En revoyant The Big Lebowski, on remet beaucoup de choses en perspectives. Tout d’abord, qu’est-ce qui fait un bon film ? Il n’y a pas de réponse évidente mais ce film illustre à mes yeux une réponse possible. En effet, quoi de plus marquant et bon qu’un film qui surpasse vos attentes et vous donne plus que ce que vous ne pouviez espérer. Bien sur cela ne suffit pas, il y a des tas d’autres éléments qui rentrent en ligne de compte mais je dois avouer que revoir The Big Lebowski m’a rappelé pourquoi j’aime tant le cinéma.

Les Frères Coen sont de grands messieurs du cinéma, là-dessus aucun débat n’est possible ni même envisageable. Leur filmographie parle pour eux avec notamment dans les années 90 non moins que 4 films exceptionnels. Il y a eu d’abord le sobre mais terriblement bien mené Miller’s Crossing puis le remarquable Barton Fink qui brille tant par sa mise en scène que la finesse de son écriture. Avec Fargo, ils ont fait d’un fait d’hiver morbide une aventure unique où le macabre danse avec le cocasse. Puis est arrivé ce projet totalement barré qu’est The Big Lebowski.

Mettre en scène un loser n’est pas totalement novateur mais ici c’est la paroxysme de la glande. On découvre dans la première scène tout ce qu’il nous faut savoir sur le Dude avec cette scène du supermarché où il fait un chèque de 0.69 dollars en peignoir et claquettes. Comme caractérisation de personnage on a rarement fait mieux. Alors le Dude n’est pas seul et ses compagnons Donny et Walter forment avec lui un trio tout en nuance et attachant. Donny c’est le discret de la bande, il veut toujours savoir ce qui se passe, on le met à l’écart mais il aime ses potes quand même. Walter, il vit dans le passé et radote sur le viet-nam. Pire il ramène tout au Viet-Nam et n’écoute que sa propre parole au point de rabrouer Donny à tout bout de champs

Shut the fuck up Donny.

C’est un trio atypique mais qui s’inscrit dans la logique de l’histoire que raconte le film car avant d’être un monument de coolitude et une mine de répliques cultes, The Big Lebowski est une parodie d’un genre que j’affectionne : le film noir.

Genre mis en avant pour certains avec le grandiose Assurance sur la mort de Billy Wilder mais plus vraisemblablement né avec le Faucon Maltais de John Huston, le film noir est par essence pessimiste et met un homme dos au mur (souvent un détective ) au travers d’une affaire qui mêle meurtres, trahisons et femmes fatales. Inspiré par Le grand sommeil de Raymond Chandler, The Big Lebowski reprend les codes de ce film en les détournant pour nous offrir un festival comique. Pour voir à quel point les deux frangins sont pétés du carafon il faut voir le point de départ. Le Dude est confondu avec un millionnaire et on pisse sur son tapis, qui soit dit en passant harmonisait bien la pièce, puis se retrouve mêler à une enquête sur un soi-disant kidnapping. Construit en forme de puzzle, l’intrigue patauge au rythme de trahisons et de coup sur la tete qui plonge notre héros dans un état second mais qui ne le change pas d’un iota. C’est là que le film intrigue car l’histoire n’avance pas vraiment et notre dude ne semble pas se soucier de résoudre le mystère car il s’en tape un peu :

Quand je pense que je pourrais être bien peinard avec des taches de pisse sur mon tapis

Jamais à cours de répliques, les frères Coen distillent des pépites comme celle-ci qui me faire rire à chaque fois :

Est-ce que cet appart ressemble à celui d’un mec marié ? Le siège des chiottes est relevé, mec !

Se limiter à l’humour du film suffit à en faire un bon moment de cinéma mais il y a ces petits détails en plus qui apportent beaucoup. Tout d’abord, dans les films noirs il y a souvent une voix-off qui place le contexte ou faire ressurgir des éléments. Ici elle est remplacé par un cow-boy qui nous place le personnage central du film et nous révèle ce qu’il est vraiment. Ensuite il y a cette réalisation ultra-travaillée avec les multiples mouvements habiles de caméra et des suggestions intelligentes offertes par certains plans. Mais au final, le Dude c’est qui ? Un symbole de ces gens que rien n’effleurent et qui ne s’intéressent à rien à part leur propre personne? Ceci semble dur à dire mais pourtant la scène de l’orteil est révélatrice de l’apathie du Dude qui n’est jamais surpris par ce qui arrive ou ne le montre pas. Pour appuyer mon propos il n’y a qu’a voir le décès de Donny touchant et triste mais qui n’affecte pas plus le Dude que si on avait pissé sur son tapis.

Bourré d’humour et d’idées remarquables, The Big Lebowski est plus qu’un film culte, c’est une réponse parfaite à la question suivante :

Pourquoi aimez-vous le cinéma ?

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Une réflexion sur “The Big Lebowski (1998)

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