Esthète, poète et réalisateur de renom. Tels sont les superlatifs qui vont parfaitement à Jim Jarmusch, lui qui a réalisé entre autre Ghost Dog, Dead Man ou encore le film dont nous allons parler. De la routine quotidienne d’un chauffeur de bus poète, Jarmusch extrait une fable où résonnent l’abandon, la création et la poésie inhérente à l’amour le plus sincère qui soit.

Dans la ville de Paterson, le calme et la tranquillité sont le lot quotidien de Paterson (Adam Driver). Réglé telle une horloge, sa vie est rythmé par des habitudes solidement ancrées et révélatrices de sa nature la plus profonde. Embrasser celle qu’il aime (Golshifteh Farahani), conduire son bus et s’adonner à la rédaction de poèmes dans un carnet qu’il conserve à l’abri des regards sont autant de rituels nécessaire à cet homme. De retour chez lui, la création est omniprésente avec sa femme qui peint, cuisine et se lance dans de nouvelles création sans jamais douter d’elle-même ou de l’utilité de ces activités. Un couple aux personnalités opposées mais qui forme un amour qui pourrait définir l’évidence. Un couple unit qui traverse la vie sans l’apparence d’une ombre. Une sortie au cinéma, une conversation anodine ou encore une embrassade suffisent à justifier les vers de Paterson :

 Si jamais tu me quittais je m’arracherais le coeur et ne le remettrais jamais en place

La simplicité de leur amour est à l’image de leur vie et constitue un des symboles du message que véhicule le film.

Malheureusement, la réalité que dépeint Jarmusch est bien plus profonde et subtile qu’il n’y parait. En effet, Paterson est un ancien soldat comme nous le montre un fugace plan sur une photo de lui en tenue militaire. On retrouve ainsi une signification à l’apathie d’apparence de Paterson qui ne manifeste aucune empathie pour son collègue de travail en proie à des problèmes personnels graves. Paterson ne hait pas les gens mais son isolement social semble trouver sa source dans un passé trouble et sa poésie lui offre l’échappatoire parfait pour se préserver. L’abandon que dépeint le film fait écho à celui de la ville de Détroit évoqué dans Only Lovers Left Alive mais trouve ici une résonance d’un optimisme salutaire.

En effet, le choix de la ville de Paterson n’est évidement pas anodin. Ville natale d’écrivains comme William Carlos Williams ou Allen Ginsberg, elle est un lieu quasiment mystique où la création et l’homme sont célébrés. La monotonie que le film semble dresser se trouve effacée par l’avancé du temps. Tout d’abord, les changement de motifs dans la maison de Paterson (passage de cercles vers des vagues) marquent la coloration apportée par l’art dans le quotidien.  Par ailleurs, le statut de créateur auquel se refuse Paterson dans le final est pourtant sa source de bonheur. Il est capable de voir les plus belles facettes des gens, des événements. Toujours d’un soutien total envers les personnes qu’ils croisent comme cette enfant qui lui confie sa poésie ou encore sa femme qui se lance dans la musique. Refusant toute machine dans sa vie. Outre être un moyen de se défaire du superflu, cela lui permet d’entrevoir la beauté des plus simples choses.  Paterson est un humaniste pur.

Visuellement remarquable, Paterson est un film au rythme déstabilisant et qui rebutera assurément. Sa lenteur est proche de celle de l’excellent The Limits Of Control. Moins pédant que dans Only Lovers Left Alive, Jarmusch parvient à insérer de la poésie aux moments où on l’attend le moins. Sa réalisation brille par petites touches à la manière de son héros. Qu’il s’agisse de fondus enchainés où se chevauchent les formes et les ambiances en passant par des plans fixes marquant la répétition, les trouvailles visuelles sont nombreuses et toujours promptes à renforcer le caractère du voyage de Paterson. Jamais avare en moments savoureux, l’écriture brille par sa construction qui contrecarre habilement la monotonie du quotidien par des événements singuliers et un humour noir salutaire.

Poétique, humaniste et terriblement touchant, Paterson est une oeuvre singulière dont la lenteur se fait l’écho d’un hymne à la vie. Jarmusch dépeint au travers du quotidien une façon de vivre salutaire où le bonheur se nourrit des choses les plus simples.

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