Au fin fond du Texas, rien ne s’efface. Les rancoeurs laissent des traces et refont toujours surface.

Point d’encrage de l’histoire du film d’Arthur Penn, l’évasion de Bubber Reeves est un déclencheur, un rouage qui relance de vieilles histoires. C’est un de ces événements qui remuent la merde. Celle que l’on croyait enterrée mais qui, en réalité, était simplement inodore. Masquée par un mensonge, celui d’un père à son fils, ou par un aveuglement incompréhensible, celui d’un homme qui vit avec une femme odieuse qui le trompe, ou encore la réminiscence d’un enfant négligé, qui révèle une mère rongée par le remord. A Tarl, l’ambiance est lourde et pourrie depuis que Bubber s’est fait la malle. Entre des vérités qui refont surface et un samedi soir où l’alcool coule à flot, la population locale devient folle. Se retrouvent alors relégués au premier rang les emblèmes de la connerie, les poils mous de la jambe légère et tout leur cortège inouï de bêtise. Tout d’abord, les gars qui veulent jouer les durs et voir couler le sang sont de sortis avec leur pistolet qui fait office de support à leurs idioties latente. Ensuite et comme trop souvent, cette connerie génétique est suivie d’un racisme exacerbé, qui semble quasiment naturelle, et qui pousse à la ségrégation sociale et spatiale. En est témoin, cette scène où une femme noire dit à son fils de ne pas se mêler des blancs car il risque de s’attirer des ennuis. Non, ce samedi soir n’est pas comme les autres et la ville de Tarl est dans tous ses états.

La chasse à l’homme proposée ici est atypique. En effet, tout le monde se met à la poursuite de Bubber et paradoxalement c’est lui qui revient vers ses poursuivants. Au tournant des années soixante, le visage du cinéma est en pleine mutation et c’est ici une annonce de ce changement qui est faite avant le sublime Bonnie et Clyde. Les visages sont ici des moteurs d’expressions que les sales gueules des lâches qui tabassent leur shérif symbolisent. Des gens perdus qui ne savent plus quoi faire de leur vie, qui se trompent les uns les autres, qui ne respectent plus rien et qui n’aspirent à rien. Symbole de cette mutation, la prestation tétanisante d’électricité de Marlon Brando catalyse ces changements notamment au travers de cette scène où il se fait tabasser à mort. Les bouleversements dans cette petite bourgade renvoient au titre, en lequel on peut voir une poursuite du bonheur qui fait défaut à toute une partie de la population.

Le film de Penn tend à se reprocher de deux autres oeuvres qui traitent en partie de cette distension sociale entre la loi et les citoyens. En effet, on retrouve la thématique du grandiose Furie où Spency Tracy se retrouve injustement lynché par une foule hystérique et ivre de sang. Le rejet de la justice, au travers du personnage de Brando, n’est pas sans rappeler le remarquable Un homme est passé où le même Spencer Tracy est rejeté car il est en quête de justice. Tout le sous-texte perceptible au travers de scènes difficile à regarder, témoigne de mutations et de gangrènes qui parsèment la société. Etonnamment moderne, cette thématique regorge de justesse et de transcriptions à notre époque.

Au sortir de ce puissant film noir et tragique, tout espoir a disparu et tout est laissé à l’abandon. Arthur Penn signe une oeuvre percutante qui sonne comme un appel à l’évolution du cinéma américain.

 

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