Le Parrain II (1974)

Sur un chemin de terre, une procession mené par le jeune Vito Andolini qui endosse à seulement 9 ans le rôle d’homme de famille. Tragédie d’une injure ayant menée au décès de son père et à la disparition de son frère, la naissance du Don se fait dans le sang et la perte complète de sa famille. Avec une introduction en forme de retour aux sources, le second volet de la trilogie lancée par Francis Ford Coppola en 1972 se pose comme une oeuvre aux grandes ambitions.

En effet, il y a pour commencer la dichotomie temporelle qui sépare l’ascension de Vito Corleone, campé par un impressionnant Robert De Niro qui fait montre d’une sobriété aussi nécessaire que pleine de charisme, de la lutte au pouvoir de son fils Michael, auquel Al Pacino offre une personnification parfaite grâce à une interprétation purement Pacinesque. Construit comme celle du premier opus, l’introduction laisse place à une fête où le nouveau Don reçoit les requêtes et tentent d’y répondre sans se laisser marcher sur les pieds. C’est ainsi que les différences entre le père et le fils apparaissent car on se souvient de la puissance de Vito qui, sans lever la voix, imposait le respect par sa simple présence là où Michael doit encore faire montre d’intelligence et de finesse afin d’éviter une fin prématurée. Se lance alors une machine aux rouages complexes entre trahisons familiales, ruptures familiales et vengeances. L’ascension de Michael se fait alors au travers de la découverte de celle de son père. On y découvre un homme posé et mesuré capable de tout et doté d’un code de conduite le respect prime. De son côté Michael se heurte à des difficultés conjugales dues à un milieu professionnel des plus dangereux et une volonté personnelle fluctuante. Ce parallèle offre au film un angle d’approche des plus intéressants car en confrontant passé et présent, Le Parrain II maintient un rythme palpitant tout en évoquant une rupture entre père et fils que la sublime scène finale marquera de la plus belle des manières.

Cette scène est d’ailleurs à l’image de l’ensemble du film. En effet, on trouve tout ce qui fait le charme de cette oeuvre avec cette ambiance particulière où la discrétion des lumières, les choix photographiques (nombreux plans fixes où les personnages se toisent comme cette scène où Fredo et Michael discutent sur un fond neigeux des plus annonciateurs) et la minutie de la mise en scène (on pense à de nombreuses scènes mais celle où Fredo part pêcher avec le fils de Michael est un bijou tant Coppola use habilement de lents travellings pour mieux capturer le secret que veut partager un oncle avec son neveu). Le Parrain II est cinématographiquement remarquable car il poursuit avec acuité le travail d’ambiance de son prédécesseur tout en conservant la puissance des dialogues qui restent en mémoire et se font échos durant le film. Pour exemple :

You’re my bother Fredo, you don’t have to apologize.

et plus tard :

I know it was you, Fredo. You broke my heart. You broke my heart.

La captation des regards est aussi un élément visuel extrêmement important et savamment utilisé. Un des exemples les plus frappants est celui du procès où Pentangeli échange, par le biais de la caméra, des regards avec un homme dont on comprendras l’importance et l’identité créant un revirement aussi inattendu que puissant. Cette façon de jongler entre les protagonistes et de nous faire passer leurs peurs contribuent fortement au renforcement des diverses craintes évoquées par Michael mais aussi par ses opposants. Coppola fait montre d’une capacité impressionnante à sublimer ses acteurs comme Diane Keaton qui en impose en femme trahie ou encore l’immense John Cazale qui campe un Fredo terrifié par sa bêtise et son manque de poigne. On notera aussi l’excellente prestation de Robert Duvall.

La Parrain II est une oeuvre aussi démesurée qu’immense de beauté et de richesse. Tragédie familiale en trois actes, il offre une des plus partitions du genre et un moment d’anthologie où la grandeur des débuts modestes se heurtent à la difficulté de la gestion d’un héritage. Cette scène finale où le jeune Michael reste seul à table se grave instantanément dans notre esprit car elle renvoie à une phrase prononcée par sa mère :

 on ne peut jamais perdre sa famille.

Le voir seul et isolé nous renvoie à cela mais comme le montre le film, la famille n’est jamais loin et on revient toujours à elle.

Publié par leblogdesofiane

Le cinéma est une passion depuis toujours ou presque. J'aime le cinéma dans son ensemble et me passionne pour les films noirs. Mes idoles sont Paul Thomas Anderson, Sidney Lumet, Alfred Hitchcock ou encore David Fincher pour n'en citer que quelqu'uns. Ce blog regroupe des textes sur des films ainsi que des textes sur des artistes musicaux. Je me passionne pour le rap et le blues mais aussi pour les belles voix. Ayant du mal à regarder des séries de manières récurrentes, je me contente de regarder une à deux séries en intégralité et rédige des textes si je suis suffisamment inspiré.

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