Durant la course effrénée qui ouvre le film, un poème sublime habille notre esprit. La lutte que l’on voit entre une femme et le froid qui la pénètre annonce la couleur. L’innocence va se heurter à une réalité aussi silencieuse que brutale. Contraste entre le blanc immaculé de la neige et l’homme acculé face à sa sauvagerie latente.

Apres avoir écrit les scénarios de Sicario et Comancheria (ce qui montre son talent d’écriture), Taylor Sheridan poursuit son aventure scénaristique en passant en plus derrière la camera. Pari osé d’autant que son oeuvre obéit à un schéma clairement identifié. En effet, la lutte contre le crime est toujours un prétexte pour évoquer les maux de gens que l’Amérique oublie bien trop souvent (les mexicains dans Sicario et les victime de la crise fincanicère dans Comancheria). Suivant ce schéma, Wind River impose un décor glaciale au coeur du Wyoming proche d’une réserve indienne et mêle la ségrégation socio-spatial à une odyssée marquante.

L’enquête menée par une inexpérimentée agent du FBI (la sublime Elizabeth Olsen) nous place dans l’inconnue. Nous nous retrouvons dans ses bottes car, comme elle, nous ne connaissons rien de la culture locale ce qui offrira des moments déchirants (sa visite chez la famille de la victime est glaçante). Pour la guider, c’est une nouvelle métamorphose artistique qui nous est offerte. A l’instar de la surpuissante interprétation de Chris Pine dans Comancheria, c’est ici Jeremy Renner qui se transforme en chasseur impitoyable et bluffe de part son aisance dans ce rôle. Le duo mène l’enquête sur un meurtre aux circonstances mystérieuses mais symptomatiques du mal rongeant sur cette région.

Wind River impose au spectateur de vastes étendues de neiges auxquelles le silence sert de manteau. Le calme et la solitude semblent dicter le tempo dans ses régions (quand les tempêtes de neiges ne s’en mêlent pas). Naissent alors grâce à une sélection auditive savoureuse (merci encore aux génies de Warren Ellis et Nick Cave) une ambiance profondément mélancolique et émouvante. La traque de nos héros est celle de ce qui mine cette région : le refus de lutter devant le désespoir et la misère humaine. Cette thématique est abordée par deux angles aussi complémentaires que pertinents. D’une part, le héros porte sur ses épaules un poids dont il ne se débarrassera jamais mais montre une capacité à lutter exemplaire. Toujours à distance des événements et des autres personnages du film (visuellement on notera le discret de ce détail mais qui se montre épatant), il montrera vraie nature dans les faces à faces où son coeur s’ouvre pour exprimer sa douleur. D’autre part, il y a cette galerie de personnages locaux qui montrent le désespoir qui règne dans la région. Tous sont guidés par le dégoût de la vie qu’ils ont. Solitude et ennuie sont leurs lots communs et en font des bêtes. Et ce pour une raison qui rejoint la lutte commun à tous les protagonistes. Cette lutte est celle de la vie, ni plus ni moins, car l’abandon nous encercle dans le film. Entre ceux qui se refusent à vivre et ceux qui deviennent de véritable sauvages, le film ne laisse aucune porte à l’espoir. Les dernies instants montrent que la salivation espérée est une illusion dont il faut se défaire. Devant les vies brisées, le seul rempart est la force que l’on peut trouver chez les autres et plus particulièrement ceux que l’on aime.

Wind River balaie d’un revers toutes les attentes possibles. Claque émotionnelle sans commune mesure, le film me laisse hagard, perdu et donne la sensation d’avoir vu une oeuvre grandiose. La marque des grands films assurément.

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2 réflexions sur “Wind River (2017)

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