Green Room (2015)

L’atmosphère délétère d’une salle de concert n’aide pas des artistes amoureux de musique à se livrer complètement. Quand la foule hostile se met à huer, cracher et jeter des bouteilles sur un groupe tout pourrait basculer mais pas pour un vrai groupe de hard rock.

Après le bleu d’une ruine somptueuse, c’est le vert sanglant qu’a choisit Jeremy Saulnier pour teinte chromatique. Prenant pour point de départ le trajet d’un groupe de musicien passionné qui vit sur la route avec pour seule pitance de maigres cachets, le film nous place au sein d’une vie sur la route faite d’incertitudes. Confronté à une suite de problèmes le groupe se retrouve contraint d’accepter un concert de dernière minute dans une salle totalement acquise à une bande de nazi pour le moins terrifiante.

Dans la continuité de Blue Ruin, Saulnier pousse de nouveau des gens ordinaires vers des situations extrêmes. Lorsque la camionnette du groupe pénètre dans le terrain boueux et crasseux de la salle de concert, on devine déjà l’odeur putride, la moiteur et l’intenable multiplication de symbole nazis qui sont au coeur du macabre dans lequel baignera le film. En choisissant d’entamer leur set par le morceau Nazi Punks, Fuck Off le groupe The Aint’s Rights pose le cadre d’une lutte que l’on devine déjà comme intense. Des regards noirs sont échangés avec certains, des hochements de tête scellent une machine que l’on ne peut arrêter. Car oui cette salle est pleine des pires crevures mais une bande de crevures sacrément bien organisée. Contraint à se cloisonner dans une salle, le groupe de métal perd tout à commencer par sa confiance qui irradiait la scène car maintenant leurs vies sont en jeu.

La dualité qu’offre l’histoire dans sa façon d’aborder une trame sombre et dérageante est sans doute pour beaucoup dans la réussite du film. En effet, distillés de-ci de-là des micros touches d’espoir forment une lumière pour nos héros qui rêvent à une échappatoire. Toujours sur le fil du rasoir, le film jongle entre profonde détresse et héroïsme naissant. On appréciera l’évolution des personnages qui commencent par paniquer en comprenant qu’ils risquent de mourir et en se montrant terriblement maladroit dans leur riposte. Cette panique se traduit par des mouvements irréfléchis et totalement impulsifs (on pense inévitablement à l’intro de Blue Ruin) qui occasionnent des moments gores sans jamais virer au ridicule. Passé un certain moment les proies vont se muer en lieutenant d’Aldo l’Apache et massacrer à tour de bras des nazis désemparés. Ce revirement est à mettre en partie à l’actif d’un personnage féminin dont l’évolution troublante est un rouage des plus intelligents du scénario. Il y a aussi ce jeu sur la teinte du vert car le vert est un symbole du changement et de l’instabilité. De ce fait, le titre du film trouve sa signification avec cette pièce où ne cesse de revenir les personnages comme si elle était le point de départ de leur renouveau tout en étant le lieu qui a causer leur perte.

La réalisation de Saunier est à saluer aussi. Proposant une ambiance angoissante et stressante, il fait de son film une épopée brutale qui se fait le symbole de la lutte des êtres sans futur, de ceux qui jamais n’abandonnent. Cette lutte est d’autant plus intense que l’ennemi auquel ils font face se montre rusé comme le diable qu’il est. Non, Saunier n’a pas une grande filmographie mais dans son genre il est un virtuose.

Avec Green Room, Jeremy Saulnier offre non seulement une confirmation de son talent mais un film en forme d’étendard du survival où les accents de rock sonnent comme un hymne à la gloire de son auteur.

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Mon temple du blues : Chapitre 5, Heart of Gold.

Né au Rock Hospital de Ballyshannon, le 2 mars 1948, Rory Gallagher est baptisé dans la Rock Church (non ça ne s’invente pas ce genre de choses). Des ses premières années, Rory commence à jouer de la guitare avec tout d’abord une guitare en plastique offerte pour ses deux ans puis une vraie guitare pour ses 12 ans. Très rapidement, il se produit sur scène en reprenant des morceaux de Chuck Berryou encore Elvis Presley. Première élément marquant de sa vie, sa rencontre avec une stratocaster. La guitare est miraculeusement remise en vente et le jeune Rory fait tout pour l’acquérir comme s’il savait que sa destinée commençait par l’acquisition de cet instrument. Très rapidement, le talent de Rory et sa volonté de devenir musicien le pousse à quitter l’école. Après de multiples tournées avec pour commencer le groupe The Fontana au sein duquel il vit des moments difficiles où il subit les violences d’un public hostile. Rebaptisé The Impact, le groupe de Rory parcourt les routes pour des cachets dérisoires et malgré une reconnaissance de son talent l’Irlandais aspire à mieux. Il fonde alors le groupe The Taste (le « The » sera abandonné plus tard) avec deux autres irlandais avec qui il partage les mêmes goûts (taste en anglais). Le succès sera alors au rendez-vous avec une reconnaissance par des grands de l’époque comme Eric Clapton qui l’invitera en première partie de son groupe Blind Faith ou encore le géant Muddy Waters qui en fera l’une des têtes d’affiche de sa légendaire London Session.

Préssentant la fin des possibilités du groupe, Rory est terriblement mal intérieurement. Depuis ses penchants avoués pour une musique plus orienté vers le free, la tension le ronge et il est vidé, épuisé. Pourtant, les choses se tassent et le malaise de Rory se dissipe pour finalement le pousser à monter le Roy Gallagher Band et lancer sa carrière solo. Véritable bête de scène Rory enchaine à un rythme quasi-surhumain les concerts avec des prestations avoisinant les 3h. Avec des séries de concerts en Belgique, en Allemagne et même à Belfast durant les attentats sanglants qui firent fuir la plupart des artistes. Rory ne se veut pas un symbole mais l’image renvoyé par Taste, groupe au combien symbole de l’absurdité des clivages rongeant le pays, en fera une marque d’apaisement. La cadence infernale des concerts conduit la guitare de Rory à le lâcher. C’est alors la panique car cette guitare est plus qu’un instrument pour Rory, c’est presque un membre de son groupe. Comme habitée cette guitare subit des déromations physiques qui abîment le manche mais fort heureusement pour Rory le temps faisant son oeuvre le manche se reparle de lui-même et il peut reprendre la direction de la scène.

Parmi les événements marquants de sa carrière, on note quelques collaborations avortées qui auraient sans doute données lieu à des moments de légendes. Tout d’abord, il y a Van Morrison qui avait montré un intérêt pour le travail de Rory sans toutefois jamais faire d’efforts pour le rencontrer. Il est à noter d’ailleurs l’attitude détestable de Morrison lors de leur première rencontre faillit à tout jamais brouiller les deux hommes, avant que Rory n’accepte une seconde rencontre où il sera prompt à oublier le passé pour monter un projet qui ne verra jamais le jour. Il y a ensuite cette tournée avortée avec les Rolling Sones. Rory était débordé mais souhaiter jouer avec le groupe mais le problème était qu’il devait en discuter avec Keith Richards, l’instigateur de l’événement. Problème : Keith n’est disponible que de 3h à 5h du matin. Dans un ultime élan, Rory se déplace et trouve Keith dans une sorte de coma éthylique et patiente toute la nuit en espérant le voir se lever, en vain. Pour terminer, il y a cette mésaventure avec Bob Dylan. Un soir après un concert un homme approche un ami de Rory et lui dit

J’aimerais vraiment beaucoup parler avec lui de son jeu et de sa guitare acoustique.

Après que l’homme est tourné les talons, l’ami de Rory comprend son erreur :

Merde, j’ai gaffé.

La vie de Rory est faites de moments de légende. Malgré sa courte vie, il a réussit à créer une discographie aussi variée que source d’inspiration intarissable pour les musiciens qui suivent ses traces. Véritable touche à tout, Rory s’est illustré avec ses compositions Rock pour commencer en offrant des morceaux qui sont désormais des standards. On pense à Cradle rock, Bad Penny ou encore Philby. Mais la musique de Rory est aussi dans le blues, ce genre musical qui colle parfaitement à sa perpétuelle souffrance intérieure. Il offrira aux genres des morceaux novateurs à plus d’un titre comme nous allons le voir avec la série d’hommage rendus dans l’album Fresh Evidence.

Cet album qui sera le dernier marque un retour au blues pour celui qui a marqué son temps avec son jonglage entre le blues et le rock. Pour du blues, il est à noter que l’album se compose essentiellement de morceaux écrits par Rory qui s’est entouré de claviers, d’accordéon et meme d’une section de cuivres pour nous offrir un album en forme de testament musical. Le morceau King Gloves se veut un hommage à tout les genres auxquels Rory s’est intéressé : blues, rock et jazz. Parmi les légendes du blues qu’il honore on voit dans Middle Name un homage à John Lee Hoocker. Hommage qui se lit dans le texte mais aussi dans l’instrumental et la composition du morceau avec notamment un harmonica supplication au possible. Parmi les sources d’inspirations, il y a l’un pères du british blues Alexis Korner qui est honoré par le biais du morceau Alexis. Notons aussi l’hommage au père de la quasi totalité des bluesman Son House tous avec le morceau Empire State Express qui nous renvoi au Mississippi avec le son de la guitare d’Eddie Son House. Morceau essentiellement vocal, ceci nous renvoi au talent du fondateur du delta blues avec sa rythmique simple à la guitare et ses variations vocales incessantes.

Apres la sortie en 1990 de cet album, Rory tombe malade. La faute n’est pas à mettre (en totalité) sur le compte de l’alcool qu’il consomme de manière équivalente à celle de ses compagnons mais le stress et l’angoisse qui le rongent. Poussé vers des médicaments qu’il gobe comme des bonbons, Rory voit son visage gonflé et son organisme sature le poussant à se faire opérer. Quelques temps plus tard, Rory n’est plus qu’une ombre à cheval entre coma et état végétatif, il finira par quitter ce monde à seulement 47 ans.

Artiste capable de tout faire et de réussir à s’imposer dans tous les domaines, Rory Gallagher est plus qu’un simple guitariste. Ceux qui l’ont côtoyé en parle comme d’un homme extraordinaire dont la principale qualité est son humanisme qui irradie le coeur de ceux qu’il croise. Rory est une légende, de celle qui vous marque à jamais, de celle qui traverseront les âges sans jamais voir leur beauté faner.

Rory est et sera pour toujours l’un des plus grands.

Mes conseils d’écoutes :

-Tatoo
-Top Priority
-Live at Montreux

Pour découvrir le bonhomme sur scène :

Bad Penny avec des solos époustouflants.

A la découverte de The Geek x Vrv

The Geek x Vrv est né de la collaboration entre Alex le Geek et Vincent le Vrv. S’il est difficile de cantonner le duo à un seul registre musical, il est en revanche évident de les placer parmi les meilleurs groupes français dans toutes les catégories auxquelles ils apportent leur talent. Puisant leurs inspirations un peu partout, le groupe a commencer à s’illustrer avec des remixes trip-hop et des inspirations hip-hop qui renvoient vers l’un des artistes les plus doués de sa génération Gramatik. L’un de leurs premier EP témoigne de cet attrait pour le hip-hop. Intitulé Amicalement Vôtre, l’EP offre une palette des possibilités que le duo peux nous offrir en mêlant notamment de l’électro à du hip-hop dans le morceau After ou encore en samplant le générique de la série Amicalement Vôtre. Lorsque le groupe monte sur scène en 2014 aux cotés de Gramatik, Clozee et Scarfinger, de nombreux morceaux se sont ajoutés à leur déjà sublime discographie. Pour exemple, le morceau Everything qui marque un tournant pour le groupe vers l’élécro. Entièrement construit autour de quelques paroles qui se répètent, le morceau est une graduelle montée en puissance qui entraine l’auditeur en l’espace de deux notes au piano. Jamais à cours d’idée, Axel et Vincent lâche la bombe BTOS Volume 2 où figure notamment des pépites comme Jazzy What qui mêle un beat hip-hop à une rhythmique au piano qui fleure bon la musique de Django Reinhart. Non, ce groupe ne connait pas de baisse de rythme comme en témoigne une impressionnante série de morceau parmi lesquels figurent Nostalgia et If you want her(pour ne citer qu’eux) qui s’inscrivent dans une jolie série de chansons tourné vers l’amour. Quand il pénètre sur scène au Bikini en 2014, ils précédent celui que tous attendaient Gramatik mais le show qu’ils proposèrent fut incroyable. Alternant les genres avec une acuité parfaite tant dans la gestion des transitons que de part un set offrant une harmonie savoureuse, le groupe offrait une véritable démonstration qui révélait tout le potentiel que laissait entrevoir leurs travaux.

Nous allons ici parler de l’EP Electric City. Composé de sept pistes, l’EP est un sommet pour le groupe qui n’a jamais cesser de se laisser aller vers des genres musicaux divers et variés pour nous offrir des voyages thématiques. La première piste commence par un Better* annonciateur d’une série de pistes toutes très accrocheuses. Mêlant electro, trip-hop et inspiration venue d’ailleurs, le morceau n’est pas sans rappeler le hollandais électrisant Beat Fatigue et son (démentiel) EP Ain’t That a Glitch. Les morceaux Electric City et Believe in Me font plus dans l’instrumental pour nous offrir deux aspects qui font le charme du groupe. A savoir, cette capacité à jongler entre émotion et son plus pêchu. All Around sonne comme une carte de visite du groupe avec son coté funk/soul et un beat electro. Terminons par ce qui fait la marque des grands, les deux remixes de Believe in Me dont un est réalisé par la reine absolue du Glitch en france : la divine Clozee. En conférant au morceau d’origine une relecture dans l’esprit de son style plus animal, la jeune toulousaine tire un morceau tout en nuance. Le second remix est quant à lui plus orienté hip-hop, de ce fait il jouit d’une rythmique accrue et tout en vocalise. Varié et ultra-stylisé cet EP impose un peu plus le groupe dans les plus hautes sphères musicales.

The Geek x Vrv est un jeune groupe dont l’inventivité et la capacité à se renouveler tout en explorant de nouvelles choses font l’un des tout meilleurs groupes français actuels. Il faut absolument les voir en scène pour profiter de leurs prestations scéniques en tout point extraordinaires.

Mes conseils d’écoutes :
I Shouldn’t Know
After
Nostalgia

Un remix inspiré des deux bonhommes

A la découverte de Clozinger.

La scène se passe dans un appartement dont le blanc immaculé s’accorde parfaitement avec la première qui va nous être offerte. Deux interfaces électroniques sont posées sur une table. Sur un canapé, un homme masqué et une femme se lance dans un exercice des plus difficiles. Elle, à la guitare joue un petit air et lui, l’enregistre et après quelques instants une structure se met en place. Dès lors, le son est lancé, agréable et bien arrangé, puis arrive cette fameuse fraction de seconde où une distorsion vient percuter le morceau pour le propulser dans un autre univers. En quelques instants, un duo est né avec le morceau Bandits mais ça ils ne le savent pas encore.

Qui sont-ils ?

D’une part, nous avons le performer masqué, le chevalier noir de la MPC Scarfinger. Alors qu’est ce qu’une MPC ? C’est un mini centre de production de musique qui permet grossomodo de façonner ses propres sons comme le ferait une interface sur un pc. Artiste encore peu connu il y a quelques années, Scarfinger s’est fait une solide réputation notamment pour sa capacité à produire en live des performances grandioses et sans filet. En témoigne, ce mix ahurissant où viennent se télescoper des morceaux de pointures tels que Tha Trickaz ou Skrillex. Le tout avec un soin du détail dans les transitions remarquable. Les influences du bonhomme vont notamment puiser du coté de hip-hop mais il a ressent opéré une mutation en remisant des morceaux de Dubstep notamment de Skrillex. Artiste reconnu, il fait désormais parti des incontournables dans sa catégorie et il faut le voir en live pour me croire car outre une assise artistique fascinante, c’est avant tout un homme de scène qui sait faire bouger son public autant que ses doigts qu’ils faire virevolter dans un ballet expressif au possible.

Ma sélection de morceaux pour le découvrir :
Excision & Datsik – Deviance (Dirtyphonics Remix)
KDrew – Bullseye

D’autre part, nous avons ni plus ni moins que la reine française du Glitch Hop en la personne de Chloe Herry dite CLOZEE. Adepte de la guitare qu’elle pratique très jeune et qu’elle maitrise admirablement, Clozee est l’opposé du brutal son d’un Scarfinger car son univers vogue dans un océan de douceur. Pour preuve, son EP Guitare Covers où ses talents de guitariste s’expriment. Mais Clozee est avant tout une artiste Glitch et ses divers productions sont des odes aux voyages, des rêveries extra-sensorielles. En témoigne, les morceaux Inner Peace ou Mountain Legends. Chez Clozee, la guitare n’est jamais loin et sur scène elle est à l’image de ce que l’on devine en écoutant ses productions. En effet, accompagnée de sa guitare elle produit des lives entrainant et toujours ingénieux qu’il s’agisse de remix (Evening Loop) ou de compositions personnelles.

Séparément les deux artistes sont remarquables et pourtant quand ils se réunissent ils parviennent à se dépasser comme si le mot limite était inconnu pour eux. Rencontré lors d’un live de Clozee, Scarfinger me confiait qu’il envisageait un nouveau projet après le one shot Bandit et il a tenu sa promesse. En effet, paru il y a quelques temps déjà l’EP Ovation sonne comme l’avènement du duo. Pourtant, rien n’a changé ils sont toujours sur le même canapé comme si malgré la gloire acquise ne changeait rien à l’identité artistique des deux amis. Le morceau Ovation sonne comme un appel avec ses voix religieuses en fond, en parfaite communion les deux artistes offrent un récital qui épate une fois de plus.

Capable de naviguer dans de multiples univers musicaux, le duo a récemment proposé une revisite du morceau Happiness de Al Green qui fleure bon la douceur et la joie de vivre. A n’en pas douter, nous avons avec Clozinger, l’un des meilleurs groupes français et la promesse d’un brillant avenir musical.