Revenu au premier plan avec l’excellent Logan Lucky, Steven Soderbergh n’a pas de preuves à fournir quant à son talent. Avec Paranoïa, il se lance un défi en ne filmant qu’avec un téléphone d’une marque que l’on ne citera pas. Ce détail, aux allures de gadget, donne au film un aspect visuel singulier qui renforce l’ambiance stressante nécessaire à un récit d’une richesse étonnante. 

Un filtre bleu ouvre le film et la voix à une poursuite dont les contours dessine une traque. Tout cela se retrouve confirmé par les plans pris en catimini d’une femme qui se rend sur son lieu de travail. Sawyer Valentini est une femme mystérieuse. Exilée loin de son Boston natal, elle semble trainer un passé lourd comme le montre sa rencontre dans un bar avec un homme. Cet événement pousse la jeune femme vers un centre dont elle va se constituer prisonnière par mégarde. 

L’institution en question est un hôpital psychiatre. Sa découverte tout en travelling et couloirs immenses rappelle le terrifiant Shining. Malgré son minimalisme matériel, Soderbergh déploie une multitude d’angles de vues et de techniques pour créer la peur. Du fish-eye, des champs contre-champs et des vues à la première personne donnent aux films les armes nécessaires pour aborder son triple point de vue. En effet, d’une part le film aborde le trauma d’une femme harcelée par un homme pendant deux ans et dont la vie n’est que peur et fuite. Pas de misérabilisme mais une vision qui parvient à illsutrer les ravages de tels comportements. Ensuite, il y a l’institution en elle-même. On découvre des employés peu motivés et une direction dont l’allure impeccable trahit les faiblesses. Il y a ce docteur qui jongle avec ses appels comme il se débarrasse de ses patients ou encore cette dirigeante au discours robotique privé d’humanité. Enfin, il y a le regard de l’exterieur : le notre et celui du public (la presse et les autorités). Ce regard se perd entre ce que l’on croit, ce que l’on nous fait croire et ce que l’on aimerait croire. Cette perte de repère durant une partie du film amène de la tension et tire le film vers le haut.

Cette triple approche fait changer le film de registre en passant du thriller au film politique. En effet, la paranoïa (légitime) de l’héroïne la conduit vers l’institution qui se trouve au coeur d’une enquête concernant des internements abusifs et motivés par l’argent. Menée de l’intérieur cette enquête révèle les travers d’un pays qui n’est que business. On entrevoit alors le fantôme de Network de Sidney Lumet ici transposé au monde médical. On y découvre un système d’admission basé sur les patients ayant une bonne couverture médical. L’entrelacement des thèmes révèle l’intelligence du scénario qui parvient habillement à embarquer le film dans un rythme palpitant. On alterne entre notre héroïne paniquée et sombrant dans la folie puis on se retrouve au milieu d’un débat complotiste  où la psychose fini par s’imposer comme une réalité. 

Dans un élan d’apparence minimaliste, Soderbergh signe un film fort où la société piège ceux et celles qu’elle doit protéger. Tenu en haleine par une trame maitrisée et une réalisation au top, on sort de Paranoïa avec la sensation d’avoir vu un grand film. 

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