La douceur journalière de Los Angeles est appréciable entre la mer qui vous tend les bras et les balades à vélos sont l’occasion de bouffées d’airs frais qui vous immergent dans une bulle protectrice. Une tranquillité journalière qui contraste avec la face cachée qu’est le démon nocturne que la cité des anges cache en son sein. Baignée par des lumières omniprésentes qui offrent un cadre rassurant, L.A de nuit est un monde dans lequel de terribles vautours rodent à la recherche de chairs fraiches qu’il pourront revendre à prix d’or.

Adoptant une posture clairement définie, Dan Gilroy propose une plongée dans le monde du journalisme où le sanglant et le racoleur priment sur l’information. Un monde où l’on cherche à marquer les esprits en dépassant des limites que le commun des mortels se fixent par soucis de décence et de pudeur. Ici, ces deux mots n’ont pas leur place et quand le sensationnalisme prend le pas sur l’informatif, la peur prend le dessus et manipule l’auditoire. Se pose alors la question du positionnement du journalisme face à cette tendance.

Le fond du film est intéressant et il est porté par une structure narrative et visuelle qui font de cette épopée nocturne une expérience unique. Suivant les traces de Lou un homme débrouillard, prêt à tout pour réussir et doublé d’un sociopathe, Nous découvrons comme lui l’envers du décor télévisuel. Lou, au-dela d’être un personnage profond, est surtout une parfaite représentation de ce monde dérangé, lui qui fera tout pour devenir quelqu’un quitte à mentir, falsifier, créer la mort même. La caméra est une extension de Lou et celle de Dan Gilroy se confond parfois avec celle de son personnage pour nous plonger dans l’action et nous offrir des moments de tensions extrêmes entre course poursuites et découvertes macabres. Nous voyageons en eaux troubles avec le titanesque Jack Gyllenhaal qui porte ce film à bout de bras en offrant en plus d’une métamorphose physique impressionnante, une interprétation qui vous glace le sang (ses yeux sont imprégnées de folies). Le choix des personnages est aussi très pertinent entre Lou et la directrice de l’information (Rene Russo) qui font tout pour donner au public des scènes chocs et le seul journaliste du film (et aussi l’excellent Riz Ahmed en victime de cette course au sensationnel) qui remet en cause le choix de sujets racoleurs. Ce contraste, malgré sa légèreté, pose la question du rapport du journaliste face à ce type de documents télévisuels.

Renversant à plus d’un titre, Night Call est une épopée funeste que la réalisation de Dan Gilroy et la performance de Jack Gyllenhaal porte vers des sommets.

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