Dans un monde où le soleil n’existe pas, Guillermo del toro nous invite à partager son univers fait de créatures qui questionnent notre humanité. Quand le regard des autres vous plonge dans la solitude la plus profonde qui soit, comment retrouver goût à la vie ? Comment croire à l’amour quand celui-ci semble impossible ?

Dans un centre gouvernementale ultra secret, Eliza est une employée que personne ne regarde où même considère comme un être humain. Constamment réduite à son statut de femme muette, elle vit une existence millimétrée où tous les petits rituels sont autant de moyens de donner à sa vie un semblant de consistance. Elle partage des moments avec son voisin, Giles lui aussi confronté aux affres de la solitude et qui se heurte à la difficulté de vivre son homosexualité. Un duo d’amis égarés mais qui montrent une solidarité salutaire. L’arrivée d’un « atout » dans la laboratoire va créer une secousse dans le quotidien d’Eliza et la confronter à des épreuves aussi belles que pénibles. Cet « atout », une créature  à la morphologie proche de celle vue dans Hellboy du même réalisateur, se voit etre au coeur d’une lutte sovietico-americaine. Une âme sacrifiée car on lui refuse d’emblée toute humanité. Persuadés qu’elle sera l’arme numéro de la conquête spatiale, la créature est torturée par le terrifiant Strickland.

L’une des forces de ce film est son habillage tant Guillermo del toro parvient à créer une ambiance prompte à faire naitre la nostalgie. Les décors rétros sont un moteur essentiel du film comme le fait que Gilles et Eliza partage le même toit. Ce simple fait suffit à établir l’amitié qui les unis et ajoutons à cela le fait qu’elle se situe au dessus d’un cinema ce qui renforce le positionnement des protagonistes et les place au coeur de l’oeuvre voire au-dessus (renforcement l’humanisme de l’oeuvre). Guillermo del toro ne fait aucune concession à son cadre grâce notamment à la sublime musique d’Alexandre Desplat qui colle parfaitement à l’histoire et confère au film les allures de conte auquel il doit sa franche réussite. En effet, la voix-off en introduction place Eliza dans le rôle d’une princesse en quête d’unité. Une unité tant amoureuse que morale. C’est d’ailleurs sur ce point que brille le discours de Sally Hawkins quand elle implore Giles de l’aider à sauver la créature. Ce discours établit à la fois le propos du film et constitue sur le plan émotionnel la scène la plus marquante. D’une part, sont confrontés l’humanité et l’inaction causes de la libération de la créature. D’autre part, c’est le mode de vie d’Eliza et Giles, qui subissent la vie plus qu’autre chose, qui se voit remis en question. De plus, le fait qu’Eliza soit muette et qu’elle soit capable de mettre les mots justes sur son dilemme est aussi paradoxal que brillant : la voix de ces âmes égarées et solitaires est une femme muette. Ces multiples enjeux trouvent alors une réponse dans un espoir matérialisé par cette étrange histoire d’amour qui va peu à peu devenir une évidence pour le spectateur. Preuve que s’il est parfois mystérieux la forme que peut prendre l’amour importe peu tant qu’il est sincère et réciproque.

On ne saurait évidemment oublier les acteurs du film qui trouvent ici une mise en lumière comme ils le méritent. Sally Hawkins est encore une fois exceptionnelle (rappelons nous de Be Happy où elle dévorait l’écran avec sa joie de vivre) tout comme le grandiose Richard Jenkins (vu dans Six Feet Under notamment) qui est d’une justesse épatante. Il y aussi le terrifiant Michael Shannon glaçant dans un rôle humain et fou. Nul doute que ce casting impeccable trouvera à présent des rôles à la hauteur de son talent.

 La forme de l’eau est un conte d’une sincérité à toute épreuve et qui brille de part la sublime réalisation d’un auteur au sommet de son art. Touchant et sincère, un des films de l’année sans aucun doute.

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