C’est sur un visage marqué non pas par le temps mais par les épreuves de la vie que le film débute. Le cadrage serré sur le visage de Robin Wright offre une mise à nue émotionnelle quasi cathartique. Les premiers instants du film pointent alors vers une direction narrative claire celle des choix qui font et défont une vie. Ari Folman avait déjà réussi avec Valse avec Bachir à mélanger le reel et l’animé pour créer un contraste émotionnel saisissant. Ici, il s’aventure dans la SF en proposant une plongée futuriste dans un monde en totale déclin.

Découpé en deux parties, le film commence par aborder de manière radicale la vie de Robin Wright qui joue ici son propre rôle. Courte mais d’une profondeur viscérale, cette partie impressionne par l’envergure émotionnelle du propos. Rejetée par les maisons de productions à cause de mauvais choix de carrière, Robin se retrouve en marge et tente de se relancer grâce à son agent (le touchant Harvey Keitel). Vivant avec ses deux enfants (dont un fils malade et voué à la cécité et la surdité), elle se remet en question de manière systématique : regrettant tel ou tel choix et refaisant le passé. L’intelligence cinématographique de cette partie se retrouve dans la réalisation et le point de vue adopté. D’une part, la trame lance les ramifications de la seconde partie en abordant le scan : procédé permettant de réaliser une copie numérique d’un acteur et de le rendre « immortel » en quelque sorte.  D’autre part, le récit se focalise sur ses personnages en se plaçant à leur hauteur par le biais de gros plan et d’un cadrage ciselé. De la première scène à la séance de motion capture, l’émotion est omniprésente et le climax atteint avec le discours d’Harvey Keitel déborde de sincérité et d’émotions. On sera particulièrement touché par la grâce qui se dégage de Robin Wright dont la performance mérite une quantité immense de superlatifs.

La seconde partie se déroule 20 ans après les événements de la première partie. Le monde a changé et les gens vivent désormais dans un monde animé dans lequel ils pénètrent par le biais d’un produit hallucinatoire qui fait voir le monde sous forme de film d’animation. Ici le propos prend des allures Orwelienne dans une société dirigé par un conglomérat qui impose l’hallucination comme mode de vie pendant que le monde sombre dans le chaos. La drogue devient alors le seul moyen de survivre au cauchemar qu’est devenue la vie. Derrière cette façade se cache évidemment une critique des grands groupes du divertissement qui impose une dictature économico-culturel notamment par le biais de nouvelles techniques qui ternissent le cinema et le rende parfois factice. On pense naturellement à Avatar et les blockbusters de type Transformers qui se résument à un amoncellement putride d’images numériques dénuées de coeur et de ce qui fait le cinéma. Cette partie est avant tout un trip hallucinatoire qui se laisse parcourir sans nécessairement chercher à tout comprendre à l’image de son héroïne qui se retrouve perdue dans le temps. On vogue de péripétie en péripétie sans être capable de distinguer le vrai du faux-vrai ou du faux tant les images et distordent pour créer un désordre reflétant la société.

Le congrès est une oeuvre unique qui témoigne d’un savoir-faire rare et précieux. Ari Folman repousse ici les barrières narratives pour nous offrir une épopée marquante et marquée par une Robin Wright au firmament.

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