Le tribunal religieux qui ouvre le film ne trompe pas. En effet, les mots n’ont ici pas l’importance des suppliques silencieuses et la caméra s’attarde déjà sur les enfants faisant d’eux le principal centre d’attention. Sans le savoir, nous sommes déjà pris au piège des regards, des non-dits et peu à peu l’on plonge dans un tourment duquel nul ne ressortira indemne.

Une famille se fait exclure d’une communauté religieuse pour avoir émis des critiques et se retrouve contrainte à un exil à l’orée d’un bois. C’est dans une plantation isolée que résident Katherine, William et leurs enfants : Samuel, Thomasin, Merci, Jonas et Caleb. Quand Samuel disparait alors qu’il était surveillé par Thomasin, la cellule familiale commence à s’effriter enclenchant une destruction certaine et dont on ne devine que la violence.

Dire que The VVitch est un film étrange est une banalité sans nom à l’inverse de la structure que propose cette oeuvre. En effet, de son introduction austère mais parfaitement en adéquation avec la Nouvelle Angleterre de l’époque (on notera d’ailleurs une précision historique recherchée car le film s’appuie sur de nombreux textes et récits afin de retranscrire au mieux les maux de l’époque) à son final délirant, toute la structure du récit repose sur une lente bascule qui s’opère de manière symbolique et radicale pour pénétrer dans le fantastique. En effet, si la disparition de Samuel est mystérieuse, elle ne revêt pas vraiment les apparats du genre mais est simplement inexplicable. On se focalise ainsi sur Thomasin qui joue avec Samuel en se cachant les yeux puis en les ouvrant. Ce geste simple a pourtant une portée plus large et symbolise l’un des propos du film. En effet, quelques temps après la disparition de Samuel c’est Caleb qui croise le regard de sa soeur et surtout la poitrine de celle-ci. Ce désir naissant chez ce jeune garçon se retrouve par le biais de plans insistants qui entrent en collision avec le puritanisme dans lequel la famille baigne. Ce refus des corps, ce dénis de la sexualité sont des montras pour cette famille pieuse à souhaits. Les multiples événements auxquels doivent faire face les protagonistes ne semblent pouvoir se résoudre que par la voix divine selon eux.  Cette fermeture morale les enclave et nous enclave car c’est la seule explication/solution en laquelle il croit et bien c’est celle qui va être embrassé par le film. Ce tournant pousse le récit vers des cimes d’angoisses folles jusqu’à un dénouement aussi tétanisant qu’inexorable.

Cette volonté de glisser peu à peu dans l’inexplicable se fait par le biais de détails là où le démon se Nietzsche selon la célèbre citation. Et c’est ici la réalisation qu’il faut saluer comme l’a fait le festival de Sundance en 2015. C’est tout d’abord le cadrage qui saute aux yeux. Le cloisonnement sociétale dans lequel s’enferme la famille et auquel il fait écho mais il s’oppose aussi à ses plans larges dans lesquelles nous (et les personnage aussi) embrassons les démons et leurs formes les plus étonnantes (un lapin, un bouc). Le film alterne entre la minutie des scènes cérémonieuses où la symétrie est de rigueur (le repas ou encore la prière pour sauver Caleb) et des moments où le visuel est plus bordélique (la chute de William). Cette dissonance esthétique est un point fort car elle pousse le spectateur vers des questionnements auxquels il n’aura pas vraiment de réponse. Ce flou est d’ailleurs un élément clé car si le film donne clairement les thèmes qu’il veut aborder, il se refuse à toute fermeture de cette histoire en faisant de son final une ouverture qui dépasse les carcans moraux d’une époque révolue. Il faut aussi saluer la musique dont la discrétion n’a d’égale que sa tonalité funeste où les chants cérémonieux côtoient des sonorités horrifiques.

The VVitch est un film atypique qui marque de part ses choix narratifs, ses fulgurances visuelles et sa musique prenante. The VVitch est un bijou qui hante pendant et après l’avoir vu, assurément la marque des grands films.

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