Dans la nuit tumultueuse, le feu et la violence règnent.
Au coeur des ténèbres citadins de ceux qui vivent dans les confins.
Confinés, parqués pour être peu à peu délaisser, stigmatiser et abandonner.

A l’instar de la politique américaine avec sa fameuse politique d’abandon dont le symbole n’est autre que ces fameuses gigantesques tours appelés PROJECTS, La haine se veut une chronique sociétale au coeur des géant immeubles. Un nom doublé d’une ironie malsaine car ces cités ne sont que des projets et aucunement des solutions pour ceux que le système broie un peu plus chaque jour, abandonne de plus en plus. Quand l’ennui se mêle au chômage et à un contexte social difficile, il suffit de quelques instants pour faire basculer ces lieux dans la tourmente.

Nombreux sont les jeunes victimes de bavures, de « malentendus » qui les amènent à la mort prématurément. Ce soir là, Abdel est dans un état critique et trois de ses amis : Said, Vincent et Hubert se retrouvent pour une journée qui est entrée dans l’histoire. Une journée noire qui, même 20 ans après, est toujours d’actualité mais aussi révélatrice du mal qui règne (et pas seulement en France).

Dans une bande, y a toujours un grand frère, celui qui protège les autres, qui tente de les guider : ça c’est Hubert. Après y a la grande gueule, Vincent qui parle plus qu’il n’agit, qui mesure sa virilité au nombre de fois où il se touche les parties en crachant. Puis Said, le sympa, le rigolo et celui qui se fait avoir par tout le monde. Ces trois là forme un trio qui va vivre une épopée étalée sur une journée faite de rires, de disputes et de sinistres.

En entrant dans une cité, Mathieu Kassovitz tente d’offrir une vision de ce qu’est le quotidien de jeunes issus de ces milieux. On découvre ce qui porrait s’apparenter à une suite de clichés mais qui en fait colle parfaitement à la réalité notamment les divers commerces mentionnés (pour exemple, il y a des caves qui sont de vrais épiceries fines dans certaines cités). Le mélange entre langage ordurier et situation cocasse fonctionne à merveille comme cet enfant qui hurle au maire (alors en parade dans la cité, pour se MONTRER) :

nique sa mère au maire.

Ou encore Said qui crie en bas de l’immeuble pour appeler Vincent et se retrouve dans une discussion qui n’est pas sans rappeler un fameux sketch :

Dis lui de descendre.
Pourquoi faire ?
Dis lui de descendre.

Et pendant ce temps là, un voisin mécontent l’engueule provocant une situation comique d’une situation plus que banale. Le langage est gorgé d’expressions vulgaires qui provoqueront des rires assurément pour atténuer le brutal du propos car la vision qui nous offerte montre une chose et le fait avec maestria : l’abandon social pur et simple.

Ces dortoirs géants n’offrent rien et ne devraient être que des solutions temporaires mais sont en réalités un moyen de se débarrasser de gens qui ont besoin d’aide. On peut entendre à la radio de grand patron se plaindre de l’assistanat de l’Etat qui aide trop les gens. Pourtant, ces personnes n’ont pas Alzheimer et elles devraient se souvenir que l’Etat les a aidés à leur début quand il n’avait pas un sous. L’ascenseur social est panne visiblement et certains font tout pour que les pauvres ne s’élèvent pas. On notera dans le film les bribes de gens talentueux qui sont montrés comme Hubert qui s’entraine dans des conditions délétères pour boxer ou encore ce DJ qui scratche comme les meilleurs et qui scande le légendaire :

Whoop whoop….That’s the sound of Da Police…nique la police.

Mais le véritable propos du film est bel et bien la relation entre police et les gens qu’elles devraient protéger. Le conflit entre jeunes est dense et complexe. Il est fait de délits de faciès, de coup bas et il pose une question fondamentale quand un jeune invective un policier :

Qui va nous protéger de vous ?

Le coma d’Abdel remet en cause l’équilibre fragile entre les deux camps. La tension est palpable et Kassovitz sait ce qu’il faut montrer et comment. Entre un passage à tabac dans un commissariat, l’arrestation de jeunes rendant visite à leur ami dans le coma, on comprend que le dialogue est rompu, les deux parties ne se comprendront pas. Le plus triste dans tout cela c’est que la situation n’a pas évolué même 20 ans après et l’idée du noir et blanc voulu par le réalisateur fait sens. La Haine est un témoignage qui devrait suffire à secouer les consciences et faire bouger les choses mais se souvient-on encore du nom de ceux qui sont morts sous les coups de la police ?

La Haine est, un témoignage brut des gens qui vivent du sytème D(laissés), qui ne fait pas dans la facilité en offrant un final diablement percutant. Kassovitz offre une oeuvre riche tant techniquement que textuellement avec l’aide d’un trio d’acteurs brillant.

La haine attise la haine et provoque la chute.
Mais le plus dur ce n’est pas la chute….
c’est l’atterrissage

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