The Night Of (HBO)

La vie d’un homme saurait-elle se résumer à quelques mineures erreurs ? Telle semble être celle de Nasir Khan, jeune homme à la sensibilité perceptible et dont les yeux sont une apparente source d’innocence et de gentillesse. Pourtant, Naz (son diminutif) décide un soir d’emprunter le taxi de son père sans sa permission et de se rendre à une fete où la promesse de rencontrer de jolies filles lui a été faite. Quand Andrea débarque dans son taxi avec sa beauté aussi froide qu’envoutante, il se laisse aller et vivre. Dès lors, les péripéties s’enchaînent et à son réveil, Naz n’est plus le même. Il est coupable de meurtre et associé à une multitude de preuves.

The Night Of est un titre qui transpire l’intelligence tant il est révélateur des thèmes que la série aborde de part son ambiguité. En effet, en traduisant on obtient La nuit de. La nuit de quoi ? du meurtre, comme tout le laisse à penser ? La nuit de la machination, comme on pourrait le penser ? Les réponses sont difficiles à obtenir tant les événements sont étranges et brumeux à l’instar du réveil de Naz.

Le premier épisode est à ce titre un tour de force tant il parvient à instaurer un climat de doute perpétuel. Les différentes actions des protagonistes créent les futurs fils conducteur du procès. Mais ils sont aussi les révélateurs d’un climat social fait de xénophobie et de racisme. Pour preuve, le passage où Naz se fait cordialement insulter par deux abrutis notoires ou encore le mépris affiché devant les parents de ce dernier quand ils cherchent à voir leur fils. La photographie est une illustration de la qualité de la série tant il plane dans ce pilote une noirceur graphique quasi fincherienne (on pense inéluctablement à Gone Girl avec cette palette de couleurs bleues et grises). L’introduction du personnage de Stone est un point aussi facile que diablement astucieux. En effet, Naz est (et a été) victime de racisme du fait de sa religion ce qui le place dans la peau d’un homme rejeté et l’on retrouve chez Stone le même sentiment d’abandon à cause de son eczéma particulièrement visible et handicapant. Se rajoute à ces deux êtres le cas Dennis Box (dont la prestation est sans doute l’une des plus grandes pour un second rôle dans un série) qui incarne la froideur policière et qui tente par tous les moyens de boucler l’affaire le plus vite possible. Ce petit monde s’installe dans un échiquier où une mécanique aussi fine que sournoise va se mettre en place.

Le diable vit dans le détail

A son entrée au poste, Naz est le tueur pour toutes les personnes présentes car il possède l’arme du crime dans sa poche. Pourtant si l’on se réfère au fondement de toute action en justice : un homme est présumé innocent tant qu’il n’est pas CLAIREMENT prouvé qu’il est coupable. C’est sur ce point que jouent les prémices de la série en montrant comment les droits les plus primaires sont bafoués. On aborde aussi le droit constitutionnel à avoir un avocat pour assurer sa défense et sur ce point la série frappe juste. En effet, ce droit est aussi théorique qu’hypothétique pour le commun des mortels car obtenir un bon avocat coûte de l’argent et par « coûte » il faut comprendre qu’un bon avocat COÛTE LA PEAU DU CUL. Dans la série sont évoquées les montants forfaitaires (250 euros par heures sachant que l’action en justice dure 3 mois) ou encore des honoraires globaux de plus de 50000 euros. Ainsi, on voit encore une fois qu’au pays de l’oncle Sam les éléments les plus importants pour un homme (sa liberté en l’occurrence) sont des illusions théoriques et une farce démocratique car ils sont monnayés à des tarifs affolants. Ainsi, si l’on se retrouve accusé à tort et sans le sou on risque le pire comme Naz.

L’humanisme et le marasme

Pour en revenir à Naz, on notera que la série évite l’écueil du manichéisme de bas étage en mettant en lumière une affaire aussi sombre que difficile à élucider. On est tout d’abord pris d’affection pour Naz en lequel on voit un homme pris dans un engrenage infernal mais au fil des révélations on découvre une facette plus sombre de l’homme. Pourtant, JAMAIS la série ne se permet de juger l’homme et de nous imposer sa vision tant elle parvient à insuffler un doute raisonnable. Si elle n’est pas là pour nous donner une leçon sur la frontière entre le bien et le mal, The Night of est en revanche une série profondément humaniste.

On pense alors inévitablement à l’homme qui aurait du être John Stone, le regretté James Gandolfini qui incarne dans les Soprano un homme semblable sur de nombreux points à cet avocat marginal. John Turturro offre une prestation à la frontière du tragique et du comique. On pourrait le comparer à de nombreux personnages de séries télés de part son coté je-sais-tout et ses répliques drôles à souhaits. Pourtant, Stone est le symbole de The Night Of car il incarne le rempart à l’arbitraire qui semble avoir pris en charge l’affaire Khan et il témoigne d’une évolution constante dans la série. D’ailleurs, il est à noter que son eczéma et l’évolution de l’affaire vont de paire et symbolisent ains l’évolution de l’espoir de sauver Naz d’un avenir cauchemardesque. A ce titre, le plaidoyer final est une merveille d’écriture qui révèle le caractère à fleur de peau de Stone (on comprend ainsi le choix d’un Gandolfini pour ce rôle) et qui surtout rappel ce qui a été oublié durant le procès : le droit à la justice pour tous. Ce final humaniste et parfaitement cadencé sonne comme le point d’orgue d’une oeuvre maitrisée.

Pourtant, il reste beaucoup de point en suspens et d’éléments ratés dans le show. Tout d’abord, certaines longueurs dans quelques épisodes entachent le rythme narratif. On trouve aussi des travers bien pensant qui sonnent faux sans nuire toutefois à la série. Enfin, le final laisse planer un doute bien trop évident par moment et laisse la porte ouverte à une (DISPENSABLE) suite à la série.

Il faudrait encore parler du séjour de Naz à la prison de RIckers où il mute peu à peu en criminel. La survie dans ce milieu n’est pas sans rappeler le monument Oz avec ses banals trafiques et meurtres. On plonge dans cet univers violent avec Naz ce qui permet de mettre en lumière l’aspect contre-productif de la peine de prison qui semble plus encourager la criminalité que la faire disparaitre. Sur ce point la série joue un peu trop la carte de la facilité en optant pour un point de vue parfois trop candide mais elle offre en contrepartie une facette plus nuancé à son héros. Notons l’évolution capillaire de Naz qui le transforme en monstre globuleux alors qu’il partait avec un visage de victime.

A l’instar de Show me a Hero, HBO frappe fort et juste en mettant en lumière un système au fonctionnement balbutiant. Mettant en avant, les inégalités devant les justices (issues elles-mêmes des inégalités sociales), la série porte un regard glaçant sur la société en offrant toutefois une point d’espoir symbolisé par un grandiose John Turturro. The Night Of n’est ni plus ni moins qu’un show exemplaire qui, en dépit de menus défauts, offre réflexion et intensité narrative pour se hisser dans le cercle restreint des grandes séries de notre temps.

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La vénus à la fourrure (2013)

Un huis-clos est un exercice de style périlleux car en cantonnant l’intrigue à un seul lieu il faut être capable d’offrir au spectateur un propos suffisamment profond pour ne pas l’ennuyer. Parmi les monuments du genre, on ne peut que citer en premier le monumental 12 hommes en colère qui impose au spectateur une réflexion des plus intéressantes. Bien entendu, le film repose aussi sur les acteurs qui sont ici les pièces maitresses de l’oeuvre et décideront de sa qualité finale. A ce titre, Roman Polanski a fait preuve de talent avec son quatuor haut en couleur pour le film Carnage. Il reprend ici le même format filmique en changeant de cadre et en imprimant une profondeur quasi-viscérale à cette oeuvre qui lorgne du coté de l’autoportrait.

Le cadre est simple. Un soir pluvieux, un théâtre ancien, un metteur en scène et une actrice en retard pour une audition sur la célèbre pièce La Vénus à la fourrure et l’on se met en place pour assister à un spectacle prenant à contrepied le minimalisme apparent. D’un coté, nous avons Mathieu Amalric…mais à y bien regarder on a à faire à un Roman Polanski rajeuni. De l’autre, nous avons l’incendiaire Emmanuelle Seigner en actrice d’apparence vulgaire, trempée et complètement à coté de ses pompes. Ce duo se met doucement en place pour offrir une joute verbale et morale.

Tout dans le film est construit de manière soignée et intelligemment pensé. En premier lieu, il y a le choix de la pièce qui renvoie à une autobiographie (romancée certes) ce que le choix des personnages souligne avec intelligence avec un duo qui renvoi au couple Polanski/Seigner. De l’érotisme de la pièce d’origine, Polanski va puiser une sorte d’atmosphère électrisante qui jouit d’une réalisation aussi sobre que subtile et diablement intelligente. Sur ces points, on notera les habiles cadrages/mouvements de caméra qui dessinent la danse érotiques des protagonistes et aussi l’aspect picturale audacieux qui fait de certaines scènes non moins que des tableaux de maitres. Mais comme nous l’évoquions plus haut, le propos se doit aussi d’être profond et ici c’est un film tortueux qui nous attend.

En effet, la thématique principale est ici celle de la domination. Refusant un point de vue unique, Polanski aborde celle de l’homme sur la femme, de la femme sur l’homme, du réalisateur sur ses acteurs et vice-versa. Pour mettre en avant ces thématiques, c’est le personnage de Seigner qui se révèle déclencheur alors qu’au départ elle passe pour ce que son apparence suggère une fille superficielle. Se métamorphosant peu à peu en une actrice divine elle renverse le réalisateur pour en faire sa chose. Mais c’est alors que l’on se met à comprendre que si le réalisateur se plie en quatre, ce n’est pas lui qui se soumet mais l’actrice qui se donne à lui. Cette tortueuse pensée est intelligemment mis en scène et se révèle hautement interessante d’autant qu’elle est doublée d’un sous-texte sur les relations homme-femme. Se pose alors des questions sur la pièce, son metteur en scène pour finalement se transformer en une oeuvre non seulement axée sur une réflexion de fond mais aussi sur une mise en abîme remarquablement amenée. On ressent chez ce metteur en scène une colère qui explose à un moment lorsque l’actrice tente qualifie la pièce d’oeuvre sexiste et cette furia cache ce que le film dévoile peu à peu, un trauma personnel révélateur d’émotions enfouies.

La Vénus à la fourrure s’impose comme un habile jeux de rôle, un théâtre de la domination et un duel d’acteurs au sommet de leur art. Un film brillant tout simplement.

Suicide Squad (2016)

Le monde des films de super-héros est en effervescence depuis quelques années et le carton au box-office des Avengers. Les suites, séquelles, pré-sèquelles se multiplient et laissent des regrets d’une époque où le genre se faisait rare et qualitatif.

En effet, elle est loin l’époque où le film de super-héros se faisait rare. Maintenant que les gars de chez Marvel ont montré qu’il pouvait faire péter le box-office tout les trois mois en pondant un film moyen voir nul, la machine s’est déréglée. Pourtant certains de ces films se sont érigées en film culte en l’espace de quelques années à l’instar du Dark Knight de Nolan ou encore de l’obscure Watchmen d’un certain Zach Snyder car il existe des réalisateurs qui ont l’amour de ce genre et s’échinent à proposer des oeuvres soignées tant techniquement que scénaristiquement.

La multiplication de ces sorties s’inscrit dans l’esprit d’une pseudo guerre commerciale entre Marvel et DC qui se répondent par films interposés afin de glaner le plus de millions possibles sans toutefois ne jamais se poser la question centrale dans toute entreprise filmique une fois leurs oeuvres respectives achevées : Il est bon mon film ? On peut donc craindre que les films à venir sur tout les super-héros entre aperçus dans les dernières productions ne soient que des oeuvres frappé d’un sceau Dc ou Marvel et faites avec à peu près autant d’intelligence que le programme politique de Donald Trump.

Cette méfiance, qui pourrait en choquer plus d’un, a été vivement remise à niveau avec la sortie il y a quelques mois du très prometteur Batman vs Superman qui sans être totalement catastrophique n’offrait pas ce qu’il promettait et résumait parfaitement l’adage de mon tonton Jeannot quand sa femme lui faisait à manger :

J’ai déjà marché dedans mais j’en avais encore jamais mangé.

Il faut bien l’avouer, en dépit d’une première moitié de film réussie avec un Batman plus que convaincant, c’est le second enjeu du film qui a ternie l’oeuvre au point de la rendre infecte et détestable (avec en plus une technique déguelasse et des personnages insupportable avec Lex Luthor en tête). Au vu des premières images des films Wonder Woman ou Justice League on peut désormais craindre le pire car le ridicule et le pathétique semblent prédominer ces oeuvres difformes. Mais le véritable indicateur de la bassesse du travail des hommes de DC est bel et bien le film dont on va discuter : Le Suicide Squad.

Et si Superman avait décider de détruire la terre ? Cette question, somme toute intéressante, anime l’idée d’Amanda Waller qui décide de réunir les méta-humains les plus dangereux afin de former un escadron de la mort qui serait un bouclier conte toute attaque extra-terrestre. Partant de là, on est parti pour le festival de l’incohérence sous la bannière de la connerie et de la nullité.

Partie 1 : Faisons une liste des cons.

En guise d’introduction, chacun des membres de la bande nous est présenté avec un visuel multicolore douteux et l’on découvre comment ils ont été arrêtés ainsi que des bribes de leur passé. C’est aussi l’occasion pour Batman de se mettre en avant en arrêtant une bonne partie des vilains. Alors parmi ses êtres surnaturels, on trouve un seul homme doté de capacité hors du commun en la personne d’El Diablo qui manie le feu. Pour le reste ce sont des êtres ultra-dangereux comme le gros méchant avec son boomerang qui revient quand on le lance. On retrouve aussi Deadshot, Harley Queen ou encore Killer Croc et l’Enchanteresse pour citer quelqu’unes des têtes connues. N’oublions pas d’oublier que Jared Leto a voulu jouer le Joker dans ce film et qu’il est ridicule, nul et totalement dans la caricature. Maintenant que chacun a été présenté, le film décide de les présenter une nouvelle fois parce qu’il faut les remplir les 2h et quelques de film.

Phase 2 : La technique, les dialogues et l’intrigue —> fldmfdfsljfslfd

Là dessus on ne peut que difficilement être gentil ou compréhensif. Le film se confond dans un parti pris esthétique à coté de la plaque. Tentant de rendre cool une bande de vilains sans consistance pour la plupart à l’instar de DeadShot qui pourtant est le plus visible. Les attitudes et les supposées punchlines/vannes sont ridicules comme celle où Margot Robbie brise une vitre et dit

We are bad guys, that’s what we do.

En parlant de Margot Robbie, on notera que son son personnage aurait pu être réussi si on ne le réduisait pas au physique remarquable de son interprète car ses répliques sont navrantes pour l’essentiel. On passera sur la romance entre Gi Joe et la méchante sorcière qui rappelle un, donc tout, épisode des feux de l’amour. On passera aussi sur l’intrigue qui n’a absolument aucun intérêt et aucune logique. Pour rappel, les super-méchants sont forcés d’agir les uns avec les autres sans quoi ils seront tués mais bon la logique on s’en tape alors à la fin ils sauvent tout le monde bénévolement. Mais la cerise sur le gâteau est qu’ils se considèrent tous comme une famille….Faudra quand même nous dire à quel moment ces liens se sont crées parce que l’action du film tient en une ou deux journées.

Phase 3 : Une envie d’Ayer

Au delà du ratage c’est le manque d’ambition et de travail que l’on blame car ce n’est pas un plaisir de taper sur ce projet qui promettait beaucoup. David Ayer criait pourtant qu’il voulait donner une leçon à Marvel avec ce film et il ferait mieux de moins parler et de se concentrer plus sur ses films. Encore une fois, le premier trailer de Justice League va dans le même sens que Suicide Squad : vannes foireuses et esprit de groupe avec un budget qui est passé en royalties pour une utilisation excessives de musiques à des moments totalement inadaptés. Pourquoi mettre de la musique à tout instant si ce n’est pour combler une aventure encore plus lacunaire qu’une fille de joie assisse sur un porc-épic.

Nul doute que l’avenir nous réserve encore des objets de ce type. Faut-il voir la mort (qualitative) d’un genre ? Espérons que non et rabattons nous sur les vrais réalisateurs de films de super-héros comme le talentueux Mathew Vaughn qui offrent ce qui se fait de mieux dans le genre en ce moment.

La haine (1995)

Dans la nuit tumultueuse, le feu et la violence règnent.
Au coeur des ténèbres citadins de ceux qui vivent dans les confins.
Confinés, parqués pour être peu à peu délaisser, stigmatiser et abandonner.

A l’instar de la politique américaine avec sa fameuse politique d’abandon dont le symbole n’est autre que ces fameuses gigantesques tours appelés PROJECTS, La haine se veut une chronique sociétale au coeur des géant immeubles. Un nom doublé d’une ironie malsaine car ces cités ne sont que des projets et aucunement des solutions pour ceux que le système broie un peu plus chaque jour, abandonne de plus en plus. Quand l’ennui se mêle au chômage et à un contexte social difficile, il suffit de quelques instants pour faire basculer ces lieux dans la tourmente.

Nombreux sont les jeunes victimes de bavures, de « malentendus » qui les amènent à la mort prématurément. Ce soir là, Abdel est dans un état critique et trois de ses amis : Said, Vincent et Hubert se retrouvent pour une journée qui est entrée dans l’histoire. Une journée noire qui, même 20 ans après, est toujours d’actualité mais aussi révélatrice du mal qui règne (et pas seulement en France).

Dans une bande, y a toujours un grand frère, celui qui protège les autres, qui tente de les guider : ça c’est Hubert. Après y a la grande gueule, Vincent qui parle plus qu’il n’agit, qui mesure sa virilité au nombre de fois où il se touche les parties en crachant. Puis Said, le sympa, le rigolo et celui qui se fait avoir par tout le monde. Ces trois là forme un trio qui va vivre une épopée étalée sur une journée faite de rires, de disputes et de sinistres.

En entrant dans une cité, Mathieu Kassovitz tente d’offrir une vision de ce qu’est le quotidien de jeunes issus de ces milieux. On découvre ce qui porrait s’apparenter à une suite de clichés mais qui en fait colle parfaitement à la réalité notamment les divers commerces mentionnés (pour exemple, il y a des caves qui sont de vrais épiceries fines dans certaines cités). Le mélange entre langage ordurier et situation cocasse fonctionne à merveille comme cet enfant qui hurle au maire (alors en parade dans la cité, pour se MONTRER) :

nique sa mère au maire.

Ou encore Said qui crie en bas de l’immeuble pour appeler Vincent et se retrouve dans une discussion qui n’est pas sans rappeler un fameux sketch :

Dis lui de descendre.
Pourquoi faire ?
Dis lui de descendre.

Et pendant ce temps là, un voisin mécontent l’engueule provocant une situation comique d’une situation plus que banale. Le langage est gorgé d’expressions vulgaires qui provoqueront des rires assurément pour atténuer le brutal du propos car la vision qui nous offerte montre une chose et le fait avec maestria : l’abandon social pur et simple.

Ces dortoirs géants n’offrent rien et ne devraient être que des solutions temporaires mais sont en réalités un moyen de se débarrasser de gens qui ont besoin d’aide. On peut entendre à la radio de grand patron se plaindre de l’assistanat de l’Etat qui aide trop les gens. Pourtant, ces personnes n’ont pas Alzheimer et elles devraient se souvenir que l’Etat les a aidés à leur début quand il n’avait pas un sous. L’ascenseur social est panne visiblement et certains font tout pour que les pauvres ne s’élèvent pas. On notera dans le film les bribes de gens talentueux qui sont montrés comme Hubert qui s’entraine dans des conditions délétères pour boxer ou encore ce DJ qui scratche comme les meilleurs et qui scande le légendaire :

Whoop whoop….That’s the sound of Da Police…nique la police.

Mais le véritable propos du film est bel et bien la relation entre police et les gens qu’elles devraient protéger. Le conflit entre jeunes est dense et complexe. Il est fait de délits de faciès, de coup bas et il pose une question fondamentale quand un jeune invective un policier :

Qui va nous protéger de vous ?

Le coma d’Abdel remet en cause l’équilibre fragile entre les deux camps. La tension est palpable et Kassovitz sait ce qu’il faut montrer et comment. Entre un passage à tabac dans un commissariat, l’arrestation de jeunes rendant visite à leur ami dans le coma, on comprend que le dialogue est rompu, les deux parties ne se comprendront pas. Le plus triste dans tout cela c’est que la situation n’a pas évolué même 20 ans après et l’idée du noir et blanc voulu par le réalisateur fait sens. La Haine est un témoignage qui devrait suffire à secouer les consciences et faire bouger les choses mais se souvient-on encore du nom de ceux qui sont morts sous les coups de la police ?

La Haine est, un témoignage brut des gens qui vivent du sytème D(laissés), qui ne fait pas dans la facilité en offrant un final diablement percutant. Kassovitz offre une oeuvre riche tant techniquement que textuellement avec l’aide d’un trio d’acteurs brillant.

La haine attise la haine et provoque la chute.
Mais le plus dur ce n’est pas la chute….
c’est l’atterrissage

The Big Lebowski (1998)

En revoyant The Big Lebowski, on remet beaucoup de choses en perspectives. Tout d’abord, qu’est-ce qui fait un bon film ? Il n’y a pas de réponse évidente mais ce film illustre à mes yeux une réponse possible. En effet, quoi de plus marquant et bon qu’un film qui surpasse vos attentes et vous donne plus que ce que vous ne pouviez espérer. Bien sur cela ne suffit pas, il y a des tas d’autres éléments qui rentrent en ligne de compte mais je dois avouer que revoir The Big Lebowski m’a rappelé pourquoi j’aime tant le cinéma.

Les Frères Coen sont de grands messieurs du cinéma, là-dessus aucun débat n’est possible ni même envisageable. Leur filmographie parle pour eux avec notamment dans les années 90 non moins que 4 films exceptionnels. Il y a eu d’abord le sobre mais terriblement bien mené Miller’s Crossing puis le remarquable Barton Fink qui brille tant par sa mise en scène que la finesse de son écriture. Avec Fargo, ils ont fait d’un fait d’hiver morbide une aventure unique où le macabre danse avec le cocasse. Puis est arrivé ce projet totalement barré qu’est The Big Lebowski.

Mettre en scène un loser n’est pas totalement novateur mais ici c’est la paroxysme de la glande. On découvre dans la première scène tout ce qu’il nous faut savoir sur le Dude avec cette scène du supermarché où il fait un chèque de 0.69 dollars en peignoir et claquettes. Comme caractérisation de personnage on a rarement fait mieux. Alors le Dude n’est pas seul et ses compagnons Donny et Walter forment avec lui un trio tout en nuance et attachant. Donny c’est le discret de la bande, il veut toujours savoir ce qui se passe, on le met à l’écart mais il aime ses potes quand même. Walter, il vit dans le passé et radote sur le viet-nam. Pire il ramène tout au Viet-Nam et n’écoute que sa propre parole au point de rabrouer Donny à tout bout de champs

Shut the fuck up Donny.

C’est un trio atypique mais qui s’inscrit dans la logique de l’histoire que raconte le film car avant d’être un monument de coolitude et une mine de répliques cultes, The Big Lebowski est une parodie d’un genre que j’affectionne : le film noir.

Genre mis en avant pour certains avec le grandiose Assurance sur la mort de Billy Wilder mais plus vraisemblablement né avec le Faucon Maltais de John Huston, le film noir est par essence pessimiste et met un homme dos au mur (souvent un détective ) au travers d’une affaire qui mêle meurtres, trahisons et femmes fatales. Inspiré par Le grand sommeil de Raymond Chandler, The Big Lebowski reprend les codes de ce film en les détournant pour nous offrir un festival comique. Pour voir à quel point les deux frangins sont pétés du carafon il faut voir le point de départ. Le Dude est confondu avec un millionnaire et on pisse sur son tapis, qui soit dit en passant harmonisait bien la pièce, puis se retrouve mêler à une enquête sur un soi-disant kidnapping. Construit en forme de puzzle, l’intrigue patauge au rythme de trahisons et de coup sur la tete qui plonge notre héros dans un état second mais qui ne le change pas d’un iota. C’est là que le film intrigue car l’histoire n’avance pas vraiment et notre dude ne semble pas se soucier de résoudre le mystère car il s’en tape un peu :

Quand je pense que je pourrais être bien peinard avec des taches de pisse sur mon tapis

Jamais à cours de répliques, les frères Coen distillent des pépites comme celle-ci qui me faire rire à chaque fois :

Est-ce que cet appart ressemble à celui d’un mec marié ? Le siège des chiottes est relevé, mec !

Se limiter à l’humour du film suffit à en faire un bon moment de cinéma mais il y a ces petits détails en plus qui apportent beaucoup. Tout d’abord, dans les films noirs il y a souvent une voix-off qui place le contexte ou faire ressurgir des éléments. Ici elle est remplacé par un cow-boy qui nous place le personnage central du film et nous révèle ce qu’il est vraiment. Ensuite il y a cette réalisation ultra-travaillée avec les multiples mouvements habiles de caméra et des suggestions intelligentes offertes par certains plans. Mais au final, le Dude c’est qui ? Un symbole de ces gens que rien n’effleurent et qui ne s’intéressent à rien à part leur propre personne? Ceci semble dur à dire mais pourtant la scène de l’orteil est révélatrice de l’apathie du Dude qui n’est jamais surpris par ce qui arrive ou ne le montre pas. Pour appuyer mon propos il n’y a qu’a voir le décès de Donny touchant et triste mais qui n’affecte pas plus le Dude que si on avait pissé sur son tapis.

Bourré d’humour et d’idées remarquables, The Big Lebowski est plus qu’un film culte, c’est une réponse parfaite à la question suivante :

Pourquoi aimez-vous le cinéma ?