Au loin dans l’indésirable, il flottait presque un parfum d’abandon.
Vestige d’une rage autrefois fulgurante et terrifiante.
Abattu mais pas vaincu, il cherche ce qu’autrefois l’avait maintenu.

Le cinéma de Stéphane Brizé a cette faculté de faire du minimalisme une force diablement percutante. Mademoiselle Chambon et ses regards qui dispensaient de tout discours superflus. Quelques heures de printemps et son final lacrymal. On pourra rapprocher La loi de marché d’autres oeuvres tout aussi percutante comme Deux jours, une nuit des frères Dardenne ou du remarquable Taxi Téhéran de Jafar Panahi. Le rapprocher pour deux raisons : l’aspect réalisme et parce c’est un film fait avant tout avec le coeur.

Pour point de départ, nous avons Thierry un père de famille qui, à 50 ans, perd son emploi. Voguant de formation en formation, il a du mal à se stabiliser et surtout à trouver un emploi qui lui permettrait de continuer à survivre. En trouvant un emploi de surveillant dans un supermarché, Thierry semble pouvoir de nouveau retrouver une vie semblable à celle qu’il a connu.

On pourra argumenter sur le fait que Brizé se limite à une succession de scènes banales au possible pour nous servir un film au rythme poussif et dont on ne voit pas la porté ou dont on ne voit pas l’intérêt final. Pourtant mettre en scène un phénomène sociétal de plus en plus fréquent, en braquant son objectif sur une victime du système l’idée semble claire. Décrire une réalité actuelle est sans doute l’action numéro un du film mais ce n’est pas la seule. En choisissant de raconter la vie de Thierry, Brizé fait de son héros non pas un modèle mais un écho des personnes qui vivent cette vie là. Une vie où l’on se demande tout les jours comment on fera demain, une vie où tout doit être calculé, une vie qui ne se vit pas mais que l’on subit. Car si ce n’est évoqué qu’au cours d’une discussion agitée, il n’en demeure pas moins que Thierry est la victime de ceux qui licencient à tour de bras et sans raison autre que l’appât du gain comme il le dit

J’ai assez morflé.

Fatigué de ces combats qui demandent du temps et de l’argent, Thierry est à bout de force et ses postures en début de film le montre. L’homme est détruit. Le constat est d’autant plus fort quand il se retrouve dans ce supermarché à espionner le personnel car son patron le lui demande expressément. Que signifie cette succession de scènes où des employés sont pris en flagrant délits ? Faut-il y voir ce que Thierry aurait pu devenir ? Le parallèle avec sa vie de famille est aussi très intéressant et révélateur de la personnalité du héros. Pour preuve ce passage où Thierry danse avec sa femme et l’on capture pour la première fois de la joie dans son regard. Mettre en scène le morose de sa vie et le juxtaposer avec ses rares moments où tout s’oublie pour laisser place à la vie seulement. C’est en ce point que le cinéma de Brizé interpelle car il capture l’essence même de la vie (ou du moins ce qu’elle devrait être) au travers de ses petites joies qui parfois semble durer une (belle) éternité.

En mettant en lumière un héros ordinaire, Brizé pointe avec justesse un système détestable où la principale victime n’est autre que l’humain. Porté par un Vincent Lindon tout bonnement remarquable, La loi du marché est de ces films qui touche le spectateur.

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