La Colline des Hommes Perdus (Sydney Lumet)

Se dressant au milieu du camp, la colline domine le camp. Impassible et insensible, elle trône tel un trophée qui fait la fierté du commandant. Entourée d’une fournaise que seule la nuit peut atténuer, l’édifice est le témoin des pires sévices dont les exécutants ne sont d’autres que des soldats assoiffés de pouvoir et aveuglés par leur autorité. Démesure de l’ambition ou sadisme enfouit, cinq hommes paieront la facture de cette machine enrayée qui ne bousculera pas la colline, inamovible et symbole de la perpétuelle victoire de ceux qui se croient du bon coté.

D’emblée, Sydney Lumet illumine ce film par une introduction des plus brillantes. Présentant tout d’abord la colline avec la montée fatale d’un homme à l’agonisant que le soleil à refroidit, Lumet offre à sa caméra l’occasion de virevolter pour nous présenter le théâtre du camp : ses habitudes et ses occupants. Dès lors, plus de machine arrière possible et nous serons durant deux heures amenés à voir la déchéance de cinq hommes dont le camp avait pour mission de faire des soldats obéissants. Edifiants portraits que fait Lumet avec ses hommes aux attitudes et aux personnalités opposés, compagnons de galère que les multiples gros plans rendent attachants. N’oublions pas que ses hommes n’ont pas commis de crimes : ils ont simplement enfreins des règles. De celui qui a volé de l’alcool à celui qui voulait revoir sa femme, au temps de la seconde guerre mondiale il semble que ces faits ne sont pas l’oeuvre de démons ou d’être malfaisants.

Promu responsable de ces hommes, le sergent Williams se donne pour mission de briser ses hommes. La lutte s’engage alors entre les hommes et leur geôlier qui n’a de cesse de les faire monter et descendre cette foutue colline. Pourtant, la bravoure de ses hommes est admirable et un esprit de camaraderie : de fraternité né entre eux. N’est-ce pas en ce point que l’on reconnait le bon soldat ? Celui qui peut faire face avec ses compagnons devant les plus abjectes des hommes, devant les situations les plus dangereuses. Cette leçon de courage se trouve brisée quand le regretté Stevens succombe et enclenche une révolte des prisonniers au cours d’une scène remarquable de technique au cours de laquelle le nom Stevens est martelé avec coeur par tout les détenus.

Le film bascule alors dans les hautes sphères de la prison pour engendrer un rapport de force entre les hauts gradés qui tentent de couvrir leurs erreurs et une poignée d’hommes justes qui tentent de défendre les valeurs que ce camp promettaient de rétablir. A ce titre, l’usage d’angle en contre- plongée est lumineux et permet une évolution des rapports de forces édifiantes. Combat inégal qui s’engage et qui malheureusement sera le sommet de la bassesse que matérialise Williams. Entre coup bas et mensonges, la ligne de rupture finira par rattraper les bons pour les rabaisser au niveau de ce qui se devait de les élever.

Techniquement renversant et bouleversant par son propos, La Colline traite avec brio de la chose militaire en posant les bonnes questions et en soulevant des interrogations quant à la nature de l’homme face aux pires cruautés. Poussé par des raisons qui vous paraitraient justes, pourriez-vous vous laisser aller à de la cruauté physique et mentale ? Un parfait rappel de l’expérience Milgram en quelque sorte.

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