Apres le sourd fracas de la disparité
Apres le fulgurant phoenix agonisant
Est venu le temps de celle que l’on a oublié
Murmure d’un être jadis étincelant
Quand s’élèvera la blancheur de l’expiation
Le recital atteindra alors sa conclusion

Après avoir dressé le portrait d’une société coréenne encline à la disparité avec le sobre Sympathy for Mr.Vengeance et s’être laissé à un élan de frénésie barbare et poétique avec le grandiose Old BoyPark-Chan Wook vient clore sa trilogie de la vengeance. Longtemps oubliée et cantonnée à des sous-rôles, le coréen violent se devait de faire de la femme son héroïne pour ce dernier volet et c’est chose faite avec ce film poétique bien que noir.

Au diable l’escalade de la violence pour le personnage central car à la différence de ses petits frères, le film se veut une désamorce de la brutalité et se tourne vers l’expiation. En effet, dès sa sortie de prison Geum-ja se démarque du schéma des précédents opus car la violence est passée, passive et non décisive. Elle a un plan pour se venger d’une personne dont on ne sait rien et le film est une succession de flashbacks qui nous racontent sa vie en prison et les diverses rencontres qu’elle a pu faire. De ces moments passés va naitre une envie de revanche sur la vie dont le morbide dessein occupe l’essentiel du film. Ce premier point est l’un des atouts majeurs du film car le mystère et la légende entoure le personnage central et en font un mythe qui captive le spectateur en quelques instants. Mais se cantonner à l’élaboration d’une vengeance aurait donner lieu à une redite pour la trilogie, c’est pour cela que l’apparition de la fille de Geum-ja est brillante car cela la conduit vers un chemin différent où la vengeance n’est plus une fin. Percutée en plein vol la jeune femme se perd et change alors d’attitude pour se muer en réparatrice de torts. Sur ce point le film opéré un virage poétique des plus saisissants car le récit prend une ampleur émotionnelle poignante.

La réalisation de Park-Chan Wook émerge alors pour offrir un écrin des plus brillants pour ce joyau narratif. Proche dans sa reconstitution des rêveries et effets métaphoriques de Je suis un Cyborg, le coréen multiplie ici les images pour nuancer son propos. On pense notamment au visage de Geum-ja qui s’illumine au début du film pour marquer sa beauté, on pense au chien à tete d’homme qui symbolise la bestial brutalité du meurtrier. La maitrise dans la suggestion s’accompagne d’une volée de plans sous la neige absolument somptueux où la caméra effectue des stop n’go comme pour nous faire vivre les fêlures des protagonistes et/ou leurs surprises. Cela pourra sembler anodin mais Park-Chan Wook avait voulu une fin tout en noir et blanc afin de réduire la narration à son plus simple apparat et faire de la dernière demi-heure : un voyage émotionnel où seuls les sentiments seraient importants, où seul le visage d’une mère victime d’une erreur de jeunesse serait importante. Un dernier moment où la vengeance serait dérisoire face au remord éternel.

Conclusion touchante d’une trilogie de légende, Lady Vengeance s’éloigne de la violence pour devenir une figure du regret éternel et la signature d’un virtuose.

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