C’est dans un calme absolu que démarre Jusqu’à La Garde. Un calme qui ne durera que l’espace d’un instant car le divorce dont il est question va secouer la vie de toute une famille dans des proportions impossibles à imaginer.

Antoine et Miriam divorcent. La garde de leur fils Julien a été attribué à Miriam au cours de l’audience mais un droit de visite à été accordé au père. Un climat de tension s’installe alors car des violences conjugales sont évoquées. De plus, Julien ne veut plus voir son père qu’il appelle « autre », lui refusant toute identité et toute humanité. Cette situation étouffante créée alors une impossibilité de vivre ou d’envisager l’avenir avec sérénité pour Miriam et son fils.

Xavier Legrand parvient dans son film à allier un propos difficile à traiter avec une réalisation remarquable. Le maitre mot est ici tension. Il y a celle qui nait de situations chocs comme celle où Antoine insiste au téléphone pour discuter avec Miriam ou encore celle où il parvient à trouver le nouvel appartement de son ex-femme après avoir malmené son fils. Ces événements sont angoissants non pas sur l’instant mais sur le fait qu’ils sont annonciateurs d’un point de rupture à venir auquel on ne veut pas assister. Il y a aussi la tension visuelle qui nait de gros plans asphyxiants ou encore d’un cadrage resserré tel un noeud de pendu. Et il y a enfin la tension qui nait de la violence physique : Antoine qui étrangle Miriam et ce final sur lequel nous reviendrons. Legrand insère aussi une composante sonore discrète mais terriblement anxiogène. On pense à ce bruit dans la voiture d’Antoine car une ceinture n’est pas attaché qui crée un stress auditif et symbolise la bombe à retardement qu’est Antoine. On retrouve d’ailleurs cela au moment de finir le film.

S’il est un moment de Jusqu’à La Garde qui marquera c’est cette interminable scène de fin. Climax narratif et émotionnel terrassant, cette scène que l’on devait attendre et que l’on craignait brille de par sa structure tout d’abord. En effet, comme évoqué ci-dessus, le son est un élément moteur. Il y a d’une part Antoine qui sonne comme un fou à l’interphone sans jamais s’arrêter. Le spectateur est alors pris par ce son qui mettra un moment avant de disparaitre pour être remplacer par un son encore plus insoutenable. Ce son est celui d’un fusil de chasse qui fendra l’air et engendrera un bourdonnement qui ne nous quittera pas. Tel un Nolan dans Inception, ce son restera même après la fin du film comme pour nous rappeler que la fin du film n’est pas une fin en soi mais un moment de répit à durée indéterminée. Ensuite, il y a dans cette scène la véritable explosion que l’on redoutait. Antoine perd complément la tête et en vient à laisser le monstre en lui éclater au grand jour. Cette discrète montée en tension et les multiples  rappels faits au cours du film témoignent d’une construction scénaristique exemplaire. On se doit aussi de saluer le casting du film : Denis Ménochet, Léa Drucker et Thomas Gioria sont ablsoluement remarquables et épatants de justesse.

Premier film de Xavier Legrand, Jusqu’à La Garde est une oeuvre grandiose qui confine à la tétanie. Un film choc et bouleversant à plus d’un titre. Le cinéma francais tient sa meilleure oeuvre de 2018.

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