La vie d’un homme saurait-elle se résumer à quelques mineures erreurs ? Telle semble être celle de Nasir Khan, jeune homme à la sensibilité perceptible et dont les yeux sont une apparente source d’innocence et de gentillesse. Pourtant, Naz (son diminutif) décide un soir d’emprunter le taxi de son père sans sa permission et de se rendre à une fete où la promesse de rencontrer de jolies filles lui a été faite. Quand Andrea débarque dans son taxi avec sa beauté aussi froide qu’envoutante, il se laisse aller et vivre. Dès lors, les péripéties s’enchaînent et à son réveil, Naz n’est plus le même. Il est coupable de meurtre et associé à une multitude de preuves.

The Night Of est un titre qui transpire l’intelligence tant il est révélateur des thèmes que la série aborde de part son ambiguité. En effet, en traduisant on obtient La nuit de. La nuit de quoi ? du meurtre, comme tout le laisse à penser ? La nuit de la machination, comme on pourrait le penser ? Les réponses sont difficiles à obtenir tant les événements sont étranges et brumeux à l’instar du réveil de Naz.

Le premier épisode est à ce titre un tour de force tant il parvient à instaurer un climat de doute perpétuel. Les différentes actions des protagonistes créent les futurs fils conducteur du procès. Mais ils sont aussi les révélateurs d’un climat social fait de xénophobie et de racisme. Pour preuve, le passage où Naz se fait cordialement insulter par deux abrutis notoires ou encore le mépris affiché devant les parents de ce dernier quand ils cherchent à voir leur fils. La photographie est une illustration de la qualité de la série tant il plane dans ce pilote une noirceur graphique quasi fincherienne (on pense inéluctablement à Gone Girl avec cette palette de couleurs bleues et grises). L’introduction du personnage de Stone est un point aussi facile que diablement astucieux. En effet, Naz est (et a été) victime de racisme du fait de sa religion ce qui le place dans la peau d’un homme rejeté et l’on retrouve chez Stone le même sentiment d’abandon à cause de son eczéma particulièrement visible et handicapant. Se rajoute à ces deux êtres le cas Dennis Box (dont la prestation est sans doute l’une des plus grandes pour un second rôle dans un série) qui incarne la froideur policière et qui tente par tous les moyens de boucler l’affaire le plus vite possible. Ce petit monde s’installe dans un échiquier où une mécanique aussi fine que sournoise va se mettre en place.

Le diable vit dans le détail

A son entrée au poste, Naz est le tueur pour toutes les personnes présentes car il possède l’arme du crime dans sa poche. Pourtant si l’on se réfère au fondement de toute action en justice : un homme est présumé innocent tant qu’il n’est pas CLAIREMENT prouvé qu’il est coupable. C’est sur ce point que jouent les prémices de la série en montrant comment les droits les plus primaires sont bafoués. On aborde aussi le droit constitutionnel à avoir un avocat pour assurer sa défense et sur ce point la série frappe juste. En effet, ce droit est aussi théorique qu’hypothétique pour le commun des mortels car obtenir un bon avocat coûte de l’argent et par « coûte » il faut comprendre qu’un bon avocat COÛTE LA PEAU DU CUL. Dans la série sont évoquées les montants forfaitaires (250 euros par heures sachant que l’action en justice dure 3 mois) ou encore des honoraires globaux de plus de 50000 euros. Ainsi, on voit encore une fois qu’au pays de l’oncle Sam les éléments les plus importants pour un homme (sa liberté en l’occurrence) sont des illusions théoriques et une farce démocratique car ils sont monnayés à des tarifs affolants. Ainsi, si l’on se retrouve accusé à tort et sans le sou on risque le pire comme Naz.

L’humanisme et le marasme

Pour en revenir à Naz, on notera que la série évite l’écueil du manichéisme de bas étage en mettant en lumière une affaire aussi sombre que difficile à élucider. On est tout d’abord pris d’affection pour Naz en lequel on voit un homme pris dans un engrenage infernal mais au fil des révélations on découvre une facette plus sombre de l’homme. Pourtant, JAMAIS la série ne se permet de juger l’homme et de nous imposer sa vision tant elle parvient à insuffler un doute raisonnable. Si elle n’est pas là pour nous donner une leçon sur la frontière entre le bien et le mal, The Night of est en revanche une série profondément humaniste.

On pense alors inévitablement à l’homme qui aurait du être John Stone, le regretté James Gandolfini qui incarne dans les Soprano un homme semblable sur de nombreux points à cet avocat marginal. John Turturro offre une prestation à la frontière du tragique et du comique. On pourrait le comparer à de nombreux personnages de séries télés de part son coté je-sais-tout et ses répliques drôles à souhaits. Pourtant, Stone est le symbole de The Night Of car il incarne le rempart à l’arbitraire qui semble avoir pris en charge l’affaire Khan et il témoigne d’une évolution constante dans la série. D’ailleurs, il est à noter que son eczéma et l’évolution de l’affaire vont de paire et symbolisent ains l’évolution de l’espoir de sauver Naz d’un avenir cauchemardesque. A ce titre, le plaidoyer final est une merveille d’écriture qui révèle le caractère à fleur de peau de Stone (on comprend ainsi le choix d’un Gandolfini pour ce rôle) et qui surtout rappel ce qui a été oublié durant le procès : le droit à la justice pour tous. Ce final humaniste et parfaitement cadencé sonne comme le point d’orgue d’une oeuvre maitrisée.

Pourtant, il reste beaucoup de point en suspens et d’éléments ratés dans le show. Tout d’abord, certaines longueurs dans quelques épisodes entachent le rythme narratif. On trouve aussi des travers bien pensant qui sonnent faux sans nuire toutefois à la série. Enfin, le final laisse planer un doute bien trop évident par moment et laisse la porte ouverte à une (DISPENSABLE) suite à la série.

Il faudrait encore parler du séjour de Naz à la prison de RIckers où il mute peu à peu en criminel. La survie dans ce milieu n’est pas sans rappeler le monument Oz avec ses banals trafiques et meurtres. On plonge dans cet univers violent avec Naz ce qui permet de mettre en lumière l’aspect contre-productif de la peine de prison qui semble plus encourager la criminalité que la faire disparaitre. Sur ce point la série joue un peu trop la carte de la facilité en optant pour un point de vue parfois trop candide mais elle offre en contrepartie une facette plus nuancé à son héros. Notons l’évolution capillaire de Naz qui le transforme en monstre globuleux alors qu’il partait avec un visage de victime.

A l’instar de Show me a Hero, HBO frappe fort et juste en mettant en lumière un système au fonctionnement balbutiant. Mettant en avant, les inégalités devant les justices (issues elles-mêmes des inégalités sociales), la série porte un regard glaçant sur la société en offrant toutefois une point d’espoir symbolisé par un grandiose John Turturro. The Night Of n’est ni plus ni moins qu’un show exemplaire qui, en dépit de menus défauts, offre réflexion et intensité narrative pour se hisser dans le cercle restreint des grandes séries de notre temps.

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