Curtis LaForche mène une vie calme et remplie de bonheur. Une femme aimante et une petite fille qu’il aime plus que tout. Le travail paye bien d’autant qu’il fait équipe avec son meilleur ami. Si le bonheur n’a pas vraiment de forme universelle celui de Curtis pourrait la devenir. Pourtant quand un rêve lui annonce un drame diluvien, une tornade dont il ne perçoit pas encore la forme mais seulement les contours, toutes ses certitudes disparaissent et il devient alors autre chose. Take Shelter n’est que le second film de Jeff Nichols et pourtant il a déjà une maîtrise qui dépasse le commun. Avec ce film, il offre un mélange de surnaturel auquel il adjoint un cadre social finement ancré pour livrer une oeuvre dantesque.

Commençant par évoquer le quotidien de Curtis, le film part du cadre de la famille idéal au travers de raccords aussi anodins que fondamentaux. D’une machine à coudre fondu avec le bruit d’une machine de chantier en passant par des rêveries qui ramènent inlassablement au petit-déjeuné où la famille se réunie. Nichols aime utiliser la constance des schémas et faire d’eux les engins de la rupture. Les premiers rêves de Curtis en sont l’illustration. On n’y voit que lui et sa fille comme si sa femme était déjà hors-jeu. Ou encore les scènes où Curtis sort de ses rêves seul dans son lit. L’exclusion de sa femme est encore un symbole celui de son couple qui s’étiole. Reste alors sa petite fille dont la surdité en fait un être à part. Elle n’entend pas les délires et colères parentales, elle ne voie que l’amour qu’on lui porte. Si Curtis est le pilier de cette histoire, le symbole de la famille est plus que prépondérant car la tornade annoncée n’est pas le délire d’un homme sombrant dans la folie mais une chose bien plus grande, bien plus universelle.

En effet, Take Shelter est une annonce : quelque chose de grave va arriver. Ce quelque chose n’est pas un cataclysme naturel mais une chose crainte et attendue. L’apocalypse vu par Curtis n’est autre que l’effondrement de l’Amérique, la puissante, la dominatrice celle où tout est possible. Cette effondrement social et culturel tiendrait dans un accès aux soins plus durs avec l’exemple de la fille de Curtis et sa surdité. Il prendrait ensuite les allures de pertes d’emplois comme Curtis qui se fait virer pour une erreur stupide. Cette chute d’un monde voué à un éclatement dont les crises financières semblent êtres les annonciatrices est donc modélisé par ces tornades, ces oiseaux devenants fous et ces hommes tentant d’entrer chez Curtis (Pensez donc à La Route et à ces mangeurs d’enfants qui pillent les maisons durant la « fin du monde »). La folie de Curtis devient alors un moyen d’évoquer ces lanceurs d’alertes que l’on ne prend pas au sérieux (pensez à l’affaire Madoff) ou encore que l’on fait taire (la liste est trop longue). Et le révéleteur de ce propos tient dans l’ultime scène quand pour la première fois la femme de Curtis voit ce que son homme a vu et se rend compte de son erreur.

Evidemment, Take Shelter ne tire pas sa force seulement de son propos. La plus grand part de magie tient dans la capacité du film à faire de nous des partisans de Curtis, incarné par un Micheal Shanon irradiant de génie en prédicateur de l’apocalypse. Nous voyons ce qu’il voit et somme alors tenté de le croire. Peu à peu la thèse de la folie et le climax de la sortie de l’abri (au passage une scène d’une puissance émotionnelle folle) nous font réfléchir et douter de lui. L’inception fait alors son oeuvre et l’idée que quelque chose de grave va arriver nous submerge et la concluions apportée avec cette matière jaune qui tombe du ciel sonne comme un décision que Nichols arrête net (le parallèle avec Inception est possible ici). Mais alors quid de la famille qui était unie ? Comment comprendre ce final déroutant ? L’union face au calvaire est ce que Curtis a fui en se renfermant sur lui-même. Toujours seul dans ses rêves, il se passe de sa femme qui, pourtant, ne montre que de l’amour pour lui. Comme dit plus haut, le final est le seul moment où la famille est unit dans une des visions de Curtis. Sans doute est-ce le message de Nichols, L’abri dont il parle n’est pas matériel mais il est spirituelle et se trouve dans la famille et plus généralement l’amour de nos proches.

Sujet d’étude filmique parfait (je n’évoque pas ici les jeux sur les axes, sur les rapports de forces instaurés dans les rêves et d’autres encore), Take Shelter est une oeuvre comme en voit au mieux tous les 10 ans. Take Shelter est un chef d’oeuvre qui a l’ampleur de ces films qui créent un amour viscérale du cinema.

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