Privé de sortie cinéma du fait de son arrivée directement sur le catalogue Netflix, Annihilation a fait parler de lui de part ce choix osé pour une production qui affiche une grande ambition cinématographique de part ses accointances avec des films comme Stalker notamment. Qu’importe cette décision car Alex Garland signe une oeuvre grandiose qui capture les tourments comme peu d’oeuvres en sont capables.

L’histoire débute par la découverte du personnage de Lena, une biologiste et ancienne militaire, qui fait face à la disparition de son mari Kane. Quand celui-ci réapparaît, les questions qu’elle se posait reste sans réponse et pire encore car ce retour pose bien plus de problèmes qu’il n’en résout. En effet, Lena apprend la mystérieuse expédition à laquelle a pris part son mari et malgré le danger elle se lance dans une quête aussi folle que sans espoir. Accompagnée de 5 femmes, elle part enquêter sur ce mystérieux miroitement où tout semble disparaitre pour toujours.

Annihilation est un film austère n’ayons pas peur de le dire. En effet, il y a tout d’abord sa narration fragmentée qui donne l’impression que tout n’est pas dit ou montré. Cette multitude d’ellipses se combine à un propos flou de prime abord où la quête entreprise semble se résoudre de manière convenue. Pourtant, Annihilation capture les maux les plus difficilement sondables et les matérialise dans ce miroitement. Plusieurs indications sont disséminées tout au long du film à commencer par la raison qui pousse chaque personnage à entreprendre l’expédition. Pour Lena, il s’agit de retrouver son mari et pour les autres les causes sont multiples mais reliées par une profonde attirance pour l’autodestruction. Chacun des personnages cachent aux autres des problèmes graves (un cancer, une solitude infinie, un enfant perdu). Toutes ces femmes se retouvent ainsi plongé dans un lieu où le temps et les choses perdent sens. Les jours s’étirent et se rallongent faisant d’un sommeil une ellipse de plusieurs jours. Les animaux, les plantes sont en mutation perpétuelles donnent lieu à des associations étranges et parfois sublimes. Dans ce monde en mutation, le beau côtoie le terrifiant et le regard de nos héroïnes changent bien trop vite. On passe de la determination la plus marquée (quand Lena tue un crocodile avec un sang froid impressionnant) à un abandon complet (quand Josie abandonne sa vie comme on quitte une pièce). La mutation du monde dans lequel on plonge se répercute sur les choix moraux de ces femmes et entretient un propos riche et impressionnant de complexité. Il est alors naturel de penser que le film est une parabole sur la dépression avec cette vision de la vie qui évolue constamment entre le beau et l’hideux.

Il serait osé de vouloir résumé le propos de Annihilation tant les pistes de réflexions sont nombreuses. Néanmoins, la solitude et la dépression prennent une part importante dans le film. Nous évoquions l’abandon et les traumas qui conduisent au suicide ou à l’auto-destruction comme l’évoque justement un des personnages. La réalisation met l’accent sur cet état de fait en ne cessant de faire des rappels. On notera ainsi ces références à la division cellulaire qui, si elle est évoquée au niveau microscopique, s’opère aussi à une échelle humaine au sein du groupe des 5 femmes. Il y a d’une part la séparation des êtres par les troubles du quotidien ou encore la mort et la maladie qui privent d’êtres chers. Un second point et sans doute un point clé : le miroitement. Il est dit qu’il reflète les ADN qu’il croise et les mélange. Ainsi, on trouve les psychoses, troubles et autres tourments qui virevoltent dans l’espace narratif. La beauté des plantent multicolores qui fleurissent se heurte à la bestialité de l’ours qui n’est autre qu’une âme en peine hurlant son désespoir à qui veut l’entendre. Toute la faune et la flore est un reflet de l’âme humaine et cette vision trouve sa résonance dans le travail technique impressionnant réalisé ici.

Bien entendu, outre son propos, Annihilation brille par sa technique. Alex Garland use à bon escient des échelles de plans pour créer la fascination la plus belle qui soit. Les plans larges évoquent la grandeur du miroitement et aussi la distance à laquelle on se doit d’être par rapport aux faits racontés. Pour preuve, on se retrouve souvent à observer des événements soit au travers d’un enregistrement video, soit au sein d’un plan large qui nous éloigne des protagonistes. Garland nous met à distance comme pour nous mettre en garde. Les couleurs et la musique sont à saluer tant elles parviennent à modeler notre perception du monde que l’on découvre et à faire ressortir la mélancolie des réminiscences dévoilées. Jamais avare en surprise, le film dévoile des trésors de scènes comme celle de l’ours qui terrifie au plus au point ou encore les dernières vingt minutes qui parviennent à faire voler en éclat toutes les certitudes acquises au cour du récit. En effet, une fois le film finit l’on ne peut s’empêcher de regarder ce verre d’eau que Garland filme avec insistance et se poser cette question : Lena est-elle bien Lena ? Si oui, est-ce la vérité qu’elle nous raconte ? Nous resterons sans doute sans réponse et c’est bien la preuve que ce récit possède des niveaux de lectures divers et qui nourriront la réflexion.

Annihilation est une oeuvre d’une richesse impressionnante qui brille par sa complexité et son habileté à sonder l’âme humaine. Alex Garland signe un grand film de science-fiction qui trônera au sommet de cette belle année 2018.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s