Mon Temple du Blues : Chapitre 8, Woman with Soul.

Susan Tedeschi est née en 1970 à Boston où elle a rapidement montré une envie de faire de la musique son métier. Elle entrera notamment dans la prestigieuse école Berklee College of Music où elle apprendra notamment le gospel tout en se mettant progressivement au blues. Ce métissage musical est ce qui rend Susan Tedeschi si unique dans le monde du blues car son univers est un voyage entre les genres où le blues prend cependant une parce prépondérante.

C’est en 1993 que se lance sa carrière avec la formation du groupe Susan Tedeschi Band et car elle se mettra dans la foulée à apprendre le blues à la guitare. Son premier succès critique arrivera avec l’album Just Won’t Burn. Elle multipliera les premières parties et collaborations live avec entre autres : B.B. King, Buddy Guy, The Allman Brothers Band, Taj Mahal et Bob Dylan. Sa renommée se fait alors croissante et elle est reconnue comme une blueswoman de talent par ses pairs. Les Stones l’inviteront sur scène pour faire leur première partie en 2003 et elle participera au rassemblement Crossroads du maitre Eric Clapton. Mais sa carrière décollera de plus belle avec en 2010 un partenariat avec son époux, le talentueux guitariste Derek Trucks au sein du Tedeschi Trucks Band. Auparavant appelé Soul Stew Revival le groupe formé par le duo évolue en se dotant de nouveaux musiciens et nouveaux instruments. L’alliage de la voix de Susan et de la maestria guitaristique de Derek se subliment pour donner naissance à un premier album Revelator aux sonorités blues, rock et soul. Deux albums suivront avec les excellents Let get me By (2016) et Made Up Mind (2013) faisant du groupe l’une des valeurs sures des années 2010 dans le genre. Prônant la création le groupe s’échine à proposer des arrangements, morceaux et nouveaux schéma musicaux pour se renouveler.

Les influences de Susan Tedeschi sont reconnaissables et on pensera naturellement à Janis Joplin pour le coté vocal avec cette voix soul/blues qui alterne à merveille les envolées et la quiétude. Pour le coté guitare, c’est du coté de Buddy Guy, Muddy Waters ou Stevie Ray Vaughan qu’il faudra aller chercher bien que ses références sont encore plus nombreuses et diverses (il y a un peu de soul à la Aretha Franklin dans ses premiers morceaux). Le jeu de Susan n’a eu de cesse d’évoluer et trouve aujourd’hui sa force dans sa multiplicité et sa richesse.

Je vais vous parler de son album Just won’t Burn qui résume assez bien les mots ci-dessus et constitue une porte d’entrée magique dans le monde de cette artiste.

On attaque fort avec Rock me Right qui mêle un riff rock à la cadence infernale avec la voix de Susan qui fait montre d’un coffre remarquable. Puis s’en suit un morceau en forme de signature avec You need to be with me qui allie soul et blues pour produire une émotion toute en retenue. Symptomatique de la volonté de l’artiste de varier son jeu on retrouve une ligne de basse originale alliée à une voix douce mais rugueuse quand la guitare s’envole. Sublime proposition que ce morceau qui nous emporte définitivement dans l’univers de Susan. Sur Little by little, c’est le jeu à la guitare qui prédomine avec des riffs que les amateurs de blues reconnaitront et savoureront. C’est d’ailleurs un morceau qui fait penser au Tedeschi Trucks Band notamment dans sa version live où se greffent une multitude d’instruments pour apporter des variations bien senties. Un autre morceau que l’on retiendra est Mama, He Treats Your Daughter Mean qui avec ses arrangements rock ramène à un autre groupe phare de la scène blues rock : Gov’t Mule. Globalement, cet album de Susan Tedeschi est une complète réussite tant il possède les facettes d’un disque qui transcende les genres et les associent avec intelligence et parcimonie (écouter notamment Angel From Montgomery qui est un morceau d’une pureté rare).

Susan Tedeschi n’a pas le vécu d’un Clapton ou le passé de certaines légendes mais elle trône néanmoins au sommet du blues avec une carrière déjà bien remplie et une reconnaissance croissante. Bardée de prix et tête d’affiche, elle assurément la figure de proue du blues rock actuel et nul doute qu’elle entrera dans la légende.

Mes conseils d’écoutes :

Let Get me By (Tedeschi Trucks Band)
Just won’t Burn
Back to the river

Un extrait pour découvrir la puissance de Susan :

You need to be with me

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Mon Temple du Blues : Chapitre 7, Mississippi King.

Robert Lee Burnside est né en 1926 dans l’Etat du Mississippi. Compositeur, chanteur et guitariste de blues, il est l’incarnation de ce qui rend le blues singulier dans le monde de la musique. Sa vie est faite de mythes et légendes. Tout d’abord son lieu de naissance n’est pas exactement connu et ses errances diverses entre Chicago et sa terre natale sont étranges car elles traduisent une vie mouvementée. La légende dit que Burnside aurait tué un homme et aurait été incarcéré quelques temps avant de refaire surface pour se donner à fond…à diverses activités professionnelles exotiques puis à lancer sa carrière dans le blues avec quelques enregistrements de-ci de-là. Le véritable commencement du bluesman R.L Burnside est marqué par la publication d’un disque aux aspérités qui dessinent les contours du bues rock moderne. A Ass Pocket of Whisky marque un tournant dans la carrière de l’homme et le pousse vers la lumière.

Pourtant, les collaborations sur la scène blues, avant la publication de ce disque, de Burnside sont déjà nombreuses et marquantes. Il joue en 1969 à Montreal avec Lightnin’ Hopkins and John Lee Hooker et entre en partenariat vers la fin des années 70 avec Junior Kimbrough. Les années 80 sont pour Burnside une phase de professionnalisation dans le blues puisqu’il dira en interview assurer une à deux tournée par an multipliant même les voyages en Europe. Il travaillera pour commencer sur des reprises de grands noms de la scène blues comme Howlin’ Wolf et effectuera divers enregistrement dont seulement une poignée sera éditée. Mais la renommée acquise par l’artiste commencera au moment où sa santé déclinera, dans les vingt dernières années de sa vie.

Au début des années 90, Burnside signe chez Fat Possum Records qui enregistre aussi Junior Kimbrough. Mais c’est veritablement le lancement de la bombe A Ass Pcket of Whisky qui détonne et sonne comme un ovni dans le monde du blues. L’importance de Burnside pour le blues eclate au grand jour et il multiplie les documentaires, les tournées, les enregistrements mais sa santé n’est plus ce qu’elle était. Il est victime en 1999 d’un problème cardiaque qui lui coutera beaucoup. En diminuant l’intensité et la répétition des shows, il cessera de jouer de la guitare sur l’album Wish I Was In Heaven Sitting Down sorti en 2000 pour se focaliser sur le chant. En 2001, une seconde attaque l’empêchera de jouer et l’obligera à arrêter la boisson. Fat Possum Records aura cependant la belle idée de sortir en 2004 l’excellent A Bothered Mind qui sera vocalement Burnsidien mais musicalement un alliage mêlant rock et rap grâce à des arrangements singuliers mais réussis. Il s’éteindra en 2005 après de nouvelles opérations qui l’empêcheront de prolonger sa courte carrière. Pourtant, Burnside recevra l’hommage qui lui est du grace notamment à des prix et une entrée au Blues Hall of Fame.

Si le jeu de Burnside est classique pour un bluesman avec des séquences répétées à outrance et des morceaux se ressemblant, il possède néanmoins ce singulier allant pour la récitation de textes entre deux morceaux où il raconte comment sa famille a été décimé par des meurtres ou encore cette phrase faisant écho à son meurtre

I didn’t mean to kill nobody. I just meant to shoot the sonofabitch in the head and two times in the chest. Him dying was between him and the Lord.

Ce que l’on retiendra du jeu de Burnside c’est son âpreté et son côté brut qui est parfaitement mis en avant dans l’album dont je vais parler : A Ass Pocket of Whisky.

Sorti en 1996, ce disque est une forme de naissance d’une légende qui pourtant affiche déjà un kilométrage de fin de parcours. Le blues rock n’est pas en état de grâce dans les années 90 et le genre se trouve à rêver quand sont extraits d’on-ne-sait-où les papys bluesmen. Apparus tels des êtres divins, ils vont replacer sur le devant de la scène la tradition du blues et le moderniser. On pense évidemment au réveil de Buddy Guy mais aussi à R.L Burnside qui va flanquer un bon gros coup de pied dans la fourmilière et servir de source d’inspiration à une nouvelle génération. Le disque attaque avec une piste symptomatique de sa volonté : un son gras, sale et répétitif sur lequel il va parler et non pas chanter dans un premier temps. La machine est lancée : Going Down South c’est le blues dans toute sa splendeur : une femme que l’on ne veut pas quitter et un chant empreint de douleur. L’apport de Burnside tient dans cette guitare éclectique qui apporte une énergie folle à la supplique. Poor Boy suivra le même chemin avec un riff qui rappelle Canned Heat à ses grandes heures. Il n’en oublie par pour autant le blues d’antan avec des morceaux en forme de contes comme « the criminel inside me » où, accompagné d’un rythme carré, il raconte sa rage et comment il l’a exprimée. Il y aussi ce curieux « Tojo Told Hitler » où il évoque la seconde guerre mondiale. Parfois décalé, l’album est néanmoins un coup de maitre tant la puissance artistique de Burnside explose lors de Shake’em on Down mais il se laisse aussi adoucir par un Walkin’ Blues tout en quiétude malgré des pics guitaristiques bien sentis. Globalement le disque évoque une passation entre la modernité que veut insuffler Burnside et un respect de la tradition blues qui semble tenir à coeur à cet artiste. A Ass Pocket of Whisky est de ces disques qui ont relancé le blues et l’on porté vers des hauteurs que peu pourront jamais atteindre.

Comprenant parfaitement comment allier le rock et le blues, Burnside a ouvert une voie qui aujourd’hui est le terrain de jeu de grands artistes et qui font de cet homme un incontournable pour qui aime le blues.

Mes conseils d’écoutes :

-A Ass pocket of whisky
-A bothered mind
-Wish I Was In Heaven Sitting Down

Un extrait pour découvrir la voix du bonhomme :

Goin’ Down South