Adapter l’oeuvre de Cervantès semble relever de l’impossible. Cette affirmation ne tient pas à l’aspect narratif du livre mais à une véritable malédiction qui s’attaqua à Terry Gilliam durant des années (on notera qu’un autre réalisateur, le grand Orson Welles, ne parvint pas à finir son adaptation  mais pour des raisons différentes). D’abord commencé avec Jean Rochefort, le film sort aujourd’hui avec un casting modifié et les apparats d’un miracle cinématographique. 

Ce miracle prend forme dès les premiers instants avec une musique douce et les mots d’un Don Quichotte que l’on n’espérait plus voir à l’écran. C’est alors que le film prend un tournant inattendu puisque nous sommes en réalité sur le tournage d’une adaptation des aventures de Don Quichotte par un jeune réalisateur Toby (campé par l’excellent Adam Driver). Ce dernier est en proie à de profonds doutes quant à son film et à la personne qu’il est devenu. Se lance alors un voyage qui modifiera sa nature profonde.

Les multiples changements d’acteurs, de titres (Lost in la Mancha) ont certainement joué dans l’écriture de ce film. On ne peut évidemment pas nier que le personnage de Jonathan Pryce soit en lien avec ces acteurs qui ont incarné tour à tour Don Quichotte pour Gilliam. Des acteurs qui ont tour à tour embrassé le rôle jusqu’à ce que leurs performances se perdent dans l’oubli. Toby est évidemment une partie de Gilliam, une partie du réalisateur qu’il était dans les prémices de cette adaptation jusqu’à ce qu’une obsession ne naisse de cette oeuvre. On peut donc lire dans ce film une adaptation de ce chemin de croix qu’a été l’aventure ayant conduit à cette miraculeuse sortie en salle. Et une part de la magie du film réside dans ces considérations mais cela ne suffit pas à faire un bon film.

Résumer L’Homme qui tua Don Quichotte à tout ce qui l’entoure serait une erreur. En effet, il suffit, comme dit plus haut, des quelques premiers instants pour que la magie qu’insuffle Gilliam à son oeuvre nous embarque. L’héroïsme tient une part importante qu’il s’agisse d’un Don Quichotte déphasé et toujours prompt à sauver des personnes qui ne sont pas en danger ou encore des personnages secondaires (Sergi Lopez et Rossy De Palma) aidant des migrants à survivre à une vie difficile. Cette connotation politique que l’on n’attend pas vraiment sonne pourtant juste car elle est en phase avec le livre de Cervantès et la satire sociale qui parsemait son oeuvre. D’autre part, la veine comique de Gilliam s’exprime ici de manière parfois brillante et d’autre fois un poil trop exubérante (bien entendu cette appréciation sera variable selon le spectateur que l’on est). Outre cela, le film engage un propos sur la difficulté d’être réalisateur avec cette soumission parfois extrême envers les producteurs. Ce contrepoint semble être important pour Gilliam car il est la raison qui poussera Toby à retourner sur les traces de son passé et devenir le héros qu’il voulait tant capturer à l’écran. Jonathan Pryce est alors un symbole, lui qui étincelait dans l’excellent Brazil du même Terry Gilliam, car quand Toby part à sa recherche, on ne peut que voir Gilliam aller chercher l’acteur qui symbolise à lui seul l’une de ses plus grandes oeuvres. C’est un retour dans le passé qui permet au présent d’être magnifié.

Oeuvre folle et terriblement surprenante, L’Homme qui tua Don Quichotte ne convaincra pas dans sa totalité mais montre un véritable sens de l’héroïsme et se révèle étonnamment poétique. Un film fait avec le coeur par un artiste passionné et à la determination exemplaire. 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s