So long, my son (2019)

A l’ouverture du film, la distance vis-à-vis des protagonistes nous est imposée. Des enfants qui jouent au bord de l’eau et un drame nous font alors entrer dans la vie d’un couple : Liu Yaojung et Wang Lyun. Nous allons suivre leur vie et celle de leurs proches au travers des mutations sociales en Chine et, surtout, au travers d’un drame : la perte de leur enfant Xingxing.

A la mort de leur fils, le couple voit sa vie voler en éclats. Ils s’enfoncent dans une routine où le travail prime sur le temps de la reconstruction. Le couple s’effrite malgré l’adoption d’un second enfant avec lequel le contact semble rompu. On note aussi que le couple s’est complément éloigné de son cercle d’amis proches avec lequel il formait une grande famille. C’est ainsi que le film lance la sublime fresque qu’est la vie de Yaojung et Lyun. En effet, partant de ce deuil le film déploie les trames qui vont nous occuper pendant trois heures. Il sera question de politique chinoise avec en trame de fond la course à la croissance industrielle et aussi les conséquences de la politique de l’enfant unique. Seront aussi abordés les liens brisés par les drames qui, s’ils ne défont pas les amitiés, éloignent les gens sans toutefois briser l’amour que l’on a pour eux. On voit alors en So Long, My Son une oeuvre sur les adieux : ceux qui ne durent pas, ceux qui ne durent que trop longtemps et ceux qui sont définitifs. Déferlement d’émotions, de questionnement et de sincérité, So Long My Son se suit avec intensité et cela malgré sa durée. Le film parvient à capter le spectateur grâce à son écriture et sa réalisation que nous allons évoquer maintenant.

La scène d’introduction pose les bases de la réalisation de Wang Xiaoshuai.  En effet, il filme avec une distance étonnante les jeunes garcons qui s’amusent et fera de même avec la mort de Xingxing. Ce choix sonne alors comme une volonté de créer une distance avec cet enfant disparu mais est aussi le reflet de la pudeur avec laquelle le film déploie les drames de la vie. L’autre point clé se trouve dans l’art du plan séquence que le film applique à plusieurs reprises notamment au travers du suivi des personnages comme pour marquer la continuité de l’action et nous rendre témoin de l’action en faisant de la caméra un spectateur de l’action. A ces petites touches s’ajoutent une capacité remarquable à jouer de travelling de manière discrète pour créer ou renforcer les moments dramatiques. A cette réalisation grandiose, le scénario offre un canevas des plus parfaits. Construits sous forme de flashbacks, l’histoire nous renvoie sans cesse dans le passé afin d’éclairer des moments restés mystérieux ou encore apporter un point de vue différents. Pour exemple, le drame initial sera vu du point des parents de Xingxing pour que l’on puisse y lire la douleur intense (encore une fois la distance prise dans cette scène est à saluer) mais aussi du point de vue de Haohao pour mieux comprendre la trajectoire du couple formé par ses parents. Ses choix d’écritures entretiennent notre attention tout en évitant d’afficher des repères temporels grossiers et poussant ainsi le spectateur à se repérer grâce au cadre historico-social servant de toile de fond. L’économie verbale dans les dialogues est particulièrement judicieuse ici car poser des mots sur les maux les plus profonds auraient saborder la puissance du film. Néanmoins, les moments les plus poignants (et il sont nombreux) sont parfois le fait de quelques mots prononcés (le discours de Yaojung quand il remet sa pièce d’identité à son fils adoptif est bouleversant) par des acteurs exceptionnels de justesse : Wang Chingsun et Yong Mei. Pour finir, la photographie naturaliste et divine se couple à une douceur musicale portée par  :une mélodie au piano qui reviendra à plusieurs moments clés pour apporter au film la dose de poésie nécessaire et le morceau « ce n’est qu’un au revoir » qui reviendra comme un piqure de rappel.

 Résumer l’ampleur de l’entreprise filmique qu’est So Long, My Son est difficile car c’est un long-métrage aux allures de film somme.  Capable de jongler avec les émotions, nous faisant sourire et verser des larmes, le film parcourt la vie avec sincérité et finesse tout en rappelant pourquoi l’on aime tant le cinéma. Il trônera assurément parmi les plus beaux films de cette année 2019.

Publié par leblogdesofiane

Le cinéma est une passion depuis toujours ou presque. J'aime le cinéma dans son ensemble et me passionne pour les films noirs. Mes idoles sont Paul Thomas Anderson, Sidney Lumet, Alfred Hitchcock ou encore David Fincher pour n'en citer que quelqu'uns. Ce blog regroupe des textes sur des films ainsi que des textes sur des artistes musicaux. Je me passionne pour le rap et le blues mais aussi pour les belles voix. Ayant du mal à regarder des séries de manières récurrentes, je me contente de regarder une à deux séries en intégralité et rédige des textes si je suis suffisamment inspiré.

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