Banlieue chic en pleine nuit, un jeune homme noir marche dans la rue. Une voiture le suit au pas. Il sait que sa présence dénote. Il gène cette banlieue huppée comme si sa présence perturbait le sommeil des habitants. Cette première scène pose les bases du propos de Jordan Peele. La population noire vue comme une curiosité, un problème sera au coeur du film.

Chris, jeune photographe noir, est amoureux de sa petite amie Rose et leur bonheur semble immense. Sur le point de rendre visite à ses beaux-parents, Chris s’inquiète car ils ne savent pas qu’il est noir. Déjà se pointent les démons du racisme ordinaire que le trajet en voiture va confirmer. Un flic arrête le couple suite à un accrochage avec un cerf et demande les papiers de Chris alors qu’il ne conduisait pas. Une double lecture s’amorce alors. D’une part, le cerf en souffrance renvoie à Chris et la situation dans laquelle il plonge. D’autre part, le contrôle au faciès qui se banalise de nos jours et constitue l’un des pans du racisme ordinaire. Ce genre de touches aussi glaçantes que révoltantes sèment dans Get Out une atmosphère asphyxiante. Dès son entrée chez ses « beaux-parents », les remarques pleuvent. Le père qui l’appelle Bro et qui fait des références à Jesse Owens notamment (champion olympique noir devant Hitler à Berlin). Pourtant, Chris ne s’en offusque pas et semble habituer à ce genre de comportement qui, s’il ne semble pas être la cause d’un racisme profond, est la marque du racisme ordinaire. De même, le comportement étrange des gens de maison, qui font office d’esclaves et rappellant l’époque de l’Amérique esclavagiste, sonne faux. Leurs démarches sont robotique et leurs sourires des façades. Non seulement, ils sont des rouages de l’intrigue mais ils arborent le masque de la peur des gens victimes du racisme. Ils se taisent par peur d’une forme de répercussion dont on ne perçoit que les contours ici.

Apres la découverte d’une famille peu conventionnelle et gênante (on pense au repas qui jette un froid ineffable), Chris va de surprise en surprise et quand une réunion de famille s’organise, l’atmosphère devient quasiment surréaliste. Les réflexions sur les prouesses des noirs pleuvent : Tiger Woods comme le mythe du sportif noir surhumain, les prouesses sexuelles, l’oeil aiguisé de Chris. Chacun des membres de cette famille apporte son lot de clichés racistes et Chris ne sait plus où se mettre. Le sommet du malaise est atteint quand, comme habité par une entité, un homme noir entre en transe et exhorte Chris a fuir. Scène particulièrement forte car elle sont comme une alerte après la déferlante de racisme que l’on vient de subir. C’est alors que Get Out se dévoile totalement avec notamment un propos qui fait des clichés évoqués le moteur de la question raciale. Derrière la jalousie de ses hommes incapables d’être les meilleurs dans leurs domaines, ils voient en la population noire une machine à fantasme et puisent en eux les forces qu’ils n’ont pas. C’est là l’une des clés de la compréhension du racisme : accuser l’autre d’être la raison de ses faiblesses ou de son mal être. En allant plus loin on pourrait meme aller à dire que le propos s’applique aux racismeS (avec un S à racisme c’est important) qui sont le moteur des partis d’extreme droite.

Outre son propos, Get Out dévoile des qualités filmiques rafraîchissantes. Evoquée plus haut, la tension se fait croissante et ne se relâche jamais. Qu’il s’agisse d’une séance d’hypnose impressionnante (à apprécier avec un son optimal pour une immersion accrue) ou encore des scènes finales où la libération pointe le bout de son nez, rien dans le film n’est laissé au hasard. On notera l’ami de Chris qui apporte un humour savoureux mais aussi et surtout un pan réflexif diablement pertinent. En effet, s’inquiétant pour son ami, il tente de convaincre les autorités qui en fermant les yeux se font le reflets de la justice qui ne se montre pas réceptive et implacable face aux actes racistes. Le rire des policiers qu’il contacte sonne comme celui de la banalisation des actes racistes. Comme ce représentant de la police à la télé française qui disait avec un naturel déconcertant :

>Je pense que Bamboula c’est acceptable.

Et bien non ça ne l’est pas et c’est révoltant. Au même titre que des « films » comme « A bras ouverts » ou « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu? » se font les portes drapeaux du racisme ordinaire. Il ne faut pas les laisser répandre leur propos nauséabond et les dénoncer. Banaliser le racisme ou fermer les yeux c’est y consentir et l’on ne doit pas s’y résoudre.

S’il n’est pas parfait, Get Out est un film de genre remarquable et intelligent. Avec son ambiance pesante et sa facon de dénoncer le racisme, il sonne comme l’une des surprises de cette année au cinéma.

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