Je sais que tu le sais. Ce sang qui coule dans mes veines n’est qu’une réplique de celui qui coule dans les tiennes. Vestige d’un temps où l’on cherchait simplement un réalisme d’apparats et d’apparences. Pourtant fut un temps où tu le cherchais, ce lieu qui changerait tout pour toi, pour moi et pour nous tous. Aujourd’hui que tout est mis en place, tu es plus que jamais à la tienne et moi je cherche encore la mienne.

Tel un monstre sacré, HBO a avancé deux énormes pions cette année avec l’excellente The Night Of et le monument Westworld. Série reprenant l’idée du film Mondwest mais dépassant le cadre limité de ce dernier pour offrir, sans nul doute, l’événement télévisuel marquant de cette année 2016. Westworld aligne les qualités comme les hommes politiques alignent les promesses de campagnes stupides, c’est dire la qualité de cette série.

Westworld est une compagnie offrant un parc dans lequel est recrée l’univers du far west où des hôtes (des robots à l’apparence humaine) permettent de vivre une vie sans barrière morale, sans barrière sociale. L’entrée dans Westworld est donc une sortie d’un quotidien insipide et pour certains un moyen de vivre une vie selon ses envies. Jurer, voler, violer ou même tuer est possible et c’est ce que l’homme vient chercher, une libération de ses codes moraux. Sur ce premier point, Westworld fonctionne à merveille car cette volonté de se libérer pour les hommes entrant dans l’univers constitue un point banal en apparence mais qui se révèle être au final du show un point central dans la toile de propos abordés. Cette notion revoit une notion déjà traité par de nombreuses oeuvres : la notion d’homme de violence (la nature profonde et primaire de l‘homme qui en fait une engeance de violence). Que l’on ne s’y trompe pas, l’univers de Westworld est vaste (et pas seulement en terme de superficie) mais aussi et surtout de part les strates offertes par les diverses trames imbriquées avec ingéniosité.

Il y a pour commencer l’élément le plus percutant de la série : les hôtes. Sidérant de réalisme, les robots du parc sont incarnés avec une perfection de tous les instants qui nous plonge avec violence dans l’univers du far west. Qu’il s’agisse de Maeve, Dolores ou Teddy, chacun des acteurs culmine à des sommets d’interprétation avec une quantité importante d’émotions se télescopant dans les scènes de rapports (on notera d’ailleurs la volonté du créateur de rappeler que les hôtes ne sont pas humain en les montrant constamment dénudés tels des machines en réparation) où ils alternent les émotions avec un réalisme épatant. On notera aussi l’importance du casting qui, de mémoire, est tout bonnement le plus démentiel que j’ai pu voir dans une série : Anthony Hopkins (troublant), Sidse Babett Knudsen (d’une élégance folle), Jeffrey Wright (épatant comme d’habitude) et l’immense Ed Harris à qui il suffit de quelques secondes pour donner le tempo de la série dans le première épisode. L’évolution de ses protagonistes est d’ailleurs remarquable car elle s’inscrit dans une trame orchestrée de main de maitre par le talentueux Jonathan Nolan.

Les thèmes de Westworld sont nombreux. De l’évolution de l’intelligence artificiel à un questionnement sur la définition de l’humanité en passant par le sens de la vie, la série touche à tout et évoque beaucoup de chose grâce à une réalisation inspirée. Qu’il s’agisse de la gestion de la symbolique (Bernard et les escaliers pour symboliser le retour en arrière mais pas seulement.., les plans sur Maeve et Dolores allongé dans leurs lits pour marquer la répétition et la monotonie dans la vie d’un hôte en passant par les prises de vues aériennes) ou encore d’effets de styles servant le propos comme ces découpages méticuleux lors des révélations finales dans les épisodes 9 et 10. Dans sa globalité, la série affiche une volonté certaine d’offrir un show soignée et sur le plan technique c’est totalement réussi. On notera aussi l’excellent travail au son avec ce générique épuré qui évoque la construction des hôtes tout comme ces multiples reprises au piano de classique de morceaux phares des années 90 (sorte de marque de fabrique de la série).

Pour en revenir aux thèmes de la série, ils sont évidemment marquant pour certains et pour d’autre un peu plus caché. Le premier étant celui qui nous saute à la figure une fois la série terminée. Et si Westworld était un test de Turing grandeur nature où nous serions les cobayes? Pour être plus précis, rappelons que le test de Turing permet de déterminer la faculté d’un machine a avoir un comportement humain. Ce procédé est appliqué à l’ensemble de la série car arrivé au dernier épisode, nous sommes encore plus confus quant à la compréhension de ce monde et des agissements des protagonistes. C’est d’ailleurs un des points qui rapproche l’oeuvre de Blade Runner avec, entre autres, le fameux questionnement sur la nature du personnage de Deckard. On ajoutera les agissements des dirigeants qui sont constamment contrebalancés par des rebondissements imprévisibles et intelligents. Le transhumanisme est traité avec beaucoup de soin en évoquant les aspects connexes de manière efficace : de la folie des grandeurs des créateurs du parc en passant par l’évolution de Maeve, on perçoit les rouages d’une mécanique fine qui culmine vers les sommets avec cet épisode final fait d’incertitudes et de renversements moraux troublants. Derrière les hôtes se cachent en réalité notre perte de repère. Que l’on ne s’y trompe pas nous sommes à l’image des hôtes en perpétuel quête d’un sens à notre vie, d’une raison d’avancer, de nous lever chaque matin et cette lutte est portée par Maeve et Dolores qui tentent par tous les moyens de trouver leur route dans ce labyrinthe…

Si nous ne sommes qu’au sortir de la première saison qui annonce encore de nombreuses saisons (en espérant éviter une chute en qualité), Westworld est une série remarquable en tout point qui témoigne d’une maitrise et d’un savoir faire inhérent aux productions HBO.

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