Un chien agressif est attaché à un mur. Il grogne, montre sa dentition acérée. Une rage profonde l’anime. Pourtant, Marcello ne recule pas devant sa tache et s’occupe de la toilette du chien avec un soin remarquable. En quelques instants et sans que l’on s’en rêne compte, Matteo Garrone pose les bases de son film. En effet, Dogman veut confronter la bonté la plus sincère à la violence la plus radicale pour montrer les mutations qu’engendrent ce genre de mélange.

Localisé dans un coin reculé et pauvre de l’Italie, le film se place dans un contexte socio-économique au bord de la rupture. La pauvreté et l’abandon sont le quotidien pour Marcello et ceux qui l’entourent. L’immense terrain vague matérialise cet abandon de l’Etat et semble pourtant le terrain propice à une solidarité forte. L’union des modestes commerçants, amis de Marcello, montre cela et va se retrouver menacer par le retour d’un ami du pauvre toiletteur, Simoncino un ancien taulard accro à la drogue et la violence. La confrontation entre Marcello et Simo tourne court car l’écart physique entre les deux hommes s’ajoute à l’opposition morale que l’on devine facilement.  

Embrigadé de force, Marcello se retrouve au coeur d’affaires sombres et violentes. Pris pour un pigeon, il cumule les erreurs et ne semble pas capable de se rebeller devant son ami à la force surhumaine. Matérialisation de l’inéluctable, Simo ne semble pas pouvoir être arrêté, qu’il s’agisse de combats à mains nues ou même de balles de pistolet. Cet aspect montre que la libération passera par un changement radical de Marcello, lui qui se refuse à la violence. Ce changement passera par une descente au enfer et l’abandon le plus violent qui soit. En repoussant ses amis, Marcé perdra tout et se perdra surtout lui-même. On retrouve ainsi le propos du film qui montre que meme le plus gentil des hommes peut sombrer et se retrouver à commettre les pires actes quand poussé au désespoir. Il est interessant alors de noter que la situation est pourtant courue d’avance comme l’évoque les commerçants locaux.

On peut le [Simoncino] faire arrêter mais il sortira et recommencera.

L’inaction se révèle alors générale et ils évoquent même un meurtre pour mettre fin à la terreur générée par ce seul homme. Ce constat renvoie alors au contexte social et à l’abandon dont sont victimes ses hommes. La misère qui les entoure ne semble pas pouvoir s’arranger tout comme les problèmes qu’ils rencontrent. Symbole de tout cela, le timide Marcello revêt alors les apparats de l’homme sacrifié. Cette posture sied parfaitement à l’exceptionnel performance de Marcello Fonte qui impose dès les premiers instants sa bonhomie naturelle. Son visage irradie l’écran et offre la figure parfaite à cette histoire. On notera aussi un travail technique impressionnant. La teinte maussade qui habite le film se combine à des plans dynamiques et souvent proche des personnages pour créer un reflet visuel parfait pour le propos développé. Symbole de cette réussite visuelle, les derniers instants du film immortalisent les regrets et l’abandon avec une force dingue.  

Outre sa technique remarquable et son acteur grandiose, Dogman est un film radical dont la sincérite et la force en font l’une des plus belles partitions de cette année 2018.

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