Avec Whiplash, Damien Chazelle réalisait trois performances notables. Il faisait de Miles Teller un acteur crédible le temps d’un film (maintenant l’effet s’est estompé car Miles est rangé dans la catégorie meuble de cinéma tant son impassibilité et manque d’expression ternissent son jeu). Ensuite, il transposait le grandiose Vernon Schillinger dans un univers musical et offrait à l’excellent J.K Simmons un rôle à la hauteur de son talent. Enfin, il faisait de la musique le moteur d’une quête personnelle et spirituelle au rythme d’une batterie infatigable qui se faisait le reflet des coup de boutoirs, pain quotidien du duel entre Simmons et Teller, avec en prime une belle mise en valeur du jazz. Avec La La Land, Chazelle se risque à la comédie musicale avec un duo d’acteurs que l’on n’attendait pas là.

En effet, Ryan Gosling n’est pas connu pour être l’acteur le plus expressif au monde (bon ce n’est pas Ben Affleck non plus…ni Miles Teller) mais il semble depuis plusieurs rôles avoir trouvé un style qui lui va comme un gand. On pense évidemment à sa prestation dans l’excellent The Nice Guys où il excelle en flic raté. Ici, il reproduit certaines de ses facettes et parvient à briller à l’écran sans être toutefois convaincant dans les moments cruciaux. Face à lui, la solaire Emma Stone étonne et ébloui. Elle a cette capacité, qu’ont peu d’actrices, à parler avec ses yeux tant elle parvient à rendre dispensable les dialogues à l’instar d’une Amy Adams (Voir Big eyes ou Premier Contact). Star incontestable du film, ce duo est en parfaite osmose et offre à La La Land une force indubitable.

Les qualités de La La Land ne sauraient se limiter à cela tant le film propose une multitude d’idées intéressantes. Tout d’abord, le propos du film n’est pas sans rappeler le légendaire et grandiose Chantons sous la pluie de Stanley Donnen. En effet, les première minutes ne trompent pas avec cette effervescence de couleurs couplée à un mouvement perpétuel où la danse s’immisce au premier plan. Premier point fort de Chazelle qui fait montre d’une maitrise du plan séquence saisissante en slalomant parmi les voitures avec une grâce rare. Pour en revenir au propos, il est distillé au compte-goutte avec tout d’abord la naissance de cette histoire d’amour à laquelle on veut croire durant tout le film. Mais Chazelle se fait l’héritier de Donnen en mélangeant une ambiance 50’s à un modernisme aussi anachronique que bien pensé. En effet, les tenues de Gosling, les soirées qui sonnent rétro ou la voiture de Gosling tout nous renvoit dans le passé alors que l’omniprésence des portables donne à penser que l’histoire se passe de nos jours. Ressurgit alors le véritable propos du film, l’évolution des modes au travers de celles du jazz et l’histoire d’amour entre les héros. C’est ce que John Legend dit en évoquant la rupture entre puristes du jazz et l’évolution de la musique grâce aux nouvelles technologie (voir la scène avec la MPC). L’histoire d’amour trouve son évolution dans les deux carrières dissymétriques de Seb et Mia qui commencent par rêver à leur avenir avant de se heurter à la dure réalité du métier. D’ailleurs sur ce point, on notera la rupture technique dans la réalisation de Chazelle qui instaure au début une multitude de passages musicaux en faisant usage de plans séquences pour passer de Seb à Mia comme pour marquer le lien qui les unit. Mais quand le duo se fissure (la scène du repas), les coupes sont franches et les scènes musicales ont pratiquement disparu comme pour nous faire retomber su terre.

Derrière le cadre insaturée par Chazelle avec ces décors de cinéma d’antan, cette musique Jazz à l’ancienne et les claquettes de Seb, on voit se dessiner les contours d’une mélancolie profonde qui culmine dans cette scène finale. Il est vrai que la finalité du propos coule de source mais ne dénote pas. Ni l’amertume, ni les regrets n’ont leurs places car la chose a été vécue avec passion et joie. Sur ce point, le film se rapproche de Casablanca (auquel il est fait allusion plusieurs fois) avec notamment ce morceau de piano que joue Seb et qui rappelle (pas dans sa composition mais dans sa symbolique) le sublime As time goes by.

Avec La La Land, Damien Chazelle signe un film remarquable de technique qui transpire la passion du cinéma et de la musique. On pourra éventuellement regretter quelques menus défauts qui ne ternissent aucunement cette épopée qui, si elle est teintée d’une mélancolie profonde, réchauffe le coeur er remplit les yeux d’étoiles.

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