La colline, où quatre monticules de terres trônent, domine les villageois qui célèbrent ce qui semble être leur succès.
Trois hommes, hagards et distants comme s’ils étaient mis au rebuts, observent ce spectacle avec une amertume palpable.
Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place tel semble être la règle quand la ségrégation socio-spatiale s’installe, plus d’espoir d’une vie communautaire faite d’échange et de partage.
Eux qui furent les héros sont maintenant les parias, ce dont on ne sert qu’une fois puis que l’on laisse tomber comme des sabres sur des mottes de terres.

C’est en témoignage d’une époque de changements que se pose le film d’Akira Kurosawa, celui d’un temps où tout était encore possible. Le paysan pouvait devenir samouraï et le paysan pouvait vivre avec le samouraï. Les symboles de ces possibles mutations sont à la base du personnage de Toshiro Mifune qui n’a aucunement l’air d’un véritable samouraï (absence du chignon à trois segments notamment et tendance à la castagne cul nu) mais qui, néanmoins, sera considéré comme le septième de la bande. Il est d’ailleurs la passerelle ente le monde des paysans et celui des samouraïs (chose que l’on apprend via des bribes de son passé). Tour à tour drôle malgré lui et guerrier infatigable, il est la figure de proue de l’élévation sociale et aussi le catalyseur de l’humeur des groupes paysans et samouraïs comme en témoigne la grandiose scène de l’enterrement du premier samouraï. Détonnant mélange de bonté et de bonne humeur ce personnage est l’union de deux mondes que la société mets toujours en opposition. La variété offerte par les personnages permet au film de mettre en exergue des valeurs intemporelles avec force et justesse.

L’humanisme accompagne le récit sans jamais sombrer dans le convenu. Parmi les exemples que distille le film il y a cette offrande de riz faites aux enfants qui témoigne à elle seule de la bonté dont les samouraï font preuve. Scène qui mêle le rire et la générosité, l’héroïsme et l’altruisme. Les valeurs que le film véhicule tire aussi leurs forces de l’absence de superflu dans la narration. En effet, malgré ses trois heures le métrage ne laisse rien au hasard en réussissant le pari de ne pas sacrifier la qualité technique au détriment du récit. On saluera la qualité du noir et blanc qui offre un écrin des plus parfait. On regrettera cependant la totale absence de personnage féminin d’envergure malgré celui de Shino qui est la plupart du temps représentée sous les traits d’un homme. Etonnamment ceci n’empêche le film de posséder une force qui dépasse le contexte dans lequel est ancré son récit.

En effet, l’universalité du film d’Akira Kurosawa est une indéniable qualité. Dépassant le cadre du Japon pour s’inscrire dans une unification des deux hémisphères, le film propose des thématiques qui unissent les peuples au-dela des frontières. L’Unification a pour vecteur la thématique de l’héroïsme, omniprésente dans le film, avec notamment le classieux personnage de Kyuzo qui irradie chaque scène où il apparait. Il y aussi cette bataille finale où les hommes se lancent à corps perdus pour le bien commun. Cette universalité se trouve aussi de part la veine western qu’a voulu insuffler Kurosawa avec notamment ces litres d’eau de pluie qui baignent une grande partie du film ou encore le duel de Kyuzo au début du film.

S’il est avant tout un film d’action spectaculaire, les Sept Samouraïs est indéniablement un monument de l’histoire du cinéma, une source d’inspiration pour tous.

 

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