L’atmosphère délétère d’une salle de concert n’aide pas des artistes amoureux de musique à se livrer complètement. Quand la foule hostile se met à huer, cracher et jeter des bouteilles sur un groupe tout pourrait basculer mais pas pour un vrai groupe de hard rock.

Après le bleu d’une ruine somptueuse, c’est le vert sanglant qu’a choisit Jeremy Saulnier pour teinte chromatique. Prenant pour point de départ le trajet d’un groupe de musicien passionné qui vit sur la route avec pour seule pitance de maigres cachets, le film nous place au sein d’une vie sur la route faite d’incertitudes. Confronté à une suite de problèmes le groupe se retrouve contraint d’accepter un concert de dernière minute dans une salle totalement acquise à une bande de nazi pour le moins terrifiante.

Dans la continuité de Blue Ruin, Saulnier pousse de nouveau des gens ordinaires vers des situations extrêmes. Lorsque la camionnette du groupe pénètre dans le terrain boueux et crasseux de la salle de concert, on devine déjà l’odeur putride, la moiteur et l’intenable multiplication de symbole nazis qui sont au coeur du macabre dans lequel baignera le film. En choisissant d’entamer leur set par le morceau Nazi Punks, Fuck Off le groupe The Aint’s Rights pose le cadre d’une lutte que l’on devine déjà comme intense. Des regards noirs sont échangés avec certains, des hochements de tête scellent une machine que l’on ne peut arrêter. Car oui cette salle est pleine des pires crevures mais une bande de crevures sacrément bien organisée. Contraint à se cloisonner dans une salle, le groupe de métal perd tout à commencer par sa confiance qui irradiait la scène car maintenant leurs vies sont en jeu.

La dualité qu’offre l’histoire dans sa façon d’aborder une trame sombre et dérageante est sans doute pour beaucoup dans la réussite du film. En effet, distillés de-ci de-là des micros touches d’espoir forment une lumière pour nos héros qui rêvent à une échappatoire. Toujours sur le fil du rasoir, le film jongle entre profonde détresse et héroïsme naissant. On appréciera l’évolution des personnages qui commencent par paniquer en comprenant qu’ils risquent de mourir et en se montrant terriblement maladroit dans leur riposte. Cette panique se traduit par des mouvements irréfléchis et totalement impulsifs (on pense inévitablement à l’intro de Blue Ruin) qui occasionnent des moments gores sans jamais virer au ridicule. Passé un certain moment les proies vont se muer en lieutenant d’Aldo l’Apache et massacrer à tour de bras des nazis désemparés. Ce revirement est à mettre en partie à l’actif d’un personnage féminin dont l’évolution troublante est un rouage des plus intelligents du scénario. Il y a aussi ce jeu sur la teinte du vert car le vert est un symbole du changement et de l’instabilité. De ce fait, le titre du film trouve sa signification avec cette pièce où ne cesse de revenir les personnages comme si elle était le point de départ de leur renouveau tout en étant le lieu qui a causer leur perte.

La réalisation de Saunier est à saluer aussi. Proposant une ambiance angoissante et stressante, il fait de son film une épopée brutale qui se fait le symbole de la lutte des êtres sans futur, de ceux qui jamais n’abandonnent. Cette lutte est d’autant plus intense que l’ennemi auquel ils font face se montre rusé comme le diable qu’il est. Non, Saunier n’a pas une grande filmographie mais dans son genre il est un virtuose.

Avec Green Room, Jeremy Saulnier offre non seulement une confirmation de son talent mais un film en forme d’étendard du survival où les accents de rock sonnent comme un hymne à la gloire de son auteur.

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