Le fermeture des mentalités et l’omniprésence du sexisme (salaire, misogynie ambiante perpétuée par l’objet télévisuel) laissent à penser qu’un changement radical et salutaire ne pourra se faire que dans un élan de violence salvateur. Faire évoluer les mentalités est une chose ardue car se jouer de l’opinion et faire douter de l’important de certaines luttes est un art que maitrise les gens qui nous gouvernent. En faisant le choix d’une série résolument féministe, Reese Witherspoon et Nicole Kidman montrent qu’une lutte ne se résout pas nécessairement dans le sang mais dans une volonté profonde de mettre en lumière les malheurs et se donner une chance de pouvoir changer les choses.

Imposant un casting remarquable et une direction artistique au top (Jean-Marc Vallée à la réalisation), Big Little Lies a de faux airs de desperate housewives à ceci prêt que la série ambitionne de traiter des violences conjugales et des traumas qui en résultent. Sur ces points la série déstabilisera et donnera envie de décrocher car la trame est orchestrée de manière originale. En effet, la jeune Jane débarque à Monterey (coin ultra-huppé en California) avec son fils Ziggy et tente de s’intégrer dans un milieu à l’atmosphère pesante. Les amitiés se font et défont entre femmes de ouvoir. Qu’elles soient PDG ou avocate, elles occupent une place centrale dans la ville à tel point qu’elles semblent la gouverner. Cette atmosphère donne lieu à une véritable guerre quand Ziggy est accusé d’avoir étranglé une de ces camarades (la fille d’une Laura Dern éblouissante). Naissent alors des tensions qu’un montage astucieux va faire culminer vers des sommets de tensions.

La série nous offre non pas une mais quatre femmes dont on va découvrir les fragilités et forces grâce au miroir qu’est le quotidien. Il y a tout d’abord le personnage central de la série (bien que mise en retrait au début) Céleste incarné par la stellaire Nicole Kidman qui offre à son personnage l’alliage voulu de fragilité et de mystère. Battue par son mari, elle se renferme dans le mensonge (envers elle-même et les autres) et finie par se voiler la face. Evidemment, Jane tiens une place importante et Shailene Woodlay est intéressante dans ce rôle car elle offre une palette large d’émotions conférant une juste appréciable à son personnage. Déjà éblouissante par le passé, Reese Witherspoon est ici au sommet de son art avec un personnage agaçant en apparence mais qui se révèle d’une profondeur insoupçonnée et touchante. Enfin, Laura Dern offre du répondant avec un personnage abominable et d’un narcissisme pathétique. Ajoutons à cela une réserve non négligeable de personnages secondaires pour obtenir un nombre trop important de protagoniste pour un show si court.

Outre sa palette riche en personnages, la série tiens sa force dans sa construction où le travail du réalisateur, du directeur de la photographie et des gens au son est tout bonnement dantesque. Construit sous forme de témoignages, la série débute par des interrogatoires des habitants qui tentent de faire la lumière sur un meurtre dont on ne sait rien et qui ne se révélera qu’à la toute fin. A ce titre, il est important de rappeler qu’un tel MacGuffin aurait ravi un certain Hitch car il n’est pas un prétexte pour tenir en haleine le spectateur (si tel est le cas alors on passe, à mon sens, complètement à coté du propos de la série) mais bel et bien un révélateur (j’y reviendrai plus tard). Commençons alors par la photographie qui magnifie la déjà sublime Monterey avec un éclatement de couleurs propice à une immersion dans cet univers. Mais le véritable éclat est dans la façon de jouer avec cet habillage pour offrir des moments particulièrement poétique (la course de Jane dans le vide est un appel à franchir un pas plus qu’une envie d’en finir). Sans le son, tout cela volerait en éclat car le rapport à ce dernier est ici sidérant de justesse notamment dans les deux derniers épisodes tant la série parvient à imprégner son propos dans l’esprit sans sombrer dans des palabres absconses. Limage la plus marquante reste celle de la révélation finale. Jouant sur le hors-champs, le son se fait l’écho de ce que l’on doit retenir et non pas de ce que l’on voit. Plus précisément et sans gâcher la surprise, l’image laisse place rapidement au visage de la personne morte mais si on prête l’oreille on entend un son qui marque la continuité et qui clame ainsi que cette mort n’est pas la fin mais le début d’une nouvelle donne. Terminons par la réalisation de Jean-Marc Vallée qui offre un travail remarquable dans son approche des personnages. Cadrages et plans serrés sont ses armes de choix pour marquer la faiblesse ou la force de ces femmes.

Quant au propos, il est mis en lumière de manière intéressante. Les violences subites par Jane et Céleste trouvent un écho naturel car elle se rejoignent dans le mutisme dont elles font preuve. Victimes elles se refusent à se considérer en tant que telles. Ce final éprouvant sonne pourtant comme l’espoir qu’elles cherchaient l’une et l’autre séparément car en plus d’avoir un ennemi commun, elles se trouvent avoir un penchant naturel pour se considérer comme fautive. L’élan final où ces femmes se retrouvent unis sous la même bannière sonne comme un message porteur d’espoir et de symbolisme. Mères de familles, elles sont avant-tout les mères de cette ville car elles règnent sans partage mais avec sagacité et le brin de folie nécessaire. Si féminisme est un mot détourné parfois, il trouve sa signification première et sa volonté première : rétablir l’équilibre que l’on doit aux femmes. A ce titre, espérons que personne ne voit dans le final un plaidoyer pour la violence car si tel était le cas la série se serait conclut sur le visage de la personne morte. Ici, et de manière particulièrement astucieuse, la série va au-delà de cela pour offrir l’espoir auquel les victimes ont droit.

Evidemment, la série est loin d’être parfaite. Tout d’abord, le tout est trop court pour prétendre à une forme quelconque de complétude car certains personnages auraient mérité un traitement plus en profondeur (les enfants, les maris). Ensuite, la bascule opérée à mi-saison, bien que salvatrice, résonne comme expéditive car elle enclenche rapidement vers le final.

Bien que souffrant de baisses de régimes lourdes et d’un format inadapté, Big Little Lies a un mérite celui de mettre le féminisme en lumière de manière brillante et d’offrir un show de qualité.

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