De la lumineuse et l’innocente ambiance qui émanent de l’introduction, on devine dans le regard du policier l’incrédulité face à l’innommable. Une femme torturée, violée et assassinée git dans un tout petit trou aux abords d’une route de campagne où règne l’insouciance d’enfants chassant les insectes. Ce contraste entre le démoniaque meurtre et la légèreté de l’enfant, qui singe un représentant des forces de l’ordre, met en abîme le propos de Memories of Murder. En effet, derrière l’apparente banalité de la traque d’un tueur en série se cache en réalité un film multi-genre qui évoque la mutation d’un pays où la contestation gronde.

Figure de cette évolution, les policiers en charge de l’enquête sont un fil rouge des plus frappants. Présentés comme des idiots dans les premiers pas de l’enquêtes avec notamment des idées qui déclencheront des rires comme celle-ci où l’absence de poils sur la scène de crime entraine une idée

Le tueur n’a pas de poils comme les moines. Cherchons donc un homme sans poils.

Phrase suivie d’une scène effarante où un policier scrute le sexe de tous les hommes qu’il croise sous la douche. L’absolue inaptitude dans la gestion des scènes de crimes, souillées par la présence de « publics » qui devancent les équipes d’experts, est une nouvelle marque de l’amateurisme ambiant. Aux policiers locaux, dépassés par les événements, s’oppose l’arrivée d’un policier de Séoul qui offre un oeil nouveau doublé d’une capacité d’analyse qui fera avancer l’enquête. Faut-il voir en ce personnage la modernité coréenne ? La vision d’une meilleure éducation et d’une évolution du pays vers un état plus enclin à affronter les mutations mondiales? La réponse semble clairement positive.

De la mutation de la Corée du Sud transparaît aussi la lutte entre le peuple et son gouvernement. Au travers de la violence policière qui matérialise la brutalité du régime en place. Le film parvient à tirer un comique de situation paradoxal. En effet, alors qu’ils cuisinent leur suspect, un homme retardé mentalement, les policiers mangent avec lui en regardant une série. Puis comme si de rien était, les violences reprennent leurs places comme si elles étaient inscrites dans le fonctionnement des institutions.

Outre cet aspect politique prononcé, le film ne néglige pas l’intrigue policière. En effet, entre recherches de suspects potentiels et quêtes d’informations, nous découvrons les difficultés liés aux manques de moyens. En dehors de la claire stupidité de certains enquêteurs, la volonté de bien faire est toujours entravé : soit par le mensonge ou les « on-dit ». Mais habilement, Bong Jooh-ho renverse le rôle de ses protagonistes en faisant basculer peu à peu le policier de la ville vers l’obsession envers un coupable qui lui semble être le suspect idéal. Cette bascule morale contraste avec celle des flics locaux qui se voit doté d’une évolution morale positive qui témoigne là de mutations. La scène du tunnel est à ce titre sublime de contraste avec cette pluie qui baigne le film dans une symbolique particulière. Une symbolique qui s’inscrit dans la thématique du renouveau.

Le bouleversant final où les regrets et le temps perdu s’entrechoquent résonne comme un point final des plus brillants pour un film singulier qui a tout les atouts d’un classique.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s