Dans un théâtre sans forme, j’ai cru reconnaitre ton visage. C’était vraisemblablement un quai de gare où dans ton regard je ne lisais pas un au revoir mais le désespoir. Dans ton regard, j’essai de retrouver la mémoire de ces heures noires où quand tout allait mal, tu étais mon unique espoir.

C’est baigné dans les souvenirs qu’émerge Benjamin Esposito. Il tente de trouver un point d’ancrage pour son roman mais se perd dans des vagues de vagues réminiscences de l’atroce meurtre d’Ilona. Il décide alors de retrouver celle qui était son supérieur à cette époque là, Irene. Enclenchant alors un double récit, Juan José Campanella nous plonge 25 en arrière dans l’argentine de Péron faites de massacres et d’enlèvements. Une époque qui ancre l’histoire dans une atmosphère délétère où un coin de rue est tout juste bon à accueillir la mort. Au milieu de ce chaos émerge entre Irene et Benjamin une chose plus forte qu’une simple attirance, l’espoir dans un amour impossible mais réciproque.

Tour de force technique et émotionnel, le film parvient à jouer sur plusieurs tableaux et offrir au spectateur une richesse rare. Tout d’abord, la réalisation frise la perfection avec notamment un plan séquence tétanique au coeur d’un stade de foot argentin où se mêle la furia du public et celle de la chasse à l’homme. Disséminés de manière habile, des signes imprègnent le récit à l’instar de la couleur orange qui s’immisce dans la quasi-totalité du film : les habits d’Irene, le premier jet du roman de Benjamin, les passants, la lampe de Benjamin. Il faut lire dans cette teinte le besoin de ressentir des émotions oubliées, de raviver un amour perdu dans le temps. Ce constant rappel va de paire avec les plans en biais que propose le réalisateur et qui accentue la décadence de l’époque où tout allait de travers et même le pire des salauds pouvait s’en tirer. Outre cette technique narrative, c’est bien dans l’émotion que l’essentiel du film se joue. La relation entre Irene et Benjamin évoque naturellement l’amour qui se tait car il est une évidence qui se passe de mot. une évidence qui rappelle Lost in Translation de Sofia Coppola mais aussi une évidence qu’il faut taire. Il y aussi le combat d’un homme pour défendre sa femme assassiné sauvagement qui témoigne d’une chose plus forte que l’amour, un combat universelle celui de la passion. Car comme le dit l’attachant personnage de Sandoval

> Un homme peut tout changer dans sa vie mais il ne peut changer sa passion.

Ce combat pour préserver une flamme que beaucoup pense perdu anime l’aventure de Benjamin car au-dela du glaçant dénouement de l’intrigue, c’est bien le retour d’un homme vers sa raison de vivre qui nous est ici raconté.

Juan José Campanella signe ici une oeuvre singulière qui allie à merveille les genres tout en portant au spectateur un coup en plein coeur.

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