Thunder Road (2018)

C’est durant des funérailles que l’on découvre un homme atypique. Le policier Jimmy Arnaud s’apprête à parler durant les obsèques de sa mère. Si le départ de son discours augure d’un hommage sincère et touchant, rapidement la situation vire à la mauvaise farce. L’homme divague presque et se met carrément à danser sous le regard d’une assemblée que l’on imagine prise au dépourvue. Pourtant, on ne verra jamais entièrement celle-ci, comme on ne verra que rarement d’autres personnages, car le film se focalise sur Jim et sa gestion d’une vie compliquée.

Le nombrilisme d’apparence du film, qui tourne autour de l’acteur, réalisateur, scénariste Jim Cummings, pourrait laisse penser que l’on est en présence d’une oeuvre qui n’a pour seul but que de mettre en avant son créateur. Pourtant, et de manière parfois maladroite, c’est une gestion de la difficulté d’être soi-même que traite le film. Etre quelqu’un qui ne s’adapte pas aisément aux autres, à certains codes ou façon de penser. Le debut du film démontre un talent certain pour le slowburn chez Cummings. Il s’agit d’un type d’humour où l’on annonce un sujet de base et l’on dévie sans cesse. Cette technique est utilisée durant tout le film. Pendant l’enterrement, Arnaud évoque sans cesse des anecdotes, des éléments et dévie de son fils conducteur pour finir noyer par sa maladresse. Il évoque ainsi sa vie et nous permet de découvrir l’homme qu’il est et comment sa vie en est arrivée là. Ce genre de narration et de parlé amènent le film dans sa contradiction émotionnelle (qui est une force) car dans l’amas de mauvaises choses qui arrivent à notre héros (licenciement, solitude, mis à l’écart), il offre des moments d’humour noir remarquables. On pense à la scène où il se retrouve en slip sur un parking en réussissant à évacuer certains de ses tourments ou encore ses multiples piques. Par exemple ce running gag où il répond à la question :

Qui danse à des funérailles ?

toujours par la même réponse :

Les gens ont trouvé ça normal.

Bien entendu, le film n’est pas parfait mais il est à l’image de son héros : doux, triste et bourré de bonnes intentions. Avec ce personnage marginal, Jim Cummings parvient à évoquer le quotidien de nombreuses personnes. En effet, ses malheurs sont parfois la cause de sa bêtise et/ou sa maladresse mais il y a aussi une grosse part de malheur. On pense à cette mère qui ne parvient pas à communiquer à ses enfants ou encore une enfant qui ne voit pas en son père celui qu’elle aimerait voir. Toutes choses mises bout à bout sont le lots commun de beaucoup mais le film n’en oublie pas les éclaircies apportées par l’espoir. Celui-ci se trouvant sous des formes diverses : un père qui apprend un jeu pour faire plaisir à sa fille, un ami qui vient vous remonter le moral ou plus dur, votre enfant qui revient vers vous. A la frontière des genres, Thunder Road parlera à beaucoup de personnes pour peu que la narration fragmentées ne les rebute pas.

Thunder Road n’est pas du tout un film maîtrisé ni magistral. Il est l’image de ces gens qui se heurtent sans cesse à leurs erreurs et la dureté de la vie mais qui s’accrochent, porté par un espoir fou. Oeuvre touchante et sincère, le film est un coup en plein coeur.

Publicités