Mon temple du blues : Chapitre 6, E.C c’est Slowhand.

I still do (Eric Clapton)

Né à Ripley en 1945, Eric Clapton traine la réputation d’un sale gosse comme il le confessera plus tard. Alors qu’il se refuse à apprendre la guitare à 13 ans car il juge son apprentissage

trop difficile.

Le jeune Eric fait des siennes et se fait renvoyer de l’école où il se trouvait. Parvenant à se remettre à la guitare et puisant son inspiration musicale chez Robert Johnson, Muddy Waters ou encore Howlin’Wolf, il apprend le blues américain puis commence à fréquenter des clubs légendaire où il joue aux cotés des Rolling Stones. Sa réputation d’excellent guitariste en fait alors un professionnel qui commencera à jouer pour les Yardbirds. L’évolution de sa carrière se fait alors de manière fulgurante. Déjà surnommé God par ses fans Clapton enchaine les collaborations avec un passage remarqué chez les Bluesbreakers de John Mayall, il fonde le groupe Creamavec Jack Bruce et Ginger Baker, un des premiers supergroupe de l’histoire. L’orientation musicale de Clapton tourne alors vers un rock plus assumé et un coté blues moins prononcé. La poursuite de sa carrière se fera à coup de ruptures et de moments noirs. Apres un énorme album avec Derek and The Dominos, Clapton est victime de la malédiction qui semble frapper le groupe et sombre dans l’alcool et la dépression. Apres un retour en musique en demi-teinte malgré des morceaux restés dans la légende Cocaine et Wondeful Tonight, Clapton voit sa vie marquée par deux tragédies : la mort de Stevie Ray Vaughan son ami et le deces de son fils Connor agé de 4 ans. Tel le phoenix, Clapton renait de ses cendres au travers de la session Unplugged organisé par MTV. Au cours de live, Clapton fait montre de son immense talent en offrant une relecture complete de sa discographie et une émotion intense qui ne quitte pas l’auditeur meme des heures après l’écoute. Clapton remonte en selle et multiplie les collaborations avec B.B.King tout d’abord pour un retour au blues puis avec Santana avec un voyage électronique. S’en suivront des lives et un festival Crossroads où des guitaristes de renom sont réunis par la légende. L’activité de Slowhand ne redescend jamais et après un grand nombre de live dans les plus belles scènes du monde, il fête ses 70 ans avec un live exceptionnel. Beaucoup le pense fini mais le voila qui débarque en 2016 avec un nouvel album qui sonne comme un retour au blues.

Après les grands albums de blues rock offerts par Joe Bonamassa, Susan Tedeschi & Derek Trucks et attendant le retour de Tony Joe White, Eric Clapton était attendu. En clamant I still do il vient nous annoncer qu’il continue à jouer mais surtout qu’il continue à jouer le blues, genre musical de ses débuts.

Commençant par un hommage au blues des années 30, le rythme est lent et rappele fortement des légendes telles que Blind Willie Mctell, Son House ou Robert Johnson. En parlant de ce dernier, on trouve un hommage avec la reprise Stones in my passway. Il y a aussi une reprise d’un certain Bob Dylan avec  I dreamed I saw St Augustine.

Conforme à une habitude dans le blues, l’album n’est cependant pas seulement constitué de reprises. Pour preuve les deux compositions du maitre : Spiral et Catch the blues. C’est sans doute en écoutant ces deux morceaux que l’on ressent le plus l’amour de la musique de Clapton. D’un coté, le blues rock de Spiral et l’autre la douceur de Catch the Blues rappellent l’énergie rock sous jacente aux meilleurs morceaux de Slowhand et sa nature bluesy. Au rythme calibré qu’il distille se joint un travail vocal remarquable qui traduit le vecu d’un homme dont la maturité artistique atteint des sommets difficilement égalable.

Avec ce nouvel album, Eric Clapton s’impose de nouveau comme une valeur sure du blues. Légende incontestable du blues rock, il trône parmi les plus grands artistes de notre époque à des hauteurs que peu parviennent ne serait-ce qu’à entrevoir.

Mes conseils d’écoutes :

-Unplugged (Live)
-Layla and Other Assorted Love Songs
-The Cream of Clapton

Pour découvrir le bonhomme sur scène :

Le morceau White Room avec Phil Collins à la batterie et un solo jouissif.

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Il parait que j’suis malpoli. Qu’est-ce que vous en pensez, bande de trou du culs?

Legend Never Dies (R.A The Rugged Man)

Le hip-hop et le rap sont deux mots souvent associés et confondus. Pourtant le premier est à l’origine un style de vie qui nait dans le Bronx alors que le second est une de ses composantes. Le hip-hop est né en Amérique du Nord-Est et là-dessus pas de constest, qu’importe le clivage apparu avec la West Coast. A l’origine, il y avait quatre arts associés à ce mode de vie : le rap (vocal appelé aussi MCing), le DJing (instrumental), le breakdance (la danse pendant les fameux break des Dj) et le tag. Pour ceux qui en doutent je vous laisse écouter The Lords of the Underground :

Hip-Hop and Rap, That’s where my heart’s at.

Moyen pour beaucoup de se livrer, de se raconter, de crier sa rage, l’extension du hip-hop se fait avant tout par le rap. D’abord, le nord-est des Etats-Unis puis vers la West Coast où des variantes comme le Gangsta rap naissent. Nous nous dirigeons donc vers Long Island….Rien à voir mais pourtant dès 12 ans, R. A. Thorburn dit R.A the Rugged Man se fait un nom tout simplement parce que ses talents au mic dépassent tout ce qui se fait autour de lui. A peine 18 ans qu’il travaille déjà avec les patrons du milieu : Mobb Deep (les responsables de la bombe The Infamous), le Wu-Tang Clan ou encore son meilleur ami Notorious B.I.G. Non content d’être un rappeur de talent il écrit pour des revues en faisant notamment des critiques de films. Sort alors en 2013 Legends Never Die, titre en forme de message sur sa carrière qui confirme qu’en tant que rappeur il est l’un des tout meilleur.

L’embleme de R.A serait semblable à celui d’un certain Loth :

Il parait que j’suis malpoli. Qu’est-ce que vous en pensez, bande de trou du culs?

D’une nature qui se démène pour prôner le I don’t give a fuck, R.A est en réalité un rappeur hautement profond dans sa façon d’aborder son art. Commencerons par The People’s Champ qui se donne à fond dans l’egotrip mais avec intelligence. En effet, car le morceau suivant Definition of a rap flow est tout bonnement une démonstration vocale affolante avec un exercice de style où la respiration parait surhumaine (D’ailleurs en live est-ce tenable?). Ne négligeant pas sa production, il s’entoure de grands noms Brother Ali, Masta Ace, Tech N9ne, Talib Kweli au travers de chansons comme Learn Truth où sur un beat emplein d’espoir il evoque les tragédies mondiales. Les coeurs ont souvent leur place notamment dans le duo Holla-Loo-Yuh avec Tech N9ne qui se trouve dans le bashing sur untel ou untel. Still Get Through The Day a ceci de touchant qu’elle s’adresse à l’auditeur et l’encourage à surmonter les epreuves de la vie sans jamais se laisser battre.
Mais s’il est un morceau qui tutoies les sommets c’est bel et bien Shoot me in the head. Tout commence par une série d’insultes qui plonge le titre dans ce que la plupart des gens pense être le rap. Mais il prend un virage textuel ensuite pour justement expliquer ce qu’est le rap tout en s’insultant dans les refrains

I’m a piece of shit, I’m a fucking fat fuck
Shoot me in my head, shoot me in my head
I’m a piece of shit, I’m a fucking fat fuck
I’m a fucking fat fuck

Enclin à tacler les politiques, R.A tape les démocrate et républicains qu’il s’est mis à dos

I’m hated, got liberals begging for the death penalty
And conservatives wishing my mother aborted her pregnacy

Et pourtant en conclusion, il dit le contraire de ce qu’est ce morceau

I should save politics for Dead Prez and Immortal Technique

D’une violence verbale inouïe et totalement justifiée dans ce texte, R.A prouve son intelligence et son talent dans l’écriture en offrant un morceau brillant.

Legend Never Dies sort un peu de nulle part car son auteur ne publie que peu d’albums solos mais c’est probablement l’un des tout meilleurs disques de rap que j’ai pu entendre.

La loi du marché (2015)

Au loin dans l’indésirable, il flottait presque un parfum d’abandon.
Vestige d’une rage autrefois fulgurante et terrifiante.
Abattu mais pas vaincu, il cherche ce qu’autrefois l’avait maintenu.

Le cinéma de Stéphane Brizé a cette faculté de faire du minimalisme une force diablement percutante. Mademoiselle Chambon et ses regards qui dispensaient de tout discours superflus. Quelques heures de printemps et son final lacrymal. On pourra rapprocher La loi de marché d’autres oeuvres tout aussi percutante comme Deux jours, une nuit des frères Dardenne ou du remarquable Taxi Téhéran de Jafar Panahi. Le rapprocher pour deux raisons : l’aspect réalisme et parce c’est un film fait avant tout avec le coeur.

Pour point de départ, nous avons Thierry un père de famille qui, à 50 ans, perd son emploi. Voguant de formation en formation, il a du mal à se stabiliser et surtout à trouver un emploi qui lui permettrait de continuer à survivre. En trouvant un emploi de surveillant dans un supermarché, Thierry semble pouvoir de nouveau retrouver une vie semblable à celle qu’il a connu.

On pourra argumenter sur le fait que Brizé se limite à une succession de scènes banales au possible pour nous servir un film au rythme poussif et dont on ne voit pas la porté ou dont on ne voit pas l’intérêt final. Pourtant mettre en scène un phénomène sociétal de plus en plus fréquent, en braquant son objectif sur une victime du système l’idée semble claire. Décrire une réalité actuelle est sans doute l’action numéro un du film mais ce n’est pas la seule. En choisissant de raconter la vie de Thierry, Brizé fait de son héros non pas un modèle mais un écho des personnes qui vivent cette vie là. Une vie où l’on se demande tout les jours comment on fera demain, une vie où tout doit être calculé, une vie qui ne se vit pas mais que l’on subit. Car si ce n’est évoqué qu’au cours d’une discussion agitée, il n’en demeure pas moins que Thierry est la victime de ceux qui licencient à tour de bras et sans raison autre que l’appât du gain comme il le dit

J’ai assez morflé.

Fatigué de ces combats qui demandent du temps et de l’argent, Thierry est à bout de force et ses postures en début de film le montre. L’homme est détruit. Le constat est d’autant plus fort quand il se retrouve dans ce supermarché à espionner le personnel car son patron le lui demande expressément. Que signifie cette succession de scènes où des employés sont pris en flagrant délits ? Faut-il y voir ce que Thierry aurait pu devenir ? Le parallèle avec sa vie de famille est aussi très intéressant et révélateur de la personnalité du héros. Pour preuve ce passage où Thierry danse avec sa femme et l’on capture pour la première fois de la joie dans son regard. Mettre en scène le morose de sa vie et le juxtaposer avec ses rares moments où tout s’oublie pour laisser place à la vie seulement. C’est en ce point que le cinéma de Brizé interpelle car il capture l’essence même de la vie (ou du moins ce qu’elle devrait être) au travers de ses petites joies qui parfois semble durer une (belle) éternité.

En mettant en lumière un héros ordinaire, Brizé pointe avec justesse un système détestable où la principale victime n’est autre que l’humain. Porté par un Vincent Lindon tout bonnement remarquable, La loi du marché est de ces films qui touche le spectateur.

Lady Vengeance (2005)

Apres le sourd fracas de la disparité
Apres le fulgurant phoenix agonisant
Est venu le temps de celle que l’on a oublié
Murmure d’un être jadis étincelant
Quand s’élèvera la blancheur de l’expiation
Le recital atteindra alors sa conclusion

Après avoir dressé le portrait d’une société coréenne encline à la disparité avec le sobre Sympathy for Mr.Vengeance et s’être laissé à un élan de frénésie barbare et poétique avec le grandiose Old BoyPark-Chan Wook vient clore sa trilogie de la vengeance. Longtemps oubliée et cantonnée à des sous-rôles, le coréen violent se devait de faire de la femme son héroïne pour ce dernier volet et c’est chose faite avec ce film poétique bien que noir.

Au diable l’escalade de la violence pour le personnage central car à la différence de ses petits frères, le film se veut une désamorce de la brutalité et se tourne vers l’expiation. En effet, dès sa sortie de prison Geum-ja se démarque du schéma des précédents opus car la violence est passée, passive et non décisive. Elle a un plan pour se venger d’une personne dont on ne sait rien et le film est une succession de flashbacks qui nous racontent sa vie en prison et les diverses rencontres qu’elle a pu faire. De ces moments passés va naitre une envie de revanche sur la vie dont le morbide dessein occupe l’essentiel du film. Ce premier point est l’un des atouts majeurs du film car le mystère et la légende entoure le personnage central et en font un mythe qui captive le spectateur en quelques instants. Mais se cantonner à l’élaboration d’une vengeance aurait donner lieu à une redite pour la trilogie, c’est pour cela que l’apparition de la fille de Geum-ja est brillante car cela la conduit vers un chemin différent où la vengeance n’est plus une fin. Percutée en plein vol la jeune femme se perd et change alors d’attitude pour se muer en réparatrice de torts. Sur ce point le film opéré un virage poétique des plus saisissants car le récit prend une ampleur émotionnelle poignante.

La réalisation de Park-Chan Wook émerge alors pour offrir un écrin des plus brillants pour ce joyau narratif. Proche dans sa reconstitution des rêveries et effets métaphoriques de Je suis un Cyborg, le coréen multiplie ici les images pour nuancer son propos. On pense notamment au visage de Geum-ja qui s’illumine au début du film pour marquer sa beauté, on pense au chien à tete d’homme qui symbolise la bestial brutalité du meurtrier. La maitrise dans la suggestion s’accompagne d’une volée de plans sous la neige absolument somptueux où la caméra effectue des stop n’go comme pour nous faire vivre les fêlures des protagonistes et/ou leurs surprises. Cela pourra sembler anodin mais Park-Chan Wook avait voulu une fin tout en noir et blanc afin de réduire la narration à son plus simple apparat et faire de la dernière demi-heure : un voyage émotionnel où seuls les sentiments seraient importants, où seul le visage d’une mère victime d’une erreur de jeunesse serait importante. Un dernier moment où la vengeance serait dérisoire face au remord éternel.

Conclusion touchante d’une trilogie de légende, Lady Vengeance s’éloigne de la violence pour devenir une figure du regret éternel et la signature d’un virtuose.

Everlasting Light

Au son d’une batterie lassée et vidée de sa substance, une guitare supplie que son calvaire s’achève et alors que l’on se croyait perdu une chose incroyable se produit. En apnée complète pendant plus de 9 minutes, les sensations se multiplient et créent tour à tour joie, mélancolie profonde et une tristesse infinie. Dans l’abyssale univers où l’on pénètre se trouve un homme qui, tel un être surnaturel, a vu l’enfer, à frôler la mort et est revenu plus fort, plus motivé que jamais. The Empyrean est le monde du guitariste John Frusciante et les 9 minutes que j’évoque sont seulement celles de l’introduction d’un album venu d’ailleurs.

La vie et la carrière de John Frusciante sont parsemées d’ascensions et de descentes toutes plus violentes les unes que les autres. En 1988, il devient le nouveau du groupe les Red Hot Chili Peppers et devient une rockstar suite au succès immense de Blood Sugar Sex Magik.. A l’instar de Kurt Cobain, ce succès lui est difficile à vivre et il sombre dans la drogue au point que sa vie s’écroule et il quitte les Red Hot. Tel Dante il revient de cet enfer pour l’album Californication puis participera à By The Way et Stadium Arcadium mais l’homme a envie d’être plus libre et lance sa carrière solo en parallèle. Il monte notamment le groupe Ataxia et multiplie les collaborations ainsi que les albums. Ainsi sortent Sounds From The Inside qui révèle une sensibilité artistique rare et aussi l’un de ses tout meilleurs albums Inside of Emptiness qui sonne comme une introspection de l’homme. Mais si l’on devait retenir un album parmi les autres, The Empyrean serait en tête de liste tant il parvient à radiographier la vie d’un homme, ses démons et son parcours artistique.

Dès l’introduction, qui captive avec son rythme variable et ses sons de guitares qui résonnent comme des cris d’une âme en détresse, Frusciante fascine. En effet, l’homme maitrise la guitare mais se révèle un compositeur de génie. Capable de jouer de tous les instruments, Frusciante semble ici à l’apogée de son art tant il maitrise chacun de ses pistes et offrent, avec une régularité inouïe, un voyage toujours plus épique. Pour preuve, les pistes suivantes : Unreachable qui sonne comme un écho d’un artiste qui se sent distancé du monde dans lequel il vit, Heaven qui appelle à une vie trop vite consommé qui consomme l’homme et le laisse hagard de regrets.

Captivant de bout en bout, ce disque est un voyage spirituel qui s’effectue à chaque fois que l’on lance l’album. L’intensité reste toujours la même et le bonheur prit à vibrer au son de la guitare de John ne diminue jamais.

Au-delà d’être l’un de ses meilleurs disques, The Empyrean serait une réponse parfaite à la question :

>Pourquoi aimez-vous la musique?

Whoop Whoop That’s the sound of da teacher

L’âge d’or du rap conscient s’étale (variable selon les personnes) entre la fin des années 80 et une bonne partie des années 90 avec la sortie d’une pelleté d’albums qui sont des classiques incontestables, inégalables et intemporels. On pense bien sur au classique Enter the Wu‐Tang: 36 Chambers ** du **Wu-Tang Clan qui a su s’imposer chez le public mais surtout dans les charts. On pense aussi aux géants The InfamousThe Lords of The UndergroundA Tribe Called Quest ou encore Notorious B.I.G (au passage allez donc faire un tour du coté du barré R.A The Ruged Man pour découvrir un rap venu d’ailleurs). Le rap s’est illustré grâce à des figures imposantes et si on pense notamment à Grandmaster Flash, il y a un homme auquel on associe la naissance du rap conscient et celle du rap américain : KRS-One.

De son vrai nom Lawrence Krisna Parker, le rappeur originaire du Bronx est plus qu’un simple artiste. Cumulant des fonctions de consultant, de producteur, de pasteur, de conférencier universitaire, KRS-One est un des pionniers du rap conscient dont des artistes comme Mos Def (bien qu’il s’en cache), Dead prez sont les héritiers. Homme ouvert sur le monde et toujours très intéressant à écouter, Il captive assurément mais c’est l’artiste qui impressionne le plus tant il sait faire usage de son savoir pour le coupler à une assise musicale rare et nous offrir un rap conscient de sa puissance contestataire.

S’il a déjà une carrière avec le groupe BDP (Boogie Down Productions) et notamment l’album Criminel minded, KRS-One attendra 1993 pour publier Return of The Boom Bap qui marque son retour vers son art premier, lui qui avait laissé la scène au profit d’action sociales diverses et variées. Marqué par les morts de son ami Scott La Rock, il opère un virage artistique complet en se tournant vers un rap moins violent mais plus réfléchi. Né Alors le retour de celui que l’on nomme The Teacher en référence à la source d’inspiration qu’il est pour nombre de personnes.

Renaitre des ses cendres n’a jamais aussi bien été mis en musique que dans l’illustre introduction de l’album. KRS-One Attacks c’est le old school à l’état pur qui va jusqu’à sampler le dernier morceau de Criminel Minded comme si l’homme faisait référence à son passé pour nous dire que le changement c’est maintenant. Morceau au combien pêchu doté d’un beat stylistique au possible, The Teacher is back et on part ensuite en croisade pour une déferlante de clameurs sociales et personnelles. Avec une verve qui relève une culture importante, il assène sa leçon en passant au crible ses démons dans le morceau P is still qui rappelle que le sexe et la drogue ne sont pas seulement d’anciennes connaissances. On retrouve aussi un morceau qui, à lui seul, (et c’est peut-être préjudiciable à l’ensemble de l’album) symbolise la puissance de ce disque : Sound of Da Police. A l’écoute le morceau percute par son entêtant :

Whoop, whoop That’s the sound of da police

Dans ce texte (qui rejoint Black Cop), The Teacher attaque les institutions qu’il juge comme inefficace dans leur prise de décision. Etablissant un parallèle plus que juste avec le mouvement des droits civils, il critique l’acharnement des lois de répression qui vise en grande majorité une population noire. KRS-One n’a pas sa langue dans sa poche mais fait montre d’une capacité à alimenter son propos tout bonnement sublime. Il se surpasse pour offrir une vision que l’on pourrait trouver pessimiste mais qui est malheureusement validé par les chiffes et partagée par de nombreuses personnes. Album soigné et matiné de beats old-school, Return of the Boom Bap est de la trempe des disques qui s’écoutent toujours avec la même intensité et qui, même plus de 20 ans après sa sortie, font partie des meilleurs disques de rap jamais sortis.

Figure emblématique du rap conscient, KRS-One est le fondateur d’un courant musical engagé. Il est de la classe de ses hommes que l’on appelle parfois…..légende.

L’or du Underground

Here Come The Lords (The Lords Of The Underground)

Groupe de Hip-Hop originaire de Newark, The Lords of The Underground se compose des rappeurs MR.Funk, DotAll et du DJ Lord Jazz. Ils commencent par enregistrer trois singles dont le légendaire Chief Rocka qui mettra le trio en marche vers la consécration. Déjà survolté et outrageusement novateur, le groupe se lance alors dans l’aventure de l’album Here Comme The Lords. La même année sortira le tout aussi titanesque Return of the Boom Bap du grand KRS-One et à deux ans d’intervalle sortira le légendaire The Infamous de Mobb Deep. Tout cela pour dire que les années 90 ont offert des albums de légendes, inégalables et qui n’ont rien perdu de leurs superbes mais surtout pour vous dire que se faire une place au panthéon des grands albums de rap n’est pas chose aisée. Pourtant eux l’ont fait. Ils sont l’or du underground et les voilà qui débarquent.

Au rap commercial et vomitif dont le seul propos se résume à des punchlines stupides vantant les possessions matérielles et le superficiel de manière générale, le groupe se pose en étendard d’un autre courant du rap où la parole, associée au rythme, sert de moyen d’expression, de communication et de lutte. Comme le prouvera le très bon Keepers of the funk, le groupe a beau être versé dans le rap corps et âme, la funk n’est jamais loin dans la production. Au rythme de scratchs, d’instrus douces pour les oreilles tant elles fleurent bon le jazz et le blues, l’univers de l’album se trouve à la lisière de plusieurs genres mais garde une ligne directrice : le rap.

Hip-Hop and Rap That’s Where My Heart’s At.

Multi-thématiques l’album offre son lot de textes venus d’ailleurs à l’instar du morceau Sleep for dinner qui témoigne d’une vie dure et ingrate. From Da Bricks vient rappeler les origines du groupe et Madd Skillz vire à l’egotrip

I got so many skills that their falling out my pocket.

Egotrip oui mais tout en faisant étalage d’un talent difficilement égalable qui légitime cette assurance (on retrouve la même démarche chez le duo Run The Jewels). Comment ne pas être submergé par le démentiel Chief Rocka où les rimes sont ahurissantes de virtuosité. Dans ce morceau le groupe s’offre une carte de visite qui sonne à merveille avec son scratch incessant et sa clameur

Number one chief Rocka

Enragé et survolté le groupe s’offre une déferlante technique et lyrique, le morceau est d’un jubilatoire qui ne s’efface pas même 20 ans après son apparition.

Alors en lançant l’album tu bouges et tu secoues la tête jusqu’à comprendre que ces gars-là ne sont pas venus de vendre de la pesou. Pas flemmard pour deux sous, ils envoient les morceaux dans une veine rap venue d’ailleurs. Alors t’écoute, tu réecoutes puis tu te rends à l’évidence : t’écoutes un groupe de légende(s). Tout amateur de rap se doit d’écouter cet album car il est la quintessence de ce que le rap devrait être : un bonheur de tous les instants où le fond et la forme s’unissent pour produire une oeuvre hors du temps.

Avant j’écoutais du rap maintenant je Chief Rock