Message aux anges noirs (Dooz Kawa)

Dooz Kawa, : mot dérivé de KWA qui signifie café en argot. Si on devait donner une explication plus poussé à ce pseudo : toutes seraient bonnes. Ce n’est pas moi qui le dit mais l’artiste lui-même et il en va de paire pour ses textes, on peut tout y voir. Dooz Kawa apporte sa parole et libre à l’auditeur d’y trouver un message si tant est qu’il y en ait un car nous sommes en présence d’un jongleur de mots et d’idées.

Dooz Kawa grandit en Allemagne puis à Strasbourg (quoi l’Alsace n’est pas allemande? Bon admettons), il s’intéresse au rap dès ses 17 ans et, avec ses amis, décide d’enregistrer quelques morceaux. Après son premier projet solo en 2011, voilà qu’arrive la plongée noire offerte par l’album qui va nous intéresser. Pochette enfantine qui contraste avec les propos de l’album, faut-il y voir un enfant désabusé qui se heurte à la vraie vie avec ses peines et ses bonheurs ? Ou une introspection en forme de témoignage ?

Dooz Kawa n’a assurément pas la notoriété qu’il mérite à croire que la poésie n’attire pas la foule dans le vaste monde du rap. Le style Dooz Kawa est fait de quelques punchlines mais surtout de figures de styles, phrases à double sens car selon lui les punchlines sont un plaisir instantané qui disparait aussitôt entendu. Les paroles sont soigneusement choisies et les sons qui les accompagnent renvoient à une idée ou une structure associé directement aux propos développés. Le bonhomme est un orfèvre et chaque piste dépasse les 12 carats.

Quand arrive message aux anges noirs, la surprise est grande tant l’oeuvre offre un panel musical et textuel vertigineux de complexité. Le début de l’album impose la marque de DZ : allitérations, rimes et jeux de mots sont le support d’une complainte qui pose les bases de la mélancolie dans lequel baigne le monde de l’artiste. Puis on prend deux claques successives, avec pour commencer celle infligée par Brûler les illusions qui débute par un surprenant:

That’s Entertainement!

Le reste du morceau est ponctué d’un rythme Rock (qui appelle aux lillusions perdues), matérialisant l’introspection de DZ qui se refait le monde alors que :

Depuis que les bateaux ont des ailes, tous les cons fixent le rivage.

Puis arrive LE morceau de l’album (à mes yeux) au cours duquel on prend une claque textuelle. Une marche militaire et un sample de Cat Power avec en fond le discours du Dictateur de Charlie Chaplin ancre le morceau dans la métaphore du troupeau qui suit aveuglement les modes et les autres (d’ailleurs le discours de Chaplin renvoie à ceux qui suivent un message n’ayant aucun sens car ils sont incapables de se faire leur propre avis). Déferlante d’allitérations, le morceau jongle entre émotions et une portée politique inédite. Critiquant tantôt l’attentisme et l’attitude passive de certains au travers de l’expression Mouton de Panurges, la métaphore filée est parfaitement maitrisée de bout en bout comme l’illustre cet exemple :

La pub assaille de ses trouvailles, d’objets gadgets à posséder(…) maintenant faut consommer.

Le restant des morceaux offre sa part de moments magiques. Do Ré Mi où les mots virevoltent dans un balais impromptue et ininterrompu que la mandoline enveloppe de sa légèreté. Il y a aussi le syndicat de la rime qui s’invite et lévite avec sa vague de rime bien senties.

A mi-chemin entre rap et poésie, DZ nous convie tous à découvrir sa vie au travers d’un album entre l’enfance et la vie adulte, entre le rap et la poésie. Odyssée pas banale, baignée dans une texture léchée, Message aux anges noir est de ces oeuvres qui transcendent les genres et méritent d’être découverte.

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