S’il est un créateur de série qui parvient à allier le travail de journaliste et humanisme irradiant c’est bien David Simon. Auteur de la meilleure série télévisée jamais faite The Wire, il nous propose ici une plongée dans l’armée américaine et l’invasion de l’Irak. Evénement déjà abordé à de multiples reprises, ici le placement est d’un singulier qui n’a d’égal que sa pertinence. En effet, nous sommes plongés dans la vie d’une escouade qui se dirige vers Bagdad. Il ne s’agit aucunement de faire une démonstration technique avec des bombardements, des scènes de guérilla urbaines ou autre mais c’est l’homme qui nous intéresse : son rapport à la guerre, les facettes des militaires et surtout une analyse d’une invasion en forme d’improvisation constante.

C’est au travers du reportage du journaliste Evan Wright qui vécut au sein d’un bataillon de marine qu’est née la série. Incarné dans le show par un acteur marquant Lee Tergesen (Tobias Beecher du bijou Oz), il est ici notre point d’entrée dans ce conflit. On découvre ainsi une galerie de personnage désarçonnante de variété et d’extrémisme. On trouve pele-mele : un raciste, un chef idiot, un chef respecté, un comique de service et une pelleté de gens perdus. Parmi les personnages les plus attachants on trouve l’excellent Alexander Skarsgaard et l’hilarant James Ransone qui forment un excellent duo. De cette galerie va naitre une série aux aspérités complexes et savamment mise en scène.

Filmé à hauteur d’homme, la guerre nous apparait comme une entreprise hasardeuse. Les missions ne semblent jamais tenir compte du facteur humain. Les soldats se comportent parfois comme des terroristes en commettant des frappes sur des villages civils sans se poser de questions et en se gargarisant de meurtres. Les massacres « gratuits » sont monnaie commune et constituent pour certains idiots une victoire. Mais contre qui ? Car le problème pointé ici est celui de l’ennemi qui ici n’est pas clairement identifié. La libération de la dictature a laissé place à un peuple désemparé et vivant dans la misère. Les soldats deviennent alors une force humanitaire. C’est en substance ce que nous dit la série. Les armes sont ici dérisoires et ne devraient servir qu’a dissuader les pillages, viols et autres vices subies par des populations sans défense. Mais les ordres ne vont pas dans ce sens et font des soldats des cibles. C’est ce que le bataillon découvre avec amertume. Eux qui voulaient aider ces gens deviennent complices d’un conflit duquel ils savent qu’ils ne sortiront pas avant un moment. La pertinence de la série tient dans cette faculté de pointer les failles de cette invasion américaines en montrant les erreurs commises et les crimes provoqués.

L’attachement naissant avec ce bataillon est impressionnant car al série ne contient que 7 épisodes. On se prend à être touché par ses hommes aux failles naissantes et aux blessures béantes. La plus belle trouvaille est cette multitude de passage où les soldats chantent (extrait : Tainted Love —> https://www.youtube.com/watch?v=XRajfty4OuU) . On se prend à rire au milieu de ce cauchemar ensablé qu’est l’Irak. Les multiples conversations servent de révélateur des tensions entre soldats mais aussi des personnalités variés qui constituent l’armée américaine. Se confrontent alors les idiots et ceux qui comprennent vraiment ce qui se passe. Ce contraste humain est un miroir sociétal implacable et saisissant à quoi la dernière scène donne une forme d’universalité bienvenue.

Nouveau tour de force de David Simon, Generation Kill pose les bonnes questions et mets en lumière un conflit dont les victimes sont dans les deux camps.

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