Dans la vie, tout se joue à la naissance diront certains. Il y a ceux qui naissent riche à ne plus savoir que faire de leur argent et les autre qui lutteront sans cesse pour essayer de mener une vie décente. Mais la pauvreté peut aussi être émotionnelle et amoureuse. Combien naissent dans une famille odieuse ou violente ? Combien sont abandonnés par leurs géniteurs ? Combien sont délaissés et finissent leur vie seul, à errer tel des âmes en peine ?

Le début du film impose un tempo rapide. Au travers d’habitants matinaux déambulants dans les rues, on devine l’urgence qui régie la vie de certains. Pour Toby et Bill, l’urgence est sociale mais avant tout une question de famille. Au fin fond du Texas, la pauvreté est régente des terres, elle oblige certains à vivre dans des conditions déplorables comme cette adorable serveuse endettée jusqu’au cou ou ce vieil homme qui apporte des pièces jaunes à la banque en espérant en retirer quelques billets. C’est d’ailleurs ce à quoi renvoie le titre car les terres occupées autrefois par le peuple Comanche, ont été volé par les américains qui eux-même se font voler par les banques. Cette situation rappelle une thématique déjà magistralement abordé par Andrew Dominik dans Cogan ou encore plus récemment dans The Big Short et Margin Call. Toutefois, l’angle d’approche est différent car le film s’attarde plus sur les répercussions de l’attitude des banques que le côte historique de l’affaire et ses causes structurelles (malgré des évocations diablement pertinentes).

Affublés de tout l’attirail de parfaits cowboys, Chris Pine (Tobby), Ben Foster (Bill) et Jeff Bridges (le ranger) livrent des prestations parfaites en tout point (mention spéciale à Chris Pine qui est épatant). Trident hétérogène mais dont les facettes sont celles d’hommes à bouts et prêts à tout. D’une part, le ranger est en fin de carrière et se décide à arrêter les braqueurs à tout prix en se servant de son cerveau avant de servir de son flingue. Tobby est un homme bon, on le ressent, on le comprend aisément mais il recèle en lui une force aussi noire que dévastatrice (en témoigne la remarquable scène de la station service). De l’autre côté, Bill est clairement un amoureux du risque et ne vit que pour frôler la mort (et la donner). Les relations entre les deux frères sont aussi opaques que fortes, on le devine grâce à des moments particulièrement subtils (la séparation en voiture). De son côté, le ranger est atypique et se montre particulièrement généreux dans la vanne avec son partenaire aux racines Comanche. On le comprend aisément comme un homme qui a peur de la retraite qui symbolise pour lui une vie faite de solitude.

Le fim déroule avec beaucoup d’intelligence le plan d’un sauvetage humain aussi risqué qu’audacieux. Le braquage des banques est en apparence une succession de casses sans relations mais au moment de la concrétisation du plan on comprend la logique des deux hommes mais aussi et surtout la bassesse humaine que symbolise le banquier que rencontre Tobby.

Nous faisions cela pour arranger votre mère.

En parlant d’un prêt que la banque avait proposé afin de plonger une pauvre femme dans la misère. Le second point abordé est celui de l’Amérique profonde où le port d’arme est plus qu’un droit constitutionnel mais une affirmation de la virilité, une manière de montrer que l’on est américain. Cependant le film ne fait l’apologie de ce droit mais le pointe du doigt. Pour preuve la station service où un abruti notoire se Trump lourdement en menacant Bill avant que Tobby ne lui fasse bouffer une portière de voiture. Néanmoins, on observe chez ses américains un sentiment de solidarité rassurant au travers de plusieurs éléments : le fait que les habitants poursuivent les braqueurs de banque, le fait que les habitants ne dénoncent pas Tobby car il vole ceux qui les volent eux-mêmes et comprennent donc son geste.

La structure narrative est aussi efficace que la réalisation est astucieuse. En effet, le choix de lents mouvements de camera symbolise l’abandon social dont sont victimes les fermiers texans. Les nombreux plans (divins) où les personnages sont figés tels des statuts symbolisent eux l’immobilisme d’une région délaissée mais aussi contraste avec la volonté des deux frères de ne pas se laisser faire. Tout cela est sublimé par le duo dantesque que forment Warren Ellis et Nick Cave. En effet, ils nous offrent un bande originale purement grandiose. On retrouve l’aérien qui caractérise le duo avec des élans de blues rock typiquement américain qui magnifient cette oeuvre et apportent émotions, poésie avec une parcimonie remarquable.

Les félicitations sont de rigueur pour ce film qui mélange le western à une vision de la société particulièrement pertinente. On se laisse porter par cette histoire dont la sobriété et la justesse n’ont d’égales que l’excellence de la mise en scène et la bande originale du duo magique.

Publicités

Une réflexion sur “Comancheria (2016)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s