Les forbans de la nuit (1950)

Harry Fabian est un escroc sans envergure. A le voir errer et fendre la nuit d’une ville endormie comme un ahuri, on comprend rapidement qu’il n’a pas les idées claires. La fortune sourit aux audacieux dit-on…Ici, Jules Dassin nous montre qu’elle peut sourire à des êtres plus faibles mais que le retour de bâton est inévitable et sans appel. 

En quelques instants, Jules Dassin assoie le désespoir de son héros quand celui-ci se jette chez sa bien aimée Mary (incarnée par la solaire Gene Tierney). Des idées jaillissent de son esprit en quête de LA combine qui le rendra riche et important. L’avidité de notre héros entre en collision avec une ville sur laquelle la nuit règne (le titre original est Night and the City) et plonge les plus précaires dans des situations périlleuses. Aux soirées fastes des plus aisées, les laissés pour comptes ne répondent que par un espoir quotidien d’un accès à la dignité et surtout à la reconnaissance. Un constat toujours d’actualité dans notre société et qui fait écho dans le film à une société en chasse de personnes qu’elle juge indésirables (nous sommes dans les années d’exil du réalisateur).

Les forbans de la nuit est un film noir mais se focalise aussi sur le sport par le biais de la lutte gréco-romaine que Harry tente de remettre en lumière grâce à une gloire du sport tombée dans l’oubli, le colosse Gregorius. Au désespoir de Harry, cette opportunité solide et prometteuse offre une échappatoire mais ouvre évidemment la voix à la jalousie et aux règlements de comptes inhérents au genre noir. Concernant son écriture et son rythme, le film est solide faisant montre d’une gestion remarquable de sa réalisation astucieuse et suggestive. En effet, outre des plans larges qui montrent le piège qu’est une grande ville la nuit pour les faibles, le film offre plusieurs idées interessantes. Il y a tout d’abord les nombreux gros plans sur les protagonistes qui marquent les grands changements de l’intrigue (on pense au moment où Harry pense au projet de la lutte ou encore à ses errements dans le final). On pense au visage de Gregorious le lutteur, une vraie gueule de cinéma, dont les gros plans accentuent la force et le charisme. Un autre exemple est les nombreuses contre-plongée offertes durant les courses poursuites dont on soulignera l’impeccable gestion tant la lisibilité et l’intensité sont exemplaires. Si un élément devait se démarquer ce serait naturellement la photographie du film et la splendeur du noir et blanc proposé. Enchevêtrement de teintes variant de la noirceur synonyme de peur ou danger en passant par le gris du trouble et la blancheur dont la pureté est celle du sport que veut promouvoir Harry, le film est un ballet oculaire dont on ne cesse d’être émerveillé. C’est simple, on est constamment surpris par de petits détails visuels qui enrichissent la narration et renouvellent des situations déjà vus dans d’autres films du genre (on pense notamment à une étrange parenté avec l’immense Le troisième homme de Carol Reed). 

Les forbans de la nuit doit être vu et revu pour son grandiose interprète Richard Widmark et le travail technique grandiose effectué. Un film noir à la richesse rare et à l’intensité palpable, de ceux qui font la renommée du genre.

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Outlaw King (2018)

Récemment, David MacKenzie a déjà évoqué le hors-la-loi au sens large avec son brillant Comancheria (à voir d’urgence) et avait deja montré son talent avec le brutal Les poings contre les murs. Il revient ici avec en tête d’affiche l’Ecosse, sa brume et son Game of Trone post Braveheart. 

L’Ecosse est ici sous le joug d’un roi contesté avec en leader de cette révolte Robert Le Bruce (campé par l’excellent Chris Pine qui montre encore une fois son meilleur visage après Comancheria). Il s’agit d’évoquer son combat et ses sacrifices pour parvenir à reprendre un trône longtemps convoité mais qui parait difficilement atteignable pour les siens.

Le choix fait ici est d’évoquer la naissance d’un roi au travers du personnage de Bruce. Il est question de sacrifices et de ce qui fait les grands rois mais aussi de ce qui définit  la royauté au sens noble du terme (et en opposition avec la tyrannie). En effet, outre les menaces pesantes sur sa famille chacun de ses alliés et proches sont traqués puis abattus de la manière la plus abjecte possible. On notera d’ailleurs un choix net au regard de la violence pour laquelle MacKenzie ne fait aucune concession et montre tout. Un choix judicieux permettant de retranscrire la terreur qui pouvait régner. Les diverses attaques et avancées narratives évoquent clairement le choix inhérent à une révolte :  du sang et des larmes. 

Côté réalisation, on saluera tout d’abord la photographie léchée qui magnifie une terre écossaise comme rarement au cinéma. De la brume matinale en passant par des falaises vertigineuses, le film est un balai visuel qui se poursuit lors des phases de combats. Lisibles et nerveuses, elles se démarquent par leur âpreté et brutalité. Les teintes maussades  et l’ambiance créées apportent au film un profond mélange de mélancolie et de poésie qui ne parvient ps hélas à élever le niveau global du film. Dans sa globalité, le film séduit la rétine et parvient à surprendre comme ce plan sur le bateau rappelant vaguement un certain Aguirre..

En effet, si l’habillage et certaines séquences valent le détour (le trébuchet en introduction marque l’ampleur de la terreur en quelques secondes), le film est globalement peu intéressant. Pour plusieurs raisons mais la principale et le classicisme de sa trame et son manque de profondeur. Le personnage de Le Bruce est peu creusé et aurait mérité plus de profondeur émotionnel tout comme le personnage de la solaire Florence Pugh. Là où on aurait aimer de la surprise et du grandiose, le film nous sert du déjà vu et cela s’avère décevant quand on connait le talent de son réalisateur.

Sans être mauvais, Outlaw King reste un film banal qui ne marquera pas mais permettra de passer un bon moment.