs fausses identités et d’autres s’inscrivent dans la légende au guidon d’une moto. Il y a d’ailleurs dans cette fin un violent rappel de la réalité de la guerre avec une bascule dans l’horreur de la mort qui fait écho au générique rouge sang.

La Grande Evasion reste un film marquant de part son thème reconnaissable entre mille, sa célèbre course-poursuite à moto mais aussi, et surtout, son message sur l’espoir et les formes qu’il peut prendre. Le fait de ne jamais abandonner aura rarement été porté avec autant de style et de force. Il est recommandé de voir L’excellent Le Trou de Jacques Becker qui propose un des films carcéraux les plus brillants de l’histoire.

Publié par leblogdesofiane

Le cinéma est une passion depuis toujours ou presque. J'aime le cinéma dans son ensemble et me passionne pour les films noirs. Mes idoles sont Paul Thomas Anderson, Sidney Lumet, Alfred Hitchcock ou encore David Fincher pour n'en citer que quelqu'uns. Ce blog regroupe des textes sur des films ainsi que des textes sur des artistes musicaux. Je me passionne pour le rap et le blues mais aussi pour les belles voix. Ayant du mal à regarder des séries de manières récurrentes, je me contente de regarder une à deux séries en intégralité et rédige des textes si je suis suffisamment inspiré.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :