La trajectoire de Denis Villeneuve n’est pas sans rappelée celle de Jeff Nichols. Partant d’un cinéma intimiste et minimaliste (Polytechnique pour l’un et Shotgun Stories pour le second), les deux réalisateurs sont devenus peu à peu des valeurs sûres du cinéma actuel et se sont tous les deux tournés vers la SF en cette année 2016. Si Jeff Nichols s’est de nouveau sublimé avec Midnight Spécial tout en ne reniant pas ses thèmes de prédilection, Villeneuve nous offre, lui, autre chose, une SF métaphysique où se télescopent une réalisation remarquable et un propos savamment développé.

Les premiers instants de Premier contact font dans le classique avec cette voix qui nous intime que ce que l’on voit est, non pas le début mais la fin, enfin le début de la fin. Cette perte de repère temporelle s’inscrit dans une volonté de déstabilisation du spectateur et les premières séquences du film accentuent cette intention. En effet, qu’il s’agisse d’un plafond (servant de leitmotiv à l’idée d’une force supérieure dirigeant nos actions) ou d’un cadre parfaitement dessiné, Villeneuve a une volonté claire celle de rendre au cinéma sa fonction première : faire parler les images. Ainsi on notera dans la première moitié du film, un cadrage toujours en mouvement qui réduit notre champ de vision. Certes, ce changement n’est pas flagrant mais en douceur se resserre le cadre et, par la même, la vision que l’on a de la situation. Abordons cette situation maintenant. Des vaisseaux Aliens atterrissent sur terre et la méfiance est de rigueur. Naissent alors les questionnements usuels : amis ? ennemies ? Aux quatre coins du monde, les scientifiques étudient ces vaisseaux et leurs occupants pour comprendre ce qu’ils veulent. Nait alors une période de découverte où l’on reste scotché, impassible devant ce que l’on ne peut comprendre, ne peut anticiper.

En effet, l’introduction et le cadre imposé par Villeneuve s’inscrivent dans le but de créer une tension et une hostilité envers ce que l’on ne connait pas. Cette peur est particulièrement exacerbée par l’approche du monolithe noir tombé aux Etats-Unis. En effet, recréer la grandeur du vaisseau est fait d’une manière hautement astucieuse. Jouant sur les échelles de plan, Villeneuve étire le voyage depuis le camp de base jusqu’au vaisseau tant sur le plan visuel que temporel. Ainsi il crée deux sentiments en une seule et même séquence : la peur devant l’inconnu et l’infantilisation de ses protagonistes à des enfants face à l’immensité du vaisseau. On est ainsi propulsé dans l’inconnu de manière parfaite et la suite du voyage n’est pas en reste avec une découverte étourdissante à l’intérieur du vaisseau. On en revient une fois de plus à l’intelligence du cadrage avec le face-à-face entre Amy Adams et le duo Abbot/Costello où les échelles de plans sont minutieusement mises en avant pour faire monter la tension. A ce titre, on notera aussi le soin apporté au son qui parvient au détour d’un hélicoptère déchirant le ciel en passant par les hurlements des Aliens à nous plonger dans cette quête singulière.

C’est ce second point qui donne à Premier Contact sa complétude : son approche du langage. Sous ses allures de film d’invasion, le film est avant-tout une évocation du langage dans sa globalité. Qu’il s’agisse de la quête d’Amy Adams avec sa fille disparue et toutes les choses qu’elle a pu dire, qu’elle souhaiterait reformuler et/ou ce qu’elle aurait aimé lui dire. Ou alors celle de l’unification de notre monde qui renvoie aux questions laissées en suspend après la seconde guerre mondiale, l’échec de la SDN après la première guerre mondiale ou encore l’escalade nucléaire de la guerre froide. La communication entre les pays est aujourd’hui un sujet plus que d’actualité avec l’exemple Syrien. L’absurdité de l’expression communauté internationale n’a jamais été aussi forte tant le communautarisme prédomine de nos jours. Alors on allume un monument pour soit-disant avoir une pensé pour un peuple qui se voit exterminé, on like un statut Facebook pour se donner des allures de militants mais au moment d’agir le chacun pour soit prend le dessus et les mots n’ont plus aucune importance. Cette dualité entre action et langage est mise en exergue avec intelligence au travers de l’approche du langage faite pour comprendre les Aliens. Les multiples approchent et phases d’avancées sont parfaitement réussis et ne tombent jamais dans le convenu. Le choix d’un langage purement circulaire revoit à cette idée que la communauté internationale tourne en rond sans jamais être capable de parler d’un seule et même voix à défaut d’avoir une langue commune.

Si un regret devait être exprimé, il serait plus personnel et concernerait le final du film que je trouve trop long et trop mielleux avec ce faux choix donné à Amy Adams et la toute-puissance dont elle se voit dotée. Cette vision me parait à contre-courant de l’approche purement visuelle du début de film. C’est comme si Villeneuve nous prenait la main pour nous dire ce que l‘on devait comprendre et j’aurai préféré un final plus suggestif à l’image du glaçant Enemy mais encore une fois cela n’engage que moi.

Denis Villeneuve confirme ainsi que tous les espoirs et attentes qu’il suscite sont légitimes. Sublimé par une réalisation en forme de démonstration tant la maitrise du cadre et de l’espace sont flagrantes, le film profite aussi d’une Amy Adams en état de grâce. Les louanges sont donc de rigueur pour ce film qui vient s’imposer comme l’une des valeurs sures de cette belle année 2016.

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