Dans le manteau glacial de l’enfer hivernal se dresse un groupe d’hommes en quête de richesses pour certains, de revanche pour d’autres. Outre le danger du froid glacial, le voile blanc qui embaume ces terres n’est là que pour cacher les menaces que le retour à l’état sauvage engendre. Lorsque l’homme perd ses repères il redevient un animal parmi les autres.

L’introduction de The Revenant pose un cadre des plus saisissants que l’on pourrait résumer à ces mots de la star de Vinyl, Bobby Cannavale :

it’s fast, it’s dirty, it’s smashes you over the head.

Plongée vertigineuse dans le brutal, le premier raid des indiens sur un campement est tout bonnement l’une des scènes les plus somptueuses qui soit car derrière cette violence outrancière se cache une réalisation digne d’un maitre du cinéma. A l’instar de Birdman et son (quasi)-unique plan séquence, ici la maitrise de cet art apporte une immersion glaçante. D’un point de vue purement technique, le film possède une esthétique qui laisse extatique. En effet, les batailles filmées en plan séquence émerveillent le spectateur tout comme les multiples plans en contre plongée (référence aux plan de lune pris au milieu d’une foret où l’évolution de la nature renvoie à celle de la situation des protagonistes) qui évoquent la beauté de la nature alliée à un air mortifère qui baigne ces contrées enneigées. Mais c’est sans doute l’attaque de l’ours qui laisse la plus grande marque chez le spectateur de par sa violence viscérale et surtout son réalisme admirable.

Malheureusement, ces qualités esthétiques cachent des défauts majeurs. D’une part la trame dont les faiblesse sont flagrantes. Au delà d’un mysticisme fait de rêveries annonciatrices et évoquant l’immortel des êtres aimés, le récit patine la faute à une vengeance qui ne présente que peu d’enjeux. En effet, le principal attrait est la survie du héros qui passe par des phases redondantes et qui ne font qu’allonger la durée. On peut se poser la question de la véritable quête du héros car l’opposition qui nous est promise entre un Tom Hardy impérial de bestialité et le baveux Di Caprio, le reste n’est que péripéties sans grande saveur. D’ailleurs, le climax promis par la lutte entre ses personnages sonne creux et atténue la grandeur de la quête vengeresse mené par un homme ayant vécu l’enfer. La parenté avec Terrence Malick et son Nouveau Monde (allusion à cette voix-off en décalage avec l’image) saute aux yeux et ancre le récit dans le poétique, au travers de plan suggestifs (le religieux symbolisé par l’église abandonnée, la femme de Glass flottant au dessus de son mari…) ce qui ne compense pas les faiblesses narratives et donne même un aspect rêverie à cette épopée.

Le casting est lui irréprochable mais il ressort tout de même une chose étonnante : Tom Hardy occupe l’écran et sa performance laisse pantois au point de paraitre plus forte que celle de son comparse oscarisé. A mi-chemin entre Bane et Tommy Conlon(respectivement dans The Dark Knight Rises et Warrior), il en impose en offrant un juste milieu entre prestance et bestialité. Quant à Di Caprio, il est aussi remarquable de bave et de douleur. Sans être à la hauteur de Hardy, il offre néanmoins un visage plus que crédible à la souffrance et la survie.

The Revenant est un alliage friable entre maestria technique et panade narrative. Innaritu offre une épopée qui si elle ne laisse pas de Glass, baigne dans un contemplatif sans saveur.

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