Blues of Desperation (Joe Bonamassa)

Joe Bonamassa est un nom qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on evoque le blues rock moderne au même titre qu’une tripotée d’artistes comme The Black Keys, Gov’t Mule ou encore Kenny Wayne Shepherd pour ne citer qu’eux.

Prodige de la guitare qu’il commence à apprendre à 4 ans, il est très vite repéré et fais les premières parties de grands noms comme par exemple celle du légendaire Buddy Guy. Parsemant ces albums de reprises très travaillées et ingénieuses au sein desquelles il laisse sa maestria technique s’exprimer, Joe est avant tout un guitariste exceptionnel. Sa carrière est déjà impressionnante de densité et de richesse à seulement 38 ans. Tout d’abord, les albums solo ont rapidement évolué car si ses premiers disques étaient bons sans être remarquables, il a su faire évoluer son jeu pour produire des oeuvres qui ont tous les atouts de classiques en devenir. On pense notamment à l’excellent Blues Deluxe et surtout aux deux monstres sacrés que sont Sloe Gin et The Ballad of John Henry. Dans ses deux albums, même si une part importante de reprises est à compter, force est de constater que le talent de Joe nous explose à la figure. Entre les morceaux Dirt in my Pocket et One of These Days qui font de l’ouverture de Sloe Gin l’une des plus percutantes qui soit et le duo Stop!/The Ballad of John Henry qui installe une ambiance blues rock des plus réussis, ses deux disques témoignent de l’évolution artistique d’un génie musical. Hyperactif, Bonamassa multiplie les projets et collaborations avec tout d’abord Beth Hart qui donnera lieu notamment à un live à Amsterdam absolument divin, un projet rock avec Glenn Hugues au sein du groupe Black Country Communion et un passage funk/soul pour l’album We Want Groove. Cette incessante volonté de jouer et se produire se traduit par des prestations d’envergures et déjà très nombreuses. La série d’album intitulé Tour de Force révèle un monstre scénique capable d’improviser des solos venus d’ailleurs et qui offrent des relectures passionnantes de certains morceaux. On pense notamment à sa reprise de Cradle Rock de Rory Gallagher ou encore ses duos avec Leslie West et Eric Clapton.

Sortie hier, Blues of Desperation laisse songeur quant à ce qu’il peut offrir et ce que Joe peut encore nous montrer. Et bien autant le dire de suite, le blues rock de Joe est toujours aussi bon. En témoigne, les deux premières pistes dont le jouissif Mountain Climbing qui, s’il n’est pas novateur, est d’une efficacité redoutable. Entre un riff persistant de puissance et un solo qui défriserait un mouton, Joe est bien de retour. Petite ombre au tableau, Drive plombe l’ambiance car au sortir de Mountain Climing, qui l’espace d’un instant nous ramènait à la fameuse ascension promise par Leslie West (dans son excellent disque Still Climbing), on attendait une gradation plus brutale. Malgré cette rechute, les morceaux s’enchainent avec plaisir et l’on retrouve les thématiques inhérentes au blues(mal être, solitude, souffrance, perte de l’être aimé, regret). L’harmonie musicale de l’album ressurgit alors au détour du titre Blues of Desperation qui laisse place à une basse furieuse pour poser les bases d’un morceau entrainant et au combien tourné vers la démonstration technique avec une pelleté d’instruments qui le temps d’un ballet savamment orchestré nous font voyager. On passera rapidement sur un hommage à peine voilé, avec le morceau The Valley Runs Low, à un certain Rory et on terminera par l’inovation la plus interessante de l’album avec How Deep This River Run où des choeurs (tout comme dans Mountain Climbing) font place pour appuyer la volonté supplicative de ce morceau. Le résultat est une totale réussite car allié à des solos électrisant, l’émotion est là.

Le dernier album de Joe a tout ce qui fait de cet artiste l’un des plus grands de son époque. Si la maitrise technique, l’harmonie dans le choix des instruments et la simplicité textuelle peuvent réduire le tout à un album simple, il n‘en est rien car l’efficacité de Bonamassa efface tout cela et fait de Blues of Desperation un grand album de blues rock.

Mes conseils d’écoutes :

-Sloe Gin
-The Ballad of John Henry
-Live in Amsterdam.

Pour découvrir le bonhomme sur scène :

The Ballad of John Henry

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