Tel ce bateau où les gens se tassent pour, en apparence, observer les jolies places de Brooklyn via des jumelles, Sydney Lumet braque un regard sur une ville avec son objectif prêt à jouer son rôle de microscope sociétal. Un chien qui traine dans les rues rognant des dechets, des ouvriers sur un chantier, des gens qui font leurs courses sont autant d’éléments qui ancre déjà le récit dans l’ordinaire et le banal. Sous une chaleur étouffante digne d’un après-midi de chien ( expression qui donne son nom aux chaudes journées du mois d’août), la caméra se braque sur un anodin fourgon s’arrêtant devant une banque. Le brasier aoutien cache un braquage qui devait tourner court mais qui durera des heures pour finir dans la légende du cinéma.

Tocards. C’est le qualificatif qui definit le mieux le groupe de braqueurs formé par Sonny (Al Pacino), Sal (John Cazale) et un troisième dont on ne parlera plus. Avec un plan aussi élaboré que le scénario de Lucy, les hommes vont faire preuve d’une maladresse révélatrice d’un amateurisme dangereux. D’une part Sonny ne sait pas manier sa mitraillette et présente tous les signes de nervosité d’un homme attaquant une action qui le dépasse. D’autre part, Sal n’offre qu’une aide substantielle et agit comme un enfant à qui il faut sans cesse donner des ordres. Enfin, le coffre ne contient pas plus d’un millier de dollar et quand la police encercle la banque on voit mal le duo survivre à la pression.

Fleurtant avec l’ordinaire, les personnages n’ont rien d’atypiques. Le personnel de la banque est semblable à n’importe quel habitant de Brooklyn tout comme l’ensemble des protagonistes. Cette universalité est brisée par le seul Sonny qui revêt, malgré lui, les apparats d’un héros. Véritable figure du film, ce personnage connait tour à tour toutes les émotions : la peur face à son inexpérience qui nous pose la question de son but avec ce braquage. L’assurance qu’il acquiert au point de devenir un symbole de lutte puis la colère dans un final glaçant. Sonny incarne malheureusement le désespoir fait homme avec ses répétitions des mots suivants :

I’m dying.

Derrière sa grandiloquence verbale, on devine qu’il dresse une facade pour se protéger du monde et des autres. Il attire la pitié et retournera même ses otages qui le soutiendront lors de chacune de ses actions. Retenons enfin que si ce personnage atteint à ce point le coeur du spectateur, c’est grâce à la prestation démentielle d’un Al Pacino qui produit la performance de sa vie et assurément l’une des plus grande que l’histoire du cinéma ait connue.

Les niveaux de lecture du film sont multiples. Tout d’abord, le personnage de Sonny qui est clairement homosexuel mais marié à une femme avec laquelle il a eu deux enfants. En évitant la caricature, Lumet fait de ce personnage autre chose car l’histoire entre Sonny et Leon n’est rien de plus qu’une histoire d’amour. Un homme avec un homme ou un homme avec une femme ne change rien et c’est aussi là une force de faire de Sonny un homme en quête de ce que chacun de nous cherche : l’amour. Outre cette vision du héros, c’est bien dans son traitement de l’emballement médiatique et la démesure de la mobilisation policière face à un homme désarmé que Lumet pointe du doigt des incohérences qui sonnaient justes à l’époque et,qui aujourd’hui, sont d’une justesse à peine effritée. Les journalistes sont attirés par l’odeur du sang palpable dans l’air et que l’on devine comme une inévitable concluion à ce braquage. D’autre part, le policiers à qui il faut rappeler sans cesse de ranger leurs armes car ils ne font face qu’à un seul homme non-armé. Cette démesure de moyen (7 snipers, deux commandos tactiques, le FBI et 50 policiers arme au poing) cache de flagrantes lacunes d’évaluation de la situation (personne ne ressent la detresse de Sonny) assorti à une incompétence qui conduira à une balle perdue dont l’effet n’est autre que de sonner les révoltes comme celle à laquelle fait référence Sonny au travers d’une phrase qui, dans l’éternité, sonnera toujours avec autant de rage et de justesse :

ATTICA !!!!!!

D’un fait d’hiver banal, Sydney Lumet tire une oeuvre complète étonnante de modernité à laquelle on ne pourra s’empêcher d’associer le grandiose Al Pacino.

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