A première vue, Last Action Hero est un film d’action pur et dur qui se démarque de part l’auto-dérision avec laquelle il moque les films d’action. La scène d’introduction du film ne trompe pas. Le petit Danny est un fan absolu de Jack Slatter incarné par Arnold Schwarzenegger et il ne se lasse de voir et revoir les films de son idole. Le jeune Dany se voit offrir un ticket magique qui le fait rentrer à l’intérieur du film. Succession savoureuse de moments d’action enivrant et de punch-lines d’anthologie :

He killed Mozart ?
Moe Who ?

ou encore :

You wanna be a farmer? Here’s couple of acres,

le film est un régal pour les amateurs d’action. Mais s’arrêter à ce niveau là de lecture serait en partie renier le projet de John McTiernan car derrière sa façade tapageuse, Last Action Hero est un film testament qui sonne le glas des héros et une résignation faisant étrangement office de salvation.

Amorcé dans la première partie du film, le propos surgit au détour de l’évocation… d’Hamlet. En effet, il y est fait référence durant un cours de Danny et le professeur en parle comme du premier héros d’action. Cette référence quasi-subliminale est pourtant le coeur du film car si Hamlet est le premier héros d’action, Jack Slater est quant à lui le dernier selon McTiernan.

Cette vision peut sembler abusive car les héros auxquels fait référence le film continueront d’alimenter l’industrie du cinéma dans les années 90 (on pense inévitablement à L’Arme fatale, Die Hard ou encore certains films asiatiques). Cependant, à y regarder plus près où sont les grands héros de films d’action aujourd’hui ? On ne parle pas ici de saga éphémères et artificielles (ou de one shot comme John Wick) mais des véritables grands films d’actions avec un héros héritier d’Hamlet. Où sont les successeurs de Stallone et Schwarzy? Passé de mode ou tombé dans l’oubli, le constat est là, le film d’action n’a plus l’aura conférée par ces héros des années 90. Assurément, la tendance qu’a voulu mettre en avant McTiernan est pleine de clairvoyance car elle affirme le déclin d’un genre et d’une façon de faire du cinéma. D’ailleurs le flop colossal de Last Action Hero témoigne de cela car il se fera manger tout cru par un certain Jurassik Park.

Quid de Danny ? Enfant solitaire et menant une vie difficile avec sa mère, il entre dans le film comme on entre dans un refuge. Enfant désabusé et délaissé, il trouve en Slater un père de substitution avec lequel il va lutter contre un méchant servant de révélateur. En effet, Danny se fait voler son ticket magique par le méchant et ce dernier découvre l’impunité qui règne dans la réalité. Cette scène où il exécute un homme en pleine rue et est étonné de ne pas être pourchassé par la police. Last Action Hero dresse alors une vision pessimiste de la société où la justice semble se perdre en route et laisser courir la violence. L’abnégation dont fait preuve Danny témoigne d’une volonté de ne pas être abandonné et livré à lui même. L’aspect que veut mettre en avant le film est cette partie de la population qui mène une lutte de chaque jour, une course-poursuite contre une montre de plus en plus pressante.

Ne laissant rien au hasard, McTiernan invoque même la mort directement d’un film de Bergman et incarné par Ian McKellen. Ce passage brille par son audace et sa portée. Danny tente de sauver Slater mais il n’a plus de ticket et se retrouve confronté à la mort. Il point une arme sur elle et la mort lui répond :

Etrangement, je n’ai pas son [celui de Slater] nom sur ma liste.

McTiernan évoque ici la surprise qu’est le désintéressement des gens pour les films d’actions et s’étonne de voir ce genre tomber en désuétude. Sans doute l’on pourra trouver cette analyse trop extreme et scolaire mais reste que les points évoqués tirent dans une direction cohérente. La volonté testamentaire de McTiernan est sans nulle doute le point central du projet et sans cela le film serait d’une vacuité effarante.

Enfin, le lien avec la vie de Danny se fait dans l’ultime séquence et l’on lit dans sa peur de « perdre » Jack Slater deux choses. D’une part sa peur de vivre qui fait écho à son quotidien difficile et sa solitude. D’autre part, sa peur de ne plus voir les films qu’il aime et de subir les mutations du cinema sans pouvoir jamais découvrir un substitut à son héros de coeur.

Sous sa carapace de film d’action pur et dur, Last Action Hero est un testament du film d’action que McTiernan a déguisé en film parodique montrant ainsi une intelligence scénaristique rare. Echec commercial profond, Last Action Hero mérite pourtant des louanges car c’est un projet audacieux mené par un homme de talent et qui réussit une prouesse filmique unique.

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