Un huis-clos est un exercice de style périlleux car en cantonnant l’intrigue à un seul lieu il faut être capable d’offrir au spectateur un propos suffisamment profond pour ne pas l’ennuyer. Parmi les monuments du genre, on ne peut que citer en premier le monumental 12 hommes en colère qui impose au spectateur une réflexion des plus intéressantes. Bien entendu, le film repose aussi sur les acteurs qui sont ici les pièces maitresses de l’oeuvre et décideront de sa qualité finale. A ce titre, Roman Polanski a fait preuve de talent avec son quatuor haut en couleur pour le film Carnage. Il reprend ici le même format filmique en changeant de cadre et en imprimant une profondeur quasi-viscérale à cette oeuvre qui lorgne du coté de l’autoportrait.

Le cadre est simple. Un soir pluvieux, un théâtre ancien, un metteur en scène et une actrice en retard pour une audition sur la célèbre pièce La Vénus à la fourrure et l’on se met en place pour assister à un spectacle prenant à contrepied le minimalisme apparent. D’un coté, nous avons Mathieu Amalric…mais à y bien regarder on a à faire à un Roman Polanski rajeuni. De l’autre, nous avons l’incendiaire Emmanuelle Seigner en actrice d’apparence vulgaire, trempée et complètement à coté de ses pompes. Ce duo se met doucement en place pour offrir une joute verbale et morale.

Tout dans le film est construit de manière soignée et intelligemment pensé. En premier lieu, il y a le choix de la pièce qui renvoie à une autobiographie (romancée certes) ce que le choix des personnages souligne avec intelligence avec un duo qui renvoi au couple Polanski/Seigner. De l’érotisme de la pièce d’origine, Polanski va puiser une sorte d’atmosphère électrisante qui jouit d’une réalisation aussi sobre que subtile et diablement intelligente. Sur ces points, on notera les habiles cadrages/mouvements de caméra qui dessinent la danse érotiques des protagonistes et aussi l’aspect picturale audacieux qui fait de certaines scènes non moins que des tableaux de maitres. Mais comme nous l’évoquions plus haut, le propos se doit aussi d’être profond et ici c’est un film tortueux qui nous attend.

En effet, la thématique principale est ici celle de la domination. Refusant un point de vue unique, Polanski aborde celle de l’homme sur la femme, de la femme sur l’homme, du réalisateur sur ses acteurs et vice-versa. Pour mettre en avant ces thématiques, c’est le personnage de Seigner qui se révèle déclencheur alors qu’au départ elle passe pour ce que son apparence suggère une fille superficielle. Se métamorphosant peu à peu en une actrice divine elle renverse le réalisateur pour en faire sa chose. Mais c’est alors que l’on se met à comprendre que si le réalisateur se plie en quatre, ce n’est pas lui qui se soumet mais l’actrice qui se donne à lui. Cette tortueuse pensée est intelligemment mis en scène et se révèle hautement interessante d’autant qu’elle est doublée d’un sous-texte sur les relations homme-femme. Se pose alors des questions sur la pièce, son metteur en scène pour finalement se transformer en une oeuvre non seulement axée sur une réflexion de fond mais aussi sur une mise en abîme remarquablement amenée. On ressent chez ce metteur en scène une colère qui explose à un moment lorsque l’actrice tente qualifie la pièce d’oeuvre sexiste et cette furia cache ce que le film dévoile peu à peu, un trauma personnel révélateur d’émotions enfouies.

La Vénus à la fourrure s’impose comme un habile jeux de rôle, un théâtre de la domination et un duel d’acteurs au sommet de leur art. Un film brillant tout simplement.

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