Une montagne silencieuse se dresse devant le spectateur sous l’impulsion d’une musique stridente. Se lance (et le fantôme de 2001 refait surface) alors une scène d’introduction au mutisme mystique. Le titre du film « Il va y a voir du sang » se mue alors en une parole annonciatrice.

Commençant en 1898, le film suit la trajectoire de Daniel Plainview parvenu à ériger un empire dans le forage pétrolier en partant de rien. Mais derrière la naissance de cet empire, Paul Thomas Anderson entend aller plus loin en évoquant la quête de richesse sans fin d’un homme à la dérive qui luttera sans cesse contre sa nature destructrice.

Le monde que décrit le film est celui d’une vie incertaine où la richesse semble être la seule chose qui compte. Cette impression est renforcée par l’absence de personnage féminins. Les femmes semblent absente de la vie dans ces terres où leur seul rôle est celui d’enfanter. L’errance des hommes en quête d’un travail les conduit à l’isolement et fait écho à la vacuité de leur vie. Pourtant, la lutte que mène Plainview dans l’introduction face à une nature peu encline à lui offrir le tant convoité or noir aurait donné à n’importe quel homme une envie de se sortir au plus vite ce métier rude et peu valorisant. Mais le personnage de Plainview se révèle être d’une complexité rare tant ses facettes se croisent de manière étrange. Daniel Day Lewis campe un homme à la dualité flagrante. Son premier discours dans une petite ville sème la panique au sein des habitants qui voient d’un mauvais oeil ce prospecteur. Pourtant, il manie le langage avec une aisance et une bienveillance épatante en mettant en valeur son côté familiale dans le travail et l’importance de la vie en communauté. La réalité est pourtant tout autre car derrière sa façade, l’homme cache des fractures profondes et sa recherche d’amour se fait de manière maladroite mais parfois poétique. On pense à ce moment où il adopte H.W et le berce sur ses genoux donnant pendant un bref instant l’image d’un homme en paix avec lui-même. Pendant un instant, on croit à un changement chez cet homme d’affaire mais sa quête de fortune brise chacune de ses opportunités d’être un homme aimé ou aimant : la rencontre avec d’autres prospecteurs montre sa faiblesse car il se refuse à accepter ses erreurs passées. La construction et l’explosion du derrick conduise H.W a la surdité mais n’affecte Daniel qu’en terme de pertes financières et scelle alors son coeur noir. Devenir un père aurait pu le remettre dans le droit chemin mais il se refuse à accepter un enfant handicapé. La scène où Marie suit H.W pas à pas et tente d’apprendre à communiquer avec lui offre un miroir à l’attitude démissionnaire de Daniel qui se retrouve alors affaiblit à l’extreme.

L’éloignement de la vie en communauté de Daniel se fait par fines touches mais trouve sa source dans son duel avec Eli Sunday, homme religieux arriviste qui tente de soutirer des profits sur la vente des terres de son père, campé par le parfait Paul Dano. Prêt à toutes les folies pour agrandir son empire, Daniel promet à Eli un don pour aider son église mais il traine à tenir sa promesse et peu à peu voue une haine profonde à ce dernier. La scène où Daniel bat Eli dans la boue montre la férocité qui s’est immiscée dans son coeur. Cette haine dépasse celle de la religion et semble être dirigée contre le genre humain. C’est d’ailleurs en tuant Eli dans une scène finale d’une violence folle que se conclura la déshumanisation de Plainview qui vivra en hermite et en complète décrépitude.

Si on devait résumer ce film en un mot, la tache serait ardue car la profondeur qu’a apporté Paul Thomas Anderson en rédigeant le scénario se reflète de manière spectaculaire grâce à un travail technique sublime. La musique tout d’abord apporte une touche anxiogène bienvenue dans les moments de tension (on pense à l’explosion du Derrick et l’introduction). La réalisation de Paul Thomas Anderson est une partition des plus impressionnantes tant l’homme prouve que son talent est sans limite. S’accaparant avec intelligence des terres désertes, il nous plonge dans un univers sombre en multipliant les plans larges où le contemplatif nous laisse hagard devant une effusion d’émotions (on pense au plan d’introduction, au visage de Daniel devant l’explosion du Derrick ou encore les hommages aux westerns avec cette fenêtre noire dans laquelle entre les personnages). Le rapport du film à la lumière souligne aussi une profonde volonté de marquer l’évolution son protagoniste principal qui, peu à peu, est marqué physiquement par sa lutte interne pour trouver un sens à sa vie. A ce titre, la photographie est d’une puissance folle et le cadrage astucieux lui rend un hommage remarquable. Prenons la scène où Daniel discute avec des villageois pour expliquer son projet de forage. D’abord fixé sur lui seul, la caméra intégrée peu à peu H.W au cadre pour renforcer la façade familiale que s’est construit Daniel.

Oeuvre à l’ampleur de grand classique, There Will be blood est la marque d’un grand réalisateur porté par un acteur de talent qui nous manquera. Merci Messieurs pour ce moment de cinéma inégalable.

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