S’il est un reproche que l’on entend souvent à l’égard de Quentin Tarantino, c’est bien la violence exacerbée présente dans ses oeuvres. Cette dernière semble être l’un des arguments les plus utilisés pour exprimer un rejet voire une raison de trouver les oeuvres de cet homme stupides et/ou dénuées de substance. Pourtant, l’homme a prouvé à de maintes reprises sa maitrise technique, narrative et émotionnelle. L’approche qu’a Tarantino du cinéma est viscérale et se ressent dans chacune de ses oeuvres. Qu’il parle d’amour dans Kill Bill, rende hommage au cinema d’antan dans Boulevard de la mort ou qu’il refasse l’histoire dans Inglorious Basterds, il n’a de cesse de proposer de nouvelles choses. Avec Django, il offre au cinéma, outre une relecture de la vie d’un esclave particulièrement jouissive, un de ses plus grands western.

C’est dans le froid nocturne qui précède la guerre de sécession que s’ouvre l’une des oeuvres les plus percutantes de Quentin Tarantino. Affublé d’une charrette sur laquelle branlotte une dent dont l’instabilité traduit celle de son cochet, King Schultz débarque dans la vie de Django au son d’une pétoire qui troue la peau et fait jaillir le sang à profusion. Dès cette scène apparait la volonté de Tarantino, ne pas baigner dans un film qui se prend trop au sérieux en distinguant le scène de violences sous forme de défouloir de celles qui renvoient à la réalité de l’Amérique esclavagiste. Il installe ainsi dans son récit un propos double. D’une part, l’esclavagisme avec un traitement graphiquement saisissant (les combats de Mandingues, le chien qui dévore un homme) où le réalisme traduit une volonté de montrer les horreurs comises par les esclavagistes. D’autre part, il y a l’exutoire à base de sauce tomate à l’instar de cette scène suspendue dans le temps où Django se transforme en machine à tuer sur un fond musicale divin ou encore la chasse des frères Brittle. Cette dichotomie de violence propose une balance parfaite entre une volonté de ramener en surface des événements trop souvent oubliés et le plaisir promis au spectateur.

A ce titre, la partition musicale est un bijou dans sa construction. Si on note évidemment l’hommage au Django de Corbucci, c’est surtout la teinte rap/r’n’b/funk qui dénote et ensorcèle. Qu’il s’agisse de Django chevauchant sur une musique totalement anachronique ou d’une chevauchée du KKK (même si celui-ci n’est fondé qu’en 1865) sur un morceau de Verdi soulignant l’opposition entre l’arrivage massif des cagoules blanches et l’absurdité de leur attaque, tout dans la bande-originale témoigne d’une maitrise totale de la chose. Emmenée notamment par l’immense Ennio Morricone, la musique est une signature qui donne à l’oeuvre une grandeur accrue.

Cependant, on ne saurait limiter le film à sa grandiloquence, ses gunfights savoureux et des qualités narratives indéniables. En effet, le travail technique est bluffant tant par la gestion du cadre que le montage. Commençons par le montage qui suit la logique d’Inglorious Basterds en proposant un découpage en deux parties. D’une part, la construction du personnage de Django et surtout celle de sa légende au travers du récit de Siegfried. Habillement mise en scène, cette première partie laisse place à un travail fin sur le cadrage où Tarantino excelle. Pour preuve, cette scène où le duo aguerri King/Django sort du cadre et rappelle le temps d’un plan La prisonnière du désert avec son plan d’introduction servant aussi de conclusion (les deux hommes sortent de l’ombre tels des vengeurs) ou encore la montée en tension avec la mort des frères Britlle et en parallèle le passé de Django qui ressurgit. La seconde partie est versée dans le brutal avec une vision sans concession de l’esclavagisme au travers de l’immonde Monsieur Candy campé par un impressionnant Leonardo Di Caprio. Entre scènes où la violence est suggérée (les chiens ou le combat de Mandingues) et les scènes de gunfights où la violence verse dans l’absurde (le vol plané de la soeur de Candy), cette partie est un modele d’écriture avec une gestion des climax préliminaires au final explosif remarquable. On appréciera le jeu du chat et de la souris entre Candy et Schultz qui profite de dialogues savoureux.

Avec ce film, Quentin Tarantino offre au cinéma l’un de ces westerns les plus flamboyants et les plus jouissifs. Plus extreme qu’un film de Sergio Leone, plus violent qu’un film de Sam Peckinpah et plus fou que n’importe quel film, Django Unchained est un film unique qui me rappelle pourquoi j’aime tant le cinéma.

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