Censuré depuis des années en Iran, Jafar Panahi reprend la caméra pour nous offrir un film dans lequel les femmes bridées par la misogynie et des traditions castratrices tentent de briser les codes.

Tourné dans un village perdu, Trois Visages tente de s’extraire du contrôle des autorités iranienne qui empêche Panahi depuis des années d’exprimer son talent et ses idées. Deja dans l’excellent Taxi Téheran, il radiographiait la société depuis l’habitacle de sa voiture et offrait « une rose pour le spectateur » avec un film documentaire et surprenant. Ici, le parti pris est aussi original et fou. En effet, une jeune fille contacte l’actrice Benhaz Jafari par le biais d’une video dans laquelle elle se suicide. Jafari et Panahi partent alors sur ses traces pour confirmer la véracité de cette video. Sans le savoir, il s’embarque dans un périple où la condition de la femme sera le thème de toutes les discussions.

Nous sommes confrontés à trois visages : une femme tombée dans l’oubli et la disgrâce (on ne la verra pas à l’écran), une actrice montante Marziyeh Rezaei que l’on qualifie de folle car elle veut faire de l’art et une artiste confirmée Benhaz Jafari  que l’on reconnait pour son talent. Panahi n’est là que pour constater, comme nous, que les femmes ne sont pas prises au sérieux et cantonnées à faire ce que les hommes ordonnent. 

Le regard de Panahi se pose tout d’abord sur ce village où se passe l’action. On découvre des coutumes très anciennes mais toujours aussi importantes pour les villageois comme le montre le mystère des klaxons en debut de film ou encore cette femme qui vit dans sa future tombe. Il est alors évident que la position de la femme sera reléguée au second plan. Marziyeh Rezaei est le reflet d’un choc des cultures entre l’émancipation des femmes dans le monde et la misogynie coutumière de la société iranienne. Son désir d’entrer au conservatoire est annihilé par un principe plutot que par une limitation financière. L’ancienne star du village qui vit désormais dans l’anonymat et la disgrâce encourage les hommes du village à rejeter les aspirations de la jeune fille. L’arrivée de la star nationale Benhaz Jafari pourrait remettre cela en cause mais les traditions n’acceptent pas le changement. Cette opposition est paradoxale car la société reconnait les femmes ayant réussi mais ne permet pas à toutes de tenter leur chance.

Tourné en catimini, le film revêt un aspect documentaire-fiction déroutant de prime abord. Le registre comique est chassé par des scènes dramatiques ou encore des moments singuliers (la requête du vieil homme auprès de Benhaz Jafari). Sans jamais juger, Panahi explore et interroge les habitants ce qui nous permet d’apprendre à les connaitre et comprendre leur façon de voir les choses. Cet état de fait se retrouve dans le final qui ne résout pas les problèmes mais tente d’ouvrir la voie à un changement.

Trois Visages est une oeuvre engagée et au regard résolument féministe. Parcouru par un propos fort, le film fait fi de la censure et offre une des plus belles partition de l’année.  

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